‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 76 sur 116 · ST O I R K D · texte numérisé non relu

ST O I R K D

ploient pour cel objet 1.1 fumée du tabac, qu'ils font passer avec un certain instrument dans les narines 1 et dont les vapeurs, en montant au cerveau, y escitcnt tous lesmouvemenset les transports de l'ivresse (91). Dans presque toutes les autres parties du Nouveau-Monde, les naturels possédaient l’art d'extraire uneliqueurenivrante du maïs ou de la racine de manioc, les mêmes substances dont ils faisaient du pain. L'opération qu'ils avaient imaginée pourcela ressemble assez au procédé ordinaire des brasseurs; mais avec cette différence, qu'au lieu de levure , ils substituaient une dégoûtante infusion d'une certaine quantité de mais ou de manioc mâché par leurs femmes. J.i salive excite une fermentation vigoureuse , et en peu de jours la liqueur devient propre à être bue. Klle n'est pas désagréable au goût, et lorsqu’on en boit une grande -quantité, elle a le pouvoir d'enivrer2. C'est la boisson générale des Américains , qui la désignent par différens noms et la recherchent avec une fureur qu'il n'est pas plus aisé de concevoir que de décrire. Chez les nations polies , oû une succession d'occupations et d'amusemens divers tient l'esprit dans une activité continuelle, le désir des liqueurs fortes est modifié en grande partie par le climat , et il augmente ou diminue selon les variations de la température. Dans les pays chauds, l'organisation sensible et délicate des habitaus n'a pas besoin du stimulant des liqueurs fermentées. Dans les pays plus froids , la constitution des naturels, plus robuste et plus pesante, en a besoin pour être excitée et mise en mouvement. Mais parmi les sauvages, le désir de tout ce qui a la faculté d’enivrer est le même dans toutes les positions du globe. Tous les habitons de l’Amérique, soit qu'ils habitent la zone torride ou les régions tempérées , soit qu’un sort plus dur les ait fait nailre dans les climats plus rigoureux des deux extrémités nord et sud de ce continent , paraissent être également dominés par cette passion 3. Celte ressemblance de goût , chez des peuples placés

’ O' tfilo . //ist. np ïtamm. , lit, 113. Veoegas, I, 68. Nnufrag. de Cabeça de I ara , cap. xxvi.

* Slaiîiuü, np de Bry, lit, lit

ft fàumtlta, I, 257. Lozano, Dcscrip. delgran Clittco , .56. 10. Rihas. , 8. llllua. I , Z49-337. 1)es Marchais, IV, 438. Fernandez , Bixùon de tos Chiquil-, 35. harrere , |M|;. 303. Rlanm, Couver*, de Piritu, 31.

dans des situations si différentes, ne peut être regardée comme l'effet d’un besoin physique , et ne peut être attribuée qu'à l’influence d'une cause morale, l-orsquc le sauvage est engagé dans une expédition de guerre ou de chasse, il se trouve souvent dans des situations critiques où toutes les facultés de sa nature sont obligées de s’exercer par les plus grands efforts; mais à ces scènes intéressantes succèdent de longs intervalles de repos , pendant lesquels le guerrier , ne voit rien d'assez important pour mériter son I attention. Il languit dans ce temps d’indolence.

I L’attitude de son corps est un emblème de l'état [ de son âme : là , accroupi près du feu dans sa cabane; ici, étendu à l'ombre dequelquesarbres, il consume ses journées dans un sommeil presque continuel, nu dans une inaction insipide et stupide qui n'en est guère différente. Comme les liqueurs fortes le tirent de cet état de torpeur, donnent un mouvement plus rapide à ses esprits et l'animent encore plus fortement que la danse ou le jeu , il en est excessivement avide, lin sauvage qui n’est pas en action est un animal triste et pensif, mais dès qu’il boit ou qu'il a seulement l'espérance de boire d’une liqueur enivrante, il prend de la vivacité et de la gallé Quelle que soit l’occasion ou le pré exte qui rassemble les Américains , la séance se termine toujours par une orgie. Plusieurs de leurs fêtes n'ont point d'autre objet . et ils en voient arriver l'époque avec des transports de joie. Comme ils ne sont accoutumés à contraindre aucun de leurs sentimens , ils ne mettent point de bornes à celui-ci. La fêle dure souvent sans interruption pendant plusieurs jours , et quelque funestes que puissent être les suites de leurs excès , ils ne cessent de boire que lorsqu'il ne reste plus tune seule goutte de liqueur. Ceux d'entre eux qui sont les plus distingués , les guerriers les plus célèbres, les chefs les plus renommés pour leur sagesse, n'ont pas plus d'empire sur eux-mêmes que le dernier membre de la communauté. L’attrait irrésislibled’un plaisir présent les aveugle sur les conséquences, et ces hommes qui, dans d’autres situations, semblent doués d’une force d'âme plus qu'humaine , ne sont dans celle-ci que de vils esclaves d'un appétit brutal, inférieurs aux enfàns en prévoyance

1 Tt.toro t rcnlft l , III. 169.

aussi bien qu'en raison Lorsque leurs passions, qui sont naturellement fortes, sont encore excitées cl enflammées par l'ivresse , ils se portent aux plus terribles excès, et la fête se termine rarement sans des actes de violence et même sans du sang répandu 3.

Au milieu de celte orgie extravagante, il y a une circonstance qui mérite d’être remarquée : chez la plupart des nations américaines , il n'est pas permis aux femmes de prendre part à la fête (92). I-eur occupation est de préparer la liqueur, de la servir aux convives, et d'avoir soin de leurs maris et de leurs parens lorsqu’ils commencent à perdre la raison. Rien ne prouve plus l'état d'infériorité des femmes et le mépris avec lequel elles étaient traitées dans le Nouveau- Monde, que cet usage de les exclure d’un plaisir si recherché de tous les sauvages. Lorsqu’on découvrit l’Amérique septentrionale, les habitans ne connaissaient encore aucune boisson enivrante ; mais les Européens ayant trouvé bientôt leur intérêt à leur fournir des liqueurs spiritueuses, l'ivrognerie est devenue aussi universelle parmi eux que parmi les Américains des parties méridionales; leurs femmes même ont pris le même goût et s’y livrent avec aussi peu de décence et de modération que les hommes1 *

Il serait trop long d’examiner toutes les coutumes particulières qui ont excité l'étonnement des voyageurs en Amérique ; mais je ne puis en passer sous silence une qui me parait aussi extraordinaire qu'aucune de celles dont on a |«rlé. Lorsqu'un Américain devient vieux , ou qu'il souffre d’une maladie que leur médecine grossière ne peut guérir, scs enfans ou ses pareils lui ôtent la vie eux-mêmes, pour être délivrés du fardeau de le nourrir et de le soigner. Cette coutume s'est trouvée établie chez les tribus les plus sauvages , dans toute l’étendue du continent, depuis la baie d'Hudson jusqu'à la rivière de la Plata ; et quelque opposée qu’elle paraisse à ces sentimens de tendresse et d’affection que les liommes civilisés regardent comme naturels à l’espèce humaine, l'homme semble y être conduit par la condition de la vie sauvage. Les

1 lobas, IX. Ulloa, I, 338.

' Lettres tdif. , II, 178. Torquemada , Kon. Ind.. I, 335

•lIuiKin»™,, But. of ttassachuset-Bay, V&, Lafitau, II, 125.SaGard, 148.

mêmes peines et les mêmes difficultés pour se procurer des subsistances qui, en quelque cas, empêchent les sauvages d'élever leurs enfans. les obligent à terminer la vie des vieillards et des infirmes. La faiblesse de ceux-ci aurait besoin des mêmes secours que l'enfance. Les uns et les autres sont également incapables de remplir les fonctions de guerriers nu de chasseurs, et de supporter les peines ou d'échapper aux dangers auxquels les sauvages sont si souvent exposés par leur défaut de prévoyance cl d'industrie. Incapables de subvenir aux besoins ou de secourir la faiblesse des autres , ce surcroît d'embarras leur donne une impatience qui les porte à terminer une vie qu'il leur serait trop difficile de conserver. Cela n’est point regardé comme un trait de cruauté , mais comme un acte de pitié. Un Américain accablé d’années ou d'infirmités, sentant qu’il ne peut plus compter sur le secours de ceux qui l’environnent, se place lui-même d’un air content dans son tombeau , et c’est des. mains de ses enfans ou de ses plus proches parens qu'il reçoit le coup qui le délivre à jamais des misères de la vie *.

IX. Après avoir considéré les peuples sauvages d’Amérique sous ces différens points de vue, et après avoir examiné leurs mœurs et leurs usages dans tant de situations diverses, il ne reste qu'à nous former une idée générale de leur caractère, comparé avec celui des nations plus policées. L’homme, dans sou état primitif, sortant pour ainsi dire des mains de la nature, est partout le même. Dans les premiers instans de l'enfance, soit parmi les sauvages les plus grossiers, soit dans la société la plus civilisée, on ne lui reconnaît aucune qualité qui marque quelque distinction ou quelque supériorité. Il parait partout susceptible de la même perfectibilité, et les talens qu’il peut acquérir par la suite, ainsi que les vertus qu'il |^t devenir capable d'exercer, dépendent enlièrMent de l'état de société dans lequel il se trouve placé. Son esprit se conforme naturellement à cet état et en reçoit scs lumières et scs idées. Ses facultés intellectuelles sont mises en activité en proportion. des besoins habituels que sa situation lui fait éprouver et des occupations qu’elle loi impose. Les affections de son cœur se développent selon les rapports qui se

1 Cassant , ffisl. del IV. reyno de Granada , p. 3U) Piso, pag. 6. EU», foy.. 161. humilia, I, 333.

trouvent établis entre lui et le.-, êtres de son espèce. Ce n'est qu'en suivant ce grand principe que nous pourrons découvrir quel est le carac tère de l'homme dans les différons périodes de se* progrès.

Si nous l’appliquons à la rie sauvage et que nous mesurions cl celte règle les qualités de l’esprit humain dans cet état de société, nous trouverons, comme je l'ai déjà observé , que les facultés intellectuelles de l’homme doivent être extrêmement limitées dans leurs opérations. Elles sont renfermées dans l’étroite sphère de ce 1 qu'il regarde comme nécessaire pour subvenir à ses besoins : tout ce qui ne s’}- rapporte pas u'attire point son attention et n'est point l’objet ; de ses recherches. Mais quelque bornées que ! puissent être les connaissances d'un sauvage, il ! possède parfaitement la petite portion d'idées qu'il a acquises : clics ne lui uut point été communiquées par une instruction méthodique; elles ne sont point pour lui un objet de curiosité j et de pure spéculation ; c’est le résultat de ses propres observations et le fruit de son expérience; elles sont analogues à sa condition et à ses besoins. Tandis qu'il est engagé dans les occupations actives de la guerre ou de la chasse, il se trouve souvent dans des situations difficiles | et périlleuses, dont il ne peut se tirer que par j des efforts de sagacité ; il s’engage dans des dé- j marches où chaque pas dépend de sa pénétration à discerner le danger auquel il est exposé et de son h.abilcté à trouver les moyens d’y échapper, i

Comme les talens des individus sont mis en j activité et perfectionnés par cet exercice répété I de l'esprit, ils déploient, dil-on, beaucoup de sagesse politique dans la conduite des affaires de leurs petites communautés. Le conseil des , vieillards , délibérant sur les intérêts d’une bourgade américaine et décidant de la paix ou de la guerre, a été comparé aux sénats des républiques policées, et les procédés du prtflier ne sont pas conduits avec moins d’ordre et de sagacité que ceux des derniers. De grandes combinaisons politiques sont mises en œuvre pour peser les différentes mesures qu'on propose et pour en balancer les avantages probables avec les inconvéniens qui peuvent en résulter. Les. ! chefs qui aspirent à obtenir la confiance de leurs concitoyens, emploient beaucoup d’adresse et j d'éloquencepour acquérir la prépondérancedans I

ces assemblées 1 . Mais chez ces na ! ions grossières, les talens politiques ne peuvent se déployer que dans un cercle fort étroit. Partout où l’idée de propriété particulière n’est pas encore connue, et où il n’y a point de juridiction criminelle établie, il n’y a presque point d’occasion d’exercer aucune fonction de police intérieure. Partout où il n’y a point de commerce, et où il n’v a que très peu de communication entre les différentes tribus, où les haines nationales sont implacable* et les hostilités presque continuelles, il ne peut y avoir que peu d'objets d’intérêt public à discuter avec ses voisins, et le département qu’on pourrait appeler des affaires étrangères n’est j tas assez compliqué pour demander une politique bien profonde. Partout où les individus manquent de prévoyance et de réflexion, au point de ne savoir prendre que rarement des précautions efficaces pour leur propre conservation, on ne doit pas s’attendre à voir tes délibérations et les mesures publiques réglées par la considération de l’avenir. Le génie des sauvages est de se conduire par les impressions du moment. ils sont incapables de buriner des arrangemens compliqués, relativement à leur conduite future. Les assemblées des Américains sont à la vérité si fréquentes, et leurs négociations si longues et si multipliées (93), que cela donne à leurs procédés une apparence extraordinaire d’habileté , mais c’est moins dans la profondeur de leurs vues qu’il faut en chercher la cause que dans la froideur de leur caractère qui les rend très lents à prendre une résolution 2. Si nous en exceptons la ligue célèbre qui a uni les cinq nations du Canada en une république fédérative, dont on parlera en son lieu, nous ne découvrirons parmi les nations sauvages de l’Amérique que peu de traces d’une habileté politique qui suppose un certain degré de prévoyance ou de supériorité d'esprit. Nous verrons leurs opérations publiques plus souvent dirigée? par la férocité impétueuse de leurs jeunes gens que par l’expérience et la sagesse de leurs vieillards.

En même temps que la conduite de l'homme dans l'état sauvage est peu favorable aux progrès de l’esprit , elle tend aussi à quelques égards à resserrer le cœur et à réprimer l’exer-

1 Cliarlevoix, HUt. delà Piouv. -France % 111, 2C9.

’Qiarlevoix, i Ibid. 111, 271.

cicc de la sensibilité. Le sentiment le plus fort qui soit dans l’Ame d'un sauvage est celui de son indépendance. Il a sacrifié une si petite portion de sa liberté naturelle en devenant membre d'une société , qu'il reste presque entièrement maître de scs actions '. Il prend souvent des résolutions seul, sans consulter personne, sans considérer aucune relation avec ceux qui l’environnent . Dans plusieurs de ses démarches, il reste aussi séparé du reste des hommes que s'il n'avait formé aucune union avec eus. Comme il sent combien peu il dépend des autres, il les voit avec une froide indifférence, lo force même de son Ame contribue à augmenter cette insouciance. Ne songeant qu’à lui-méme en délibérant sur la conduite qu’il a à tenir, il ne s’embarrasse guère des conséquences que relativement à son intérêt. Il poursuit sa carrière et se livre à ses idées , sans rechercher si ce qu’il fait est agréable ou désagréable aux autres, s'ils peuvent en tirer quelque avantage ou en recevoir du dommage. De là ces caprices indomptables des sauvages , cette impatience de toute espece de gêne, cette incapacité de réprimer ou de modérer leurs désirs, cette négligence et ce dédain avec lequel ils reçoivent les conseils, enfin cette haute opinion qu’ils ont d’eux -mêmes et le mépris qu'ils ont pour les autres. Chez eux l'orgueil de l'indépendance produit presque les mêmes effets que la personnalité dans un état de société plus avancé. Par ces deux sentimens, l’individu rapporte tout à lui-même, et uniquement occupé de satisfaire scs désirs, fait de ce seul objet la règle de sa conduite.

C'est à la même cause qu’on peut imputer la dureté de cœur et l’insensibilité qu’on reproche à tous les peuples sauvages. Leurs Ames, peu susceptibles d'affections douces , délicates et tendres , ne peuvent être remuées que par des impressions fortes J. Leur union sociale est si incomplète que chaque individu agit comme s’il avait conservé scs droits naturels dans toute leur intégrité. Si on lui accorde une faveur, si on lui rend un service, il les reçoit avec beaucoup de satisfaction, parce qu’il en résulte un plaisir ou un avantage pour lui ; mais ce sentiment ne va pas plus loin et n’excite en lui aucune idée d’obligation; il ne sent point de re-

> Fernande*. Mission de los Chiquil., 33.

» Cbartcvoil, Ilist. lie ta flou* . France, lit, 309

connaissance (94) et ne songe à rien rendre pour ce qu'il a reçu Parmi les personnes qui sont le plus étroitement unies, il y a peu de correspondance et d'échange de ccs services qui fortifient l’attachement, attendrissent le cœur et adoucissent le commerce de la vie. Leurs idées exaltées d'indépendance donnent à leur caractère une réserve sombre, qui les sépare les uns des autres. Les plus proches parens craignent mutuellement de se faire quelque demande, de solliciter quelque^ services *, de i crainte d'avoir l’air de vouloir imposer une charge aux autres ou gêner leur volonté.

J'ai déjà remarqué l’influence de cette dureté de caractère sur la vie domestique, relativement à l’union du mari avec la femme, de même qu'à celle des pères avec les enfans. Les effets n'en sont pas moins sensibles dans l'exercice de ccs devoirs mutuels d'affection qu’exigent souvent la faiblesse et lesaeeidens attachés à la nature humaine. Dans certaines tribus, lorsqu'un Américain est attaqué d'une maladie, il se voit généralement abandonné par tous ceux qui étaient autour de lui, et qui , sans s’embarrasser de sa guérison , fuient dans la plus grande consternation , pour éviter le danger supposé de la contagion 3. Chez les nations même oh l'on n'abandonne pas ainsi les malades, la froide indifférence avec laquelle ils sont soignés ne leur procure que de faibles consolations. Ils ne trouvent dans leurs compagnons ni ces regards de la pitié, ni ccs douces expressions, ni ces services officieux, qui pourraient adoucir ou leur faire oublier leurs souffrances4. Leurs parens les plus proches refusent souvent de se soumettre à la plus petite incommodité ou de se priver de la moindre bagatelle pour les soulager ou leur être utiles 5. L’Ame d’un sauvage est si peu susceptible des sentimens qu’inspirent aux hommes ces attentions tendres qui adoucissent l’infortune, que, dans quelques provinces de l'Amérique , les Espagnols ont jugé nécessaire

1 Oviedo, Bist., Iib. xti.

• De U Puthcrie, 111, 28.

a Lettres du père Cataneo , np. Murat ori, Chris lion, 1, 309. Du Tertre, II, 410. Lorano, 100. Herrera, Derad., IV, lib. vm.cap. v. Derad. V, lib. iv. c. n Falkner'it Dcscrip. of Patagonia , 98.

4 Guinilla. 1 , 329. («ozano, 100.

* Garcia, Origen. , 90, Herrera , Dccad. IV. lib. v r «

1 cap t.

de fortifier par des lois positives les devoirs communs de l'humanité, et d'obliger les maris et les femmes , les pères et les enfans , sous des peines très graves, à prendre soin les uns des autres dans leurs maladies'. La même dureté de caractère est encore plus frappante dans la manière dont ils traitent lesatiimaui. Avant l'arrivée des Européens, les naturels de l'Amérique septentrionale avaient quelques chiens apprivoisés qui les accompagnaient dans leurs chasses et les servaient avec tonte l'ardeur et la fidélité particulières a relie espère. Mais au lieu rie cet attachement que nos chasseurs sentent naturellement pour ces compagnons utiles de leurs plaisirs, le chasseur américain recevait avec dédain les services de son chien , le nourrissait rarement et ne le caressait jamais En d'autres provinces oh les animaux domestiques d’Europe ont été introduits, les Américains ont appris à les faire servir à leurs travaux; mais on a généralement observé qu'ils les traitent très durement3, et n’emploient jamais que la violence et la cruauté (mur les dompter ou les gouverner. Ainsi, dans toute la conduite de l'homme sauvage, soit à l’égard des humains ses égaux ou des animaux qui lui sont subordonnés, nous latrouvons le même caractère , nous reconnaissons les opérations d'une âme qui n’est occupée qu'à se satisfaire, et qui n'est réglée que par son caprice, sans faire aucune attention aux idées et aux intérêts des êtres qui l'environnent.

Après avoir fait voir combien la vie sauvage était peu favorable au développement des facultés intellectuelles et de la sensibilité du cœur, je n’aurais pas cru nécessaire de m'arrêter sur ce qu’on en peut regarder comme les moindres défeuts, si le caractère des nations, comrr.r celui des individus, ne se marquait souvent plus clairement par des circonstances qui paraissent frivoles, que par celles qui sont plus importantes. Le sauvage, accoutumé à se trouver dans des situations périlleuses et embarrassantes, ne comptant que sur ses propres forces, enveloppé dans ses propres pensées, ne peut être qu'un animal sérieux et mélancolique. Il fait peu d’attention aux autres, et ses pensées

1 Cogolîtido, Hist. de Yucatan , pag. 300.

1 Cbartevolx, Histoire de la Nouv.- France . 111,

* CllM , Hotic. american. 317.

parcourent un cercle fort étroit. De là celle tacilurnilé si désagréable pour les hommes ;.ccoutomés à la libre commun irai ion de la vie sociale. Un Américain, lorsqu'il n'est pas obligé d'agir, est souvent assis des jours entiers dans la même posture sans ouvrir les lèvres lorsqu'ils se réunissent pour aller à la guerre ou à lâchasse, ils marchent d'ordinaire sur une ligne, àquelque distance l'un de l'autre et sans se dire une parole. Ils observent le même silence en ramant ensemble dans un canot 2. Ce n’est que lorsqu'ils sont échauffés par les liqueurs enivrantes ou animés par le mouvement d'une l'été ou de la danse . qu'on les voit s'égayer et renverser entre eux.

On peut expliquer par les mêmes causes la finesse avec laquelle ils forment et exécutent leurs projets. Des I tommes qui ne sont pas accoulumésà se communiqueravcc franchise leurs senlimens et leurs pensées sont naturellement défians. ne se livrent à personne et emploient une ruse insidieuse pour venir à bout de leurs desseins. Dans la société civilisée , les hommes qui, par leur situation, n'ont que très peu d’objets sur lesquels leurs désirs se portent, maisdont leur esprit est sans cesse occupé , sont les plus remarquables par l'habitude de l'artifice et de la ruse dans la conduite de leurs petits projets. Ces circonstances doivent agir encore plus puissamment sur les sauvages , dont les vues sont également bornées, et qui suivent leur objet avec la même attention et la même persévérance : aussi s'accoutument-ils par degrés à porter dans toutes leurs actions une subtilité dont il faut se défier; et cette disposition se fortifie jiar les habitudes qu'ils contractent dans les deux occupations les plus intéressantes de leur vie. lai guerre est chez eux un système de ruse, où ils préfèrent le stratagème à la force ouverte, et où leur imagination est continuellement occupée à trouver les moyens d'envelopper ou de surprendre leurs ennemis. Comme chasseurs, leur constant objet est de tendre des pièges au gibier qu'ils veulent détruire. Aussi l'artifice et la finesse ont été généralement regardés comme formant le caractère distinctif de tous les sauvages. Ceux des tribus les plus grossières de l’Amérique sont distingués par leur adresse

1 Foy de Bouguer, 102.

’Charlevoix, Hist. de la iYouv.-fraïut , lit, 3W.

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