LIVRE SEPTIÈME
I.i conquête du Mexique et du Pérou étant l’événement le plus éclatant et le plus intéressant de l’histoire de l’Amérique, un tableau des institutions publiques et des mœurs nationales de ces deux grands empires présente aux yeux d'un observateur intelligent l'espèce humaine dans une époque singulière de scs progrès (144).
Lorsque l’on compare le Mexique et le Pérou avec les autres parties de l’Amérique, on peut regarder ces deux empires comme des états civilisés. Au lieu de petites tribus indépendantes et continuellement en guerre, n’ayant qu’une subsistance précaire au milieu des bois et des marais , étrangères aux arts et à toute industrie, ne connaissant aucune subordination ni presque aucune forme de gouvernement régulier, nous trouvons au Mexique et au Pérou des nations nombreuses, soumises à un seul souverain et rassemblées dans des villes, une législation occupée de la subsistance et de la sûreté des citoyens, l’empire des lois reconnu, une religion établie, plusieurs des arts nécessaires A la vie portés jusqu’à un certain point de perfection, et ceux qui servent à l’embellir commençant à se montrer.
Mais si l'on compare les Américains avec les autres nations de l'ancien continent, on ne peut plus les placer parmi les peuples vraiment civilisés ; on les trouve, comme les tribus sauvages qui les environnent , ignorant entièrement l’usage des métaux et n'ayant point étendu le domaine de l’homme sur les animaux. Ia?s seuls animaux que les Mexicains connussent l'art d’apprivoiser et de nourrir étaient les poules d'Inde, les canards, des lapins, et une espèce de petits chiens A la vérité, ces faibles essais 1 Jlerma, Devait. Il , lib. vu , rap. m.
de leur industrie avaient rendu leur subsistance un peu plus abondante et plus sûre que celle de l'homme qui n’a de ressource pour se nourrir que la chasse; mais ils n'avaient pas tenté de se soumettre des animaux plus forts, ni de s'en faire aider dans leurs travaux. Parmi les petites espèces, les Péruviens n’avaient rendu domestique que le canard , mais ils avaient apprivoisé le lama , animal particulier à leur pays, ressemblant pour la forme à un chameau et qui pour la taille est un peu au-dessus du mouton. Sous la protection de l'homme, relie espèce s’était fort multipliée, sa laine habillait les Péruviens; sa chair les nourrissait. Cet animal était même employé comme bête de charge et portait un fardeau modique avec beaucoup de patience et de docilité *. Il ne servait pas de bête de trait , et comme on ne l’élevait que dans les montagnes, on n'en tirait pas de grands secours, si l’on en juge par différentes circonstances que rapportent les premiers historiens du Pérou.
Dans l’histoire des progrès des nations vers la civilisation , on a toujours regardé l'invention des métaux utiles et l'établissement de l'empire de l’homme sur les animaux comme des pas de la plus grande importance. Dams notre continent la société a été encore long-temps barbare après ces deux découvertes. I.’hoinme, après avoir acquis cet empire sur la nature, a vu s'écouler encore beaucoup de siècles avant que son industrie fût assez perfectionnée pour reudre sa subsistance assurée , avant que les arts qui fournissent à ses besoins et à ses commodités fussent inventés et qu’on eût aucune idée des diverses institutions nécessaires pour conserver l’ordre dans la société. Les Mexicains elles Péruviens,
■ Vega, parl.i, lib. vin, c.iti. Zante, lib. r . c. XIV
privés rte la connaissance des métaux les plus utiles et du secours des animaux domestiques , étaient donc arrêtés par des obstacles puissans, et quoiqu’au moment de la découverte de l'Amérique ils Fussent arrivés au plus liaut point de leur progrès , ils paraissent encore A celte époque dans l'enFancedela vie civilisée.
Après cette observation générale sur la circonstance la plus singulière qui distingue les deux grandes nations de l'Amérique, je vais lâcher de présenter la constitution et la police intérieure de l'un et de l'autre sous un |K>int de vue d'après lequel on pourra déterminer leur rang dans l’échelle politique et leur véritable place entre les peuplades grossières et barbares du Nouveau-Monde et les nations civilisées de l’ancien; c’est-à-dire estimer de combien ils sont au-dessus de celles-là et au-dessous de celles-ci.
De ces deux empires, le Mexique a été le premier soumis à la couronne d'Espagne , mais nous n'en connaissons pas mieux pour cela les coutumes et les lois. Ce que j’ai dit ailleurs de l'inexactitude des relations qui pouvaient nous donner quelque connaissance de l'état et des mœurs des tribus sauvages de l'Amérique, peut être appliqué à l'empire du Mexique. Cortès et les aventuriers qui l’accompagnèrent n’avaient ni le temps , ni les lumières nécessaires pour enrichir l'histoire civile et naturelle de nouvelles observations. Ils n'avaient qu'un seul but dans leurs expéditions et paraissent à peine avoir porté les yeux sur d'autres objets. Si dans quelques courts intervalles de tranquillité, lorsque la guerre cessait et que l'ardeur du pillage se ralentissait, les institutions et les mœurs du peuple conquis attiraient leur attention, des soldats ignorans devaient mettre dans leurs recherches sur ces objets intéressans peu d’ordre et de sagacité; aussi le tableau qu'ils nous ont tracé de la police et des lois du Mexique est superficiel et confus. Ce sont certains traits qui leur échappent sans dessein, plutôt que leurs observations directes, ou les conséquences qu'ils tirent eux-mêmes des faits , qui peuvent nous donner quelque idée du génie et des mœurs des Mexicains. L’obscurité dans laquelle l’ignorance descouquérans du Mexique a laissé les annales de ce pays s'est encore augmentée par la superstition de leurs successeurs. Comme la mé- '
moire des événeinens passés était conservée parmi les Mexicains par des figures peintes sur des peaux, sur des toiles de coton, sur des écorces d'arbres, les premiers missionnaires, incapables d’entendre la signification de ces figures et frappés de leur bizarrerie, les regardèrent comme des monumens d'idolâtrie qu'il fallait détruire pour faciliter la conversion des Indiens. Pour obéir à une ordonnance de Jean de Zummaraga, moine franciscain, premier évêque de Mexico, toutes ces peintures furent rassemblées et livrées aux flammes. Ce zèle fanatique des premiers moines qui s'établirent dans la Nouvelle-Espagne , et dont les Espagnols eux-mêmes déplorèrent bientôt les effets, détruisit entièrement ces monumens qui pouvaient conserver quelques traces des anciens événemens et de l’ancien état de l’empire; et il n'en est resté que ce qu’en a pu conserver la tradition, si Ion en excepte quelques unes de ces peintures qui échappèrent aux recherches de Zummaraga *. L’expérience de toutes les nations prouve que la mémoire des événemens passés ne peut se conserver un peu long-temps ni sc transmettre avec quelque fidélité par la tradition. Les peintures mexicaines, qui sont aujourd'hui les seules annales de l’empire , sont en petit nombre et d'une signification très obscure. D’après ces circonstances on conçoit combien sont incomplètes les notions que nous pouvons recueillir de la petite quantité de matériaux dispersés dans les ouvrages des historiens espagnols.
Les Mexicains eux-mêmes reconnaissaient que leur empire n’était pas ancien. Leur pays était , disaient- ils , originairement possédé plutôt que peuplé par de petites tribus indépendantes dont les mœurs ressemblaient à celles que nous avons observées chez les peuples les plus sauvages. Mais vers le commencement du dixième siècle de Père chrétienne , plusieurs tribus vinrent successivement de régions inconnues situées au nord et au nord-ouest, et s'établirent dans différentes proviuccs du paysd ' Analtac , ancien nom de la Nouvelle -Espagne. Ces peuplades nouvelles, moins barbares que les habitans du pays, commencèrent à leur donner quelque goût pour la vie civile. Vers le commencement
1 Àconia, lib. vi, cap vu. Toniucmada , Vrocm., \ lib. il , lib. ni, cap. vi; lib. xiy, cap. vi.
du treizième siècle, les Mexicains, nation plus formée qu'aucune d-e celles qui l'avaient précédée, s'avancèrent des bords du golfe de la Californie et prirent possession des plaines voisines du grand lac, à peu près au centre du pays d'Aualtac. Après y avoir résidé environ cinquante ans , ils y fondèrent une ville , depuis connue sous le nom de Mexico, qui devint bientôt la plus considérable du Nouveau -Monde. Cette nation, depuis son établissement dans ses nouvelles possessions , demeura comme les autres tribus de l'Amérique, sans rois, gouvernée dans la paix et conduite pendant la (pierre par ceux que leur sagesse et leur valeur faisaient préférer. Mais bientôt, comme il est arrivé partout où le pouvoir et le territoire se sont étendus, la suprême autorité tomba entre les mains d'une seule personne , et lorsque les Espagnols entrèrent dans le pays sous la conduite de Cortès, Moutézuma était le neuvième monarque régnant , non par succession mais par élection.
Selon celle tradition conservée parmi les Mexicains, l'origine de leur empire est très récente. Iis ne comptent pas plus de trois cents ans depuis la première migration de leurs ancêtres; et depuis l'établissement du gouvernement monarchique, environ cent trente ans, selon quelques-uns *, et cent quatre-vingt-dixsept, selon d'autres2. Si, d'un côté, nous supposons l'empire du Mexique plus ancien, et établi depuis assez de temps pour que nous puissions admettre le degré de civilisation que lui attribuent les historiens espagnols, il est difficile de concevoir comment un peuple qui possédait l’art de conserver par des peintures le souvenir des événemens passés, et qui considérait comme une partie essentielle de l'éducation des enfans le soin de leur apprendre les chansons historiques qui célébraient les exploits de leurs ancêtres2, a laissé s'affaiblir ainsi et se perdre presque entièrement la mémoire des anciens événemens de son histoire. D'un autre côté, si nous nous en tenons à l'opinion de la nation elle-même sur la nouveauté de son origine, il n'est pas plus aisé de comprendre les progrès quelle avait faits vers la civilisation, ni l’élen-
' Acosta, Uist. , lib. vu, cap vin, etc.
• l’urcha», Pilgrim. lit, p. 1168, etc
* Iterrera , De cnil, lit , lib. n, cap. xml.
duc de sa domination au temps de l'invasion des Espagnols. L’enfance des nations est si longue, lors même que toutes les circonstances sont favorables; il leur faut tant de temps pour acquérir quelque force et se donner une forme dt. gouvernement, que, d'après la nouveauté de l'origine de l'empire des Mexicains , on ne peut s'empêcher de soupçonner fortement une grande exagération dans les descriptions avantageuses qu'on nous a données de leur gouvernement et de leurs mœurs.
Mais ce n'est pas d'après la théorie ou de simples conjectures qu'un historien peut déterminer l’étal politique et le caractère d'une nation. Il ne peut fonder que sur des faits les jugemens qu’il se hasarde à prononcer. En recueillant ceux qui peuvent nous guider dans cette recherche, on en trouve qui semblent indiquer chez les Mexicains de grands progrès de civilisation, tandis que d'autres pourraient nous les faire regarder comme n'étant pas fort différons des tribus sauvages dont ils étaient environnés. Nous mettrons les uns et les autres sous les yeux de nos lecteurs , afin qu’en les comparant ifs puissent former eux-mêmes leur opinion.
Le droit de la propriété était parfaitement connu et établi dans toute son étendue chez les Mexicains. Nous avons vu que, chez plusieurs tribus sauvages, cette notion d'un droit exclusif à la possession d'un objet était presque inconnue et que dans toutes elle était très bornée et très confuse. Mais au Mexique, où l'agriculture et l’industrie avaient fait quelques progrès, la distinction de la propriété foncière et usufruitière, territoriale et mobilière, était établie. Ces diverses espèces de propriétés pouvaient se transporter par l'échange ou la vente, et se transmettre par voie de succession. Tout homme libre avait une propriété en terre. Les terres étaient cependant possédées à différens titres. La possession était quelquefois pleine et entière et pouvait se transmettre à des héritiers. Quelquefois elle était attachée à quelque office ou dignité et se perdait avec l’office. Ces deux sortes de possessions étaient regardées comme les plus nobles et étaient particulières aux citoyens des plus hautes classes. Le gros de la nation possédait les terres d'une manière très différente. A chaque district était attribuée une certaine quantité de terres proportionnée au nombre de familles qui le
HISTOIRE D'AMERIQUE
ronnail. Ces terres étaient cultivées par le travail de toute la communauté. I,cur produit se |>or(ait dans un magasin commun , et se partageait entre les familles selon leurs besoins respectifs. Aucun membre de cette espèce de communauté appelée catpullée , mot indien synonyme A' association, ne pouvait aliéner sa portion dont la propriété demeurait indivisiblemrnt attachée à l'entretien de la famille1. Cette distribution du territoire intéressait chaque individu au bien général et liait son bonheur avec la tranquillité publique.
Lue des circonstances les plus frappantes qui distingue les Mexicains des autres nations de l’Amérique, c'est le nombre et la grandeur de leurs villes. Tant que la société demeure dans Tétât de barbarie, les besoins des hommes sont en petit nombre et ils se passent facilement 1rs uns des autres. Alors les motifs qui les portent à se rapprocher sont extrêmement faibles. Leur industrie est en même temps si imparfaite qu'elle ne peut assurer la subsistance de beaucoup de familles sur nu même terrain. Ils vivent dispersés autant parchoixque par nécessité, ou tout au plus ils s'assemblent dans de petits hameaux sur les bords des rivières qui leur fournissent une partie de leur nourriture , ou sur des terres que la nature a la ssées ouvertes ou qu’ils ont débarrassées des productions sauvages par leurs propres travaux. A leur entrée dans le Mexique, les Espagnols, qui n'avaient vu jusque-là en Amérique que des peuplades sauvages, furent extrêmement étonnés d'y trouver les habitans rassemblés dans des villes d’une aussi grande étendue que beaucoup de villes d'Europe. Dans la première chaleur de leur admiration, ils comparèrent 7cmpoalla, ville du second ou troisième ordre, aux plus grandes villes d'Espagne, lorsqu'ils curent vu successivement Tlascala, Cholula, Taruba, T ezeuco et enfin Mexico même , leur élonnement augmenta si fort qu’ils se laissèrent aller à l’exagération, même après avoir eu le loisir de faire des observations plus suivies et sans intérêt de tromper, leurs estimations sur la population des villes furent très peu exactes et leurs calculs communément très enflés. Il ne faut donc pass’élonnerqup Cortès et ses compagnons, peu accoutumés à celle sorte de calculs et fortement tentés
Hrrrera, Décati, lit, lib. iv, rap. xr. Torqurmada, 1 Mond. ùul., lib. xir, cap. vu. Corna, manuscrit.
d’exagérer pour exalter le mérite de leurs découverteset de leurs conquêtes, se soient laissés aller à une erreur si commune et à des descriptions si éloignées de la vérité. Cette considérât ion doit faire rabattre beaucoup du nombre d'habitans qu'ils donnent aux villes du Mexique; mais il reste toujours constant qu’un yen trouva d'assez considérables pour ne pouvoir appartenir qu'à une nation déjà fort avancée dans la civilisation (145).
La séparation des professions diverses parmi les Mexicainsest encore une marque de leurs progrès qui n’est pas équivoque. Dans les premiers temps de la formation delà société, les arts sont en si petit nombre et si simples que tout homme est en état de les exercer assez bien pour satisfaire des besoins et des désirs aussi bornés que les siens. Le sauvage peut faire son arc, aiguiser ses flèches, élever sa hutte et creuser son canot sans le secours de personne. Les besoins des hommes croissent avec le temps, et leur adresse se perfectionne avant que les productions de l'art soient assez compliquées dans leur fabrication pour qu'il faille une éducation particulière à chaque espèce d’ouvrier. A mesure que le travail devient plus parfait , la distinction des professions s'étend et chacune se subdivise davantage. Chez les Mexicains , cette séparation des arts était portée fort loin. Les métiers de maçon , de tisserand , d’orfèvre, de peintre et plusieurs autres étaient exercés par des ouvriers différens. Chacun avait son apprentissage. L'ouvrier se bornait à un seul genre de travail , et , par la patience et l’assiduité particulières aux Américains, l’ouvrage était porté à un degré de perfection fort au-delà de celui qu’on devait naturellement attendre des outils grossiers qu’ils employaient. Les ouvrages étaient mis dans le commerce et portés à des marchés qui se tenaient régulièrement dans les villes; les citoyens satisfaisaient leurs besoins mutuels1 avec la facilité et la régularité qu’on ne voit que dans les sociétés civilisées.
La distinction des rangs établie au Mexique est une autre circonstance qui mérite notrealteution. En faisant le tableau des tribus sauvages de l’Amérique, nous avons observé que, dans l’en-
' Cortès, Pelât, np. Pamu.s., III , 239, etc. (.omar a, Chron., cap. Ltxix.Torquem., lib. xm, rap.xxxiv. lier rera, Decad. Il, lib. vm, cap. xv, etc.
fonce de la vie civile, l'homme a le sentiment de l'égalité et ne se soumet que difficilement à aucune espèce d’autorité. Pendant la pais, les sauvages connaissent à peine un chef, et l'autorité de celui qui les conduit à la guerre est extrêmement limitée. Comme l'idée de la propriété leur est étrangère, ils ne connaissent point la différence des conditions qui en résulte. Il n'y a point chez eux de prééminence donnée par la naissance et les dignités ; on ne peut l'acquérir que par les qualités personnelles. La forme de la société parmi les Mexicains était fort différente. La plus grande partie de la nation vivait dans un état très abject. La condition des mayèques, qui formaient une portion considérable du peuple, était très approchante de celle des paysans serfs des temps féodaux qui , sous diverses dénominations, étaient regardés comme des instrumens de la culture attachés au sol. Ils ne pouvaient changer de résidence sans la permission de leur seigneur. Us passaient avec la propriété des terres, sur lesquelles ils se trouvaient, d'un possesseur à un autre, et étaient obligés ik cultiver et à exécuter différons genres de travaux serviles '. D'autres habitans du pays étaient réduits A l'état encore plus humiliant de la servitude domestique, et exposés à toutes les rigueurs qui accompagnent cette misérable condition. Ils étaient si avilis, et leur vie était si peu estimée, qu’on pouvait les tuer sans encourir aucune espèce de peine Parmi le peuple . ceux mêmes qui étaient regardés comme libres étaient traités par les seigneurs comme des êtres d'une espèce inférieure. Les nobles, possesseurs d'amples territoires, étaient divisés en différentes classes, dont chacune était décorée de titres d’honneur particuliers. Quelques-uns de ces titres passaient du père au fils comme les terres : d’autres étaient attachés à de certaines fonctions ou offices, ou conférés à vie comme des marques de distinction personnelle1 * 3. Le monarque, élevé au-drssH.s de tous, était revêtu de la suprême dignité et d’un pouvoir très étendu. Ainsi , la distinction des rangs y était parfaitement établie , et par une gradation régulière depuis le premier jus-
1 Herrera , Decad. lit . lib. iv, cap. xvn. Conta, nia nuscrii.
» Herrera, Decad. 111, lib. iv cap. vii.
•Herrera, Decad. III, lib. iv, cap. x». Corita , nia - j muent.
qu’au dernier des citoyens. Chacun connaissait ses droits et ses devoirs. Le peuple, à qui il n'était pas permis de porter les mêmes vètemens que ceux des nobles, ni d'babitcr des maisons semblables aux leurs, ne les approchait qu’avec les marques du plus grand respect. En présence de leur souverain, ils se tenaient les yeux baissés vers la terre, et n’osaient le regarder en face Lorsque les nobles eux-mêmes étaient admis à son audience, ils ne s’y présentaient que pieds nus, avec des hahillemens simples, et lui rendaient, comme ses esclaves, des hommages qui allaient jusqu’ù l'adoration. Ce respect , dû par les inférieurs i leurs supérieurs, était réglé avec un cérémonial si exact, qu’il avait influé jusque sur le génie de la langue , et s’était , pour ainsi dire, incorporé avec elle. La langue du Mexique était abondante en expressions de respect et de politesse. Les tournures et les mots dont les hommes d'un rang inférieur se servaient entre eux auraient été des insultes dans la bouche d’un homme du peuple , s'adressant à une personne d’un rang supérieur (146). Cest seulement dans les sociétés auxquelles le temps et les institutions d’un gouvernement régulier ont donné leur forme, qu'on peut trouver les hommes distribués ainsi en diverses classes, et qu’on peut mettre tant d’attention b conserver à chacune ses droits respectifs.
L'esprit des Mexicains, ainsi accoutumé et plié à la subordination, était très bien préparé à recevoir le gouvernement monarchique; mais les descriptions de leurs institutions politiques et de leurs lois, transmises par les Espagnols qui ont détruit les unes et les autres, sont si inexactes et si remplies de contradictions, qu’il est difficile d'en donner aucune idée précise. Quelques-uns nous représentent les souverains du Mexique comme absolus et décidant à leur gré de toutes les affaires publiques. Nous découvrons pourtant dans certains faits des traces de coutumes et de lois faites pour circonscrire le pouvoir de la couronne , et des droits , des privilèges de la noblesse qui paraissent des barrières contre les usurpations du monarque. Ces contradictions apparentes ont été l'effet du peu d’attention que les Mexicains ont apporté aux innovations faites |iar Montézuma dans le gou-
1 Herrera, Dcrad. III, lib. n , rap. xir.
versement. Son ambition avait détruit l'ancienne constitution et introduit à sa place le despotisme pur. Il avait méprisé leurs lois, violé leurs privilèges et réduit tous scs sujets à la condition d'esclaves 1 . Plusieurs des chefs ou nobles du premier rang s’étaient soumis au joug avec une grande répugnance. Dans l'espoir de le secouer et de recouvrer leurs premiers droits, ils avaient recherché la protection de Cortès, et s'étaient réunis A un ennemi étranger contre un oppresseur domestique2. Ce n’est donc pas sous le règne de Montézuma , mais sous ceux de ses prédécesseurs , que nous pouvons reconnaître la forme originaire et l'esprit du gouvernement du Mexique, qui paraissent avoir subsisté sans beaucoup d'altération depuis la fondation de l'empire jusqu’à l'élection de Montézuma. Le corps de citoyens, que nous pouvons appeler les nobles, formait le premier ordre de l'état. Il y avait différentes classes parmi eux, comme nous l'avons déjà observé, et ils acquéraient les dignités et les transmettaient de diverses manières. Ils étaient en grand nombre. Selon un auteur soigneux de bien constater ce qu'il avance, il y avait dans l'empire du Mexique trente nobles du premier rang, dont chacun avait dans son territoire et sous sa dépendance environ cent mille citoyens, parmi lesquels on comptait trois cents nobles d'une classe inférieure qui lui étaient subordonnés J. le territoire dépendant des chefs de Tezeuco et de Tacuba n'était guère moins étendu que celui qui formait le district du monarque *. Chacun de ces chefs possédait dans son district une juridiction territoriale complète, et levait des taxes sur ses vassaux ; mais tous suivaient l'étendard du monarque à la guerre, y conduisaient un nombre d'hommes proporl ionné à l’étendue de leur domaine, et plusieurs d'entre eux payaient tribut au roi comme à leur seigneur suzerain.
Dans cette esquisse de la constitution du Mexique, on trouve les principaux traits du gouvernement féodal dans sa forme la pins rigide. On y reconnaît ses trois caractères distinctifs : une
1 Herrera, Dectul. lit , lib. u , cap. xiv. Torqueinada ,
lib. u, cap. lxix.
* Herrera, Décati. II, lib. v, cap. i. Torqueinada , lib. ti, rap. xux.
* Herrera, Décati. Il , lib. vm , cap. xn.
* Torqueinada , lib. n , cap. tvn. CoriU. manuscrit.
noblesse jouissant d'une autorité presque indépendante, le peuple abaissé à la plus abjecte soumission et un souverain chargé du pouvoir exécutif. L'esprit et les principes de celte espèce de gouvernement semblent avoir produit dans le Nouveau-Monde les mêmes effets que dans l’ancien. L'autorité du souverain y était extrêmement limitée. Tout le pouvoir réel demeurait entre les mains des seigneurs qui n'en laissaient au roi que l'ombre. Jaloux à l’excès de leurs droits, ils les défendaient avec la plus grande vigilance contre les entreprises du monarque. Célail une loi fondamentale du royaume que le roi ne pût décider sur aucune affaire importante et générale sans l'approbation d’un conseil composé de la première noblesse '. Il ne pouvait ni déclarer la guerre ni disposer à son gré d'une partie très considérable du revenu public, dont la destination était réglée et qui ne pouvait être divertie par le roi seul à aucun autre usage5. Pour assurer l'observation des privilèges de la nation et des leurs , les nobles ne souffrirent point que la couronne se transmit par succession; cilcétait élective, I,e droit d'élection semble avoir été d'abord entre les mains du corps entier de la noblesse; mais il avait passé ensuite à six électeurs, parmi lesquels étaient tuujours les seigneurs de Tezeuco et de Tacuba. Par respect pour les monarques , le choix tombait communément sur quelque membre de leur famille; mais comme une nation, engagée dans des guerres continuelles, avait un grand besoin d'un souverain actif et valeureux , on avait plus d'égard dans le choix au mérite et à la maturité de l’âge qu'à l'ordre de la naissance , et on préférait souvent des collatéraux à des parens plus proches du monarque décédé 3 *. Ce st à cet usage que les Mexicains devaient cette succession de princes habiles et guerriers qui avaient élevé leur empire en si peu de temps à ce haut point de puissance où le trouva Cortès en débarquant dans la Nouvelle-Espagne.
Tant que l'autorité des monarques demeura limitée, il est probable qu’elle fut exercée sans beaucoup d’ostentation ; mais lorsqu'elle s'élcn-
1 Herrera, Dccad. lit, tib. u, cap. xix, lib. îv; cap. xvi.
’ Ibid., cap. xvii.
• Acosta , lib. vi, cap. xxiv. Herrera, Dccad. III, lib. u, c. xui. Corila, manuscrit.
Digiti
LjC
dit , ils augmentèrent aussi la magnificence du trône. C’est dans ce dernier état que la cour du Mexique se montra aux yeux des Espagnols, qui en furent frappés et qui nous en décrivent la pompe fort au long cl avec les expressions de la plus grande admiration, la nombreuse suite de Monlézuma , l'ordre, le silence, le respect avec lesquels il était servi , la vaste étendue de son palais , les logemcns de scs différons officiers , le faste avec lequel il déployait sa grandeur toutes les fois qu’il daignait se laisser voir à srs sujets, tenaient plus de la magnificence des anciens monarques de l'Asie que de la simplicité des états uaissans du Nouveau-Monde.
Mais ce n’était pas seulement par celte pompe extérieure que les souverains du Mexique déployaient leur pouvoir; ils le manifestaient d’une manière plus bienfaisante par l’ordre et la régularité avec laquelle ils administraient la police intérieure de leurs états. I.e roi avait sur ses vassaux immédiats une juridiction entière, tant civile que criminelle. Chaque département avait ) ses juges , et si nous pouvons compter sur ce que les écrivains espagnols nous disent des principes et des lois sur lesquels ils fondaient leurs décisions dans ces deux genres d’affaires , la justice était administrée au Mexique avec autant d'ordre et d'équité qu'on en peut trouver dans les sociétés entièrement civilisées.
Les moyens de fournir â la dépense publique étaient aussi fort bien entendus. C'étaient des taxes, sur la terre , sur les richesses de l'industrie, et sur les marchandises de tous les genres mises en vente dans les marchés publics. Ces droits, quoique considérables, n'étaient ni arbitraires ni inégaux; ils étaient fixés d'après des règles établies, et chacun connaissait la proportion des charges publiques qu'il avait à supporter. Comme l'usage de la monnaie était iuconnu au Mexique , tous les impôts se payaient en nature, et ou portait dans les magasins publics, non-seulement toutes les productions naturelles des diverses provinces de l’empire , mais tous les ouvrages de l'industrie et des arts. I)e ces magasins Icmpercur tirait de quoi pourvoir sa nombreuse suite pendant la paix et scs armées pendant la guerre , de nourriture , d’habits , d’armes, etc. Le petit peuple, qui ne possédait point de terre et qui ne faisait point de commerce , payait sa part des impôts en travaux de
différons genres ; et c'était par ce travail que les terres de la ronronne étaient cultivées , les ouvrages publics exécutés et lesdifférentes maisons de l'empereur construites et entretenues (147) *.
Les progrès des Mexicains dans la civilisation se montrent non-seulement dans tous les points essentiels à toute société bien ordonnée , mais encore dans divers objets de police intérieure , qu'on peut regarder comme d'une moindre importance. L’établissement de courriers publics , postés de distance en distance pour faire passer les nouvelles d'une, partie de l'empire à l'autre , était une invention ingénieuse de police que ne connaissait à celle époque aucun état del'Europe. La situation de la capitale sur un lac , avec des digues et des chaussées fort longues , qui servaient d'avenues à ses différons quartiers , avait demandé une adresse et un travail qu'on ne pouvait trouver que chez un peuple civilisé. On peut faire la même réflexion sur la structure des aqueducs, par lesquels ils avaient amené un émirs d'eau ! douce d’une distance fort considérable le long des chaussées (148). Un certain nombre d'hommes , employés régulièrement à nettoyer les nies, ô les éclairer par des feux allumés en différentes places et à y faire la garde pendant la nuit s, montrent encore un degré d'attendon sur la tranquillité publique que les nations polies n'ont acquis que fort lard.
Mais la marque la moins équivoque des progrès des Mexicains est le degré auquel ils avaient porté les arts. Cortès et les premiers historiens espagnols en parlent avec étonnement et prétendent que les artistes les plus célèbres de l’Europe n'auraient pu surpassrr les Mexicains pour la délicatesse et la propreté du travail. Ils représentaient, dit-on, les hommes, les animaux et d'autres objets par le moyen de plumes diversement colorées et nuancées , de sorte qu'on voyai l dans leurs tableaux tous les effets de la lumière et de l'ombre et la nature imitée avec autant d'agrément que de vérité. On dit 3ussi que leurs ouvrages d’or et d’argent n'étaient pas moins curieux. Il faut cependant remarquer qu'en cherchant i se former des idées de l’étal des arts chez une nation grossière, on est fort sujet
* Herrera. Dccad. II, lib. vu, cap. sut; Dccad. III, lib. iv, cap. xvi, xvu.
■ Hcrrera, Dccad. Il, lib. vm, cap. iv. Toiribio, manuscrit.
HISTOIRE D'AMÉRIQUE
à se tromper. Nous voyons les ouvrages des arts, chez un peupte qui est à peu près à notre niveau, avec un œil critique et quelquefois jaloux, au lieu que ceux d'une nation nouvelle et grossière nous étonnent quand nous comparons la force des obstacles qu'elles ont eus à surmonter avec la faiblesse de leurs moyens; et dans la chaleur de notre admiration , nous sommes disposés à nous les représenter comme plus parfaits qu'ils ne le sont réellement. C'est il cette illusion qu'il faut attribuer l'exagération de quelques écrivains espagnols , dans les descriptions qu'ils donnent des arts des Mexicains , sans avoir d'ailleurs le projet de nous tromper.
Ce n'est pas aussi par ces descriptions que nous les devons juger, mais par l’examen des ouvrages mexicains qui se sont conservés jusqu'il nos jours. Comme le vaisseau dans lequel Cortès envoya à Charles V les plus curietisrs productions de leurs arts rassemblées dans le premier pillage de l'empire par les Espagnols, fut pris par un corsaire français 1 , les monumens de leur industrie sont moins nombreux que ceux des Péruviens. J'ignore s'il subsiste en Espagne quelques-unes de leurs peintures en plumes; mais on voit dans le cabinet du roi d'Espagne , nouvellement ouvert au public , plusieurs de leurs bijoux en or et en argent , ainsi que leurs divers ustensiles, et j'ai appris par des personnes sur le goût et le jugement desquelles je puis compter, que ces ouvrages vantés de leur industrie ne sont que des représentations informes d'objets communs et des figures grossières d'hommes et d'animaux sans vérité et sans grâce (149); ce qui est confirmé encore par l'inspection des gravures en bois ou en taille douce de leurs peintures publiées par différens auteurs. On n'y voit que des représentations grossières et maladroites d'hommes, de quadrupèdes ou d'oiseaux , ainsi que de la nature inanimée. Le style égyptien le plus sec, tout raide et tout grossier qu’il est , a encore plus d'élégance. Les essais informes d’un enfant qui entreprend de dessiner quelque objet, ne sont pas plus imparfaits.
Mais quoique les peiutures des Mexicains , considérées comme ouvages de l’art, fussent très imparfaites, si nous les considérons comme le
1 Cortès, /te /rte. Ranius, lit , -01 F.
dépût de l'histoire de leur pays, comme des monumens de leurs lois et des principales révolutions de leur état, elles deviennent des monumens aussi curieux qu'intéressans. la plus noble et la plus utile invention dont puisse se glorifier l'esprit humain est sans doute l'art de l'écriture, qui a contribué plus que tout autre au perfectionnement de l’espèce, mais ses premiers essais ont été très grossiers et ses prt>- Ijrès très lents. Quand le guerrier avide de renommée a désiré de transmettre la mémoire de ses exploits aux générations â venir; quand la reconnaissance d'une nation pour son souverain l'a portée à faire passer à la postérité le souvenir des bienfaits qu'elle en avait reçus , le premier moyen qui semble s'ètre présenté a été de dessiner le mieux qu'on a pu des figures représentant l'action dont on voulait conserver la mémoire. On a trouvé chez les nations sauvages de l'Amérique des ouvrages de cette espèce d’art , appelé avec beaucoup de justesse écriture en tableaux 1 . Lin chef revenant de son expédition, dépouillait un arbre de son écorce et gravait sur le tronc, avec une sorte de peinture rouge, quelques figures grossières représentant la route qu’il avait tenue, le nombre de ses troupes et de celles de l’ennemi, les chevelures qu'il avait rapportées, les prisonniers qu'il avait faits; il confiait sa renommée â ces monumens grossiers et se flattait de l’espérance qu'ils serviraient à lui obtenir les éloges des guerriers de sa nation dans les temps â venir2.
les peintures des Mexicains , comparées à ces essais informes des nations sauvages de l'Amérique , peuvent être regardées comme des ouvrages où se montre une sorte de composition et de dessin. A la vérité les deux méthodes se ressemblent en ce qu'elles consistent toutes deux à représenter les événemens par la peinture des objets; mais les Mexicains pouvaient tracer une suite plus longue de faits dans l’ordre des temps par la disposition de leurs figures; présenter, par exemple, les événemens d’un règne depuis l'avénement du roi â sa couronne jusqu'à sa mort; les progrès de l'éducation d'un enfant depuis sa naissance jusqu'à
1 Divine Légat, of Motet , lit, 73.
■Sir W. Jotinei. Phii. transacl. , ,ol. LXIII.p. M3. Mim.ile LaHontan., 11,191. Laâ Uu, Mœurs <les Sauvages. Il, 43.
l'âge viril; les différentes récompenses et les marques de distinction accordées à un guerrier à mesure qu'il s'était signalé par de nouveaux exploits. On a conservé quelques-unes de ces écritures en tableaux qui sont regardées avec raison comme les monumcns les plus curieux des arts du Nouveau-Monde. les plus remarquables de ces planches sont celles qu'a publiées Purchas, au nombre de soixante-six. Elles sont partagées en trois suites. La première contient l'histoire de l'empire du Mexique sous dix de ses monarques. La seconde est le rôle des impositions , représentant ce que chaque ville conquise ppic au trésor royal. La troisième est un code de leurs institutions civiles , politiques et militaires, l.'arclievèque de Tolède qui siège aujourd'hui a public d'autres peintures mexicaines en trente-deux planches. On trouve jointe à chacun de ces tableaux une explication complète de ce qui y est représenté , donnée aux Espagnols par des Indiens qui connaissaient très bien leurs arts. Toutes sont Faites d'après le même principe : elles représentent des choses et non des mots; elles offrent des images aux yeux et non des idées i l’esprit. Elles peuvent donc être considérées comme les premiers et les plus grossiers essais de l’art d'écrire. On a dû sentir bientôt l’imperfection de cette méthode de conserver la mémoire des faits. Ce devait être une opération bien longue et bien fastidieuse que celle de peindre ainsi chaque événement ; et comme les affaires se compliquent et que les événemens se multiplient dans toutes les sociétés, les annales devaient former en peu de temps un volume énorme. D'ailleurs on ne peut peindre que les objets qui tombent sous le sens. Nos conceptions n’ont aucune forme sensible, et puisque l’écriture en tableau ne pouvait les peindre, elle ne pouvait être qu'un art très imparfait. La nécessité de le perfectionner a dû aiguiser l’inventiou, et l'esprit humain , dans le Nouveau-Monde , tenant la même roule qu'il a suivie dans l’Ancien, l’art a dû faire successivement les mêmes pas, c’est-à-dire aller de la peinture de l’objet à l'hiéroglyphe, au symbole allégorique, ensuite à des caractères arbitraires, pour arriver avec le temps à un alphabet capable d'exprimer toutes les combinaisons de sons employés dans le discours. On voit dans les peinluresdes NJexicains qu’ils procédèrent ainsi.
En observant avec attention les planches dont j’ai parlé, on y remarque quelques figures qui approchent de l'hiéroglyphe , et dans lesquelles une partie principale de l'objet ou quelque circonstance im|>ortante do sujet est employée pour représenter le tout. Dans les annales des lois de Purchas, les villes conquises sont constamment réprésentées par la figure grossière d'une maison; mais pour distinguer les villes particulières dont les souverains du Mexique s’étaient empares, on trouve employés des emblèmes particuliers, quelquefois des objets naturels , d’autres fois des figures arbitraires. Dans le rôle des impôts publié par l'archevêque de Tolède, on ne voit point la maison , symbole ordinaire d’une ville, mais seulement un emblème qui la représente. Ailleurs on a été plus loin et l’on s’est approché davantage de l'hiéroglyphe plus figuré et plus arbitraire. Pour désigner un monarque qui a étendu son domaine par la force des armes, on a figuré le monarque et les villes qu’il a conquises avec un bouclier couvert de flèches placé entre lui et les villes. On ne trouve cependant dans leurs peintures qu’un seul exemple de tentative pour exprimer des idées d’objets qui n'ont aucune forme sensible ; c’est dans leur manière de désigner les nombres. Ils avaient inventé pour cela des caractères ou signes de pure convention dont ils se servaient pour compter les années du règne de leurs rois et le montant des sommes payées au trésor royal. La figure du cercle représente l'unité. Elle se répète pour exprimer les petits nombres, des marques particulières expriment les nombres plus grands , et il y en a [tour désigner tous les nombres cardinaux depuis vingt jusqu'à huit mille. La courte durée de l’empire des Mexicains ne leur a pas permis d'avancer plus loin dans celte route qui conduit les hommes de la peinture si laborieuse et si compliquée des objets réels à la simplicité et à la facilité de l'écriture alphabétique. Quoiqu'on découvre dans l’emploi de ces moyens quelques idées qui pouvaient les conduire à notre écriture, on ne peut cependant y voir rien de plus qu’une écriture en tableaux, plus parfaite que celle des sauvages de l'Amérique, en raison même de leur supériorité sur ces petites peuplades , mais qui est encore assez défectueuse pour n’appartenir qu'au premier période du progrès que doit avoir
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pour soutenir la vie et non pour former une constitution robuste ^ Ces remarques ne se seraient pas présentées dans un pays qui eût fourni avec abondance des subsistances à ses habitans. La difficulté que Cortès trouva à faire vivre le petit corps de troupes qu’il avait avec lui et la nécessité où les Espagnols furent souvent de recourir aux productions spontanées de la terre semblent confirmer ce jugement et nous donnent une idée désavantageuse de l’état de la culture de l'empire du Mexique.
Cette opinion se trouve encore confirmée par une pratique universellement établie dan.< toute la Nouvelle- Espagne. Les femmes mexicaines nourrissaient toutes leurs enfans de leur lait pendant plusieurs années, et pendant ce temps- ! là elles n'habitaient pas avec leurs maris 2. Otite précaution contre une augmentation de famille qui leur aurait été à charge, quoique nécessaire, comme je l'ai déjà observé parmi des sauvages dont la vie est si dure et la subsistance si précaire, ne se serait pas conservée chez un peuple qui eût vécu dans quelque aisance.
La vaste étendue de l’empire du Mexique , circonstance qu'on regarde avec raison comme la preuve la plus décisive d'un progrès considérable dans l'art du gouvernement , est un de ces faits de l’histoire du Nouveau-Monde qui semble avoir été admis sans assez d’examen. Les historiens espagnols , pour relever les exploits de leurs compatriotes, s'accordent à représenter l’empire de Montézuma comme s'étendant sur toutes les provinces de la Nouvelle-Espagne du nord à la mer du Sud ; mais une grande partie des pays des montagnes était possédée par les Otomies, nation féroce, qui parait avoir été le restedes habitans originaires du pays conquis par les Mexicains. Les provinces situées au nord et à l’ouest de Mexico étaient occupées par les Chichetnecas et d’autres peuplades de chasseurs. Toutes ces nations ne reconnaissaient point le monarque du Mexique. Même dans le pays plat et dans l’intérieur plusieurs villes et provinces n’avaient jamais subi le joug. Tlascala , quoique placée seulement à vingt-et-une lieues de la capitale de l’empire, était une république indépen-
1 Relut, ap. Ramut ., lit , 306, A. lîerrera, Ocrait. III , in>. iv . cap. xvii. Décati. Il , lib vi , cap. iti.
■ Comara , Citron., cap. ccvm. lîerrera , Decad III , il», iv , cap. xvi.
dante et ennemie. Cholula, quoique encore plus voisine , n’était soumise que depuis fort peu de temps lors de l’arrivée des Espagnols. Tepeaca, éloignée de trente lieues de Mexico, parait avoir été un état séparé , gouverné par ses propres lois *. Mcchoacan , dont la frontière n’élait qu’à quarante lieues de Mexico , était un royaume puissant , célèbre par son implacable inimitié pour les Mexicains2. Ces puissances ennemies circonscrivaient l’empire de lous les côtés. Nous devons donc rabattre beaucoup des hautes idées que nous donnent de son étendue les descriptions des historiens espagnols.
Avec celte indépendance des divers étals de la Nouvelle-Espagne, il ne pouvait y avoir que peu de communication entre ses diverses provinces. Même dans l'intérieur du pays et à peu de distance de la capitale il n’y avait pas de routes d'un district à un autre, et quand les Espagnols voulurent y pénétrer ils furent obligés de s’ouvrir des chemins au travers des bois cl des marais3, lorsque Cortès, eu 1525, se hasarda à marcher de Mexico au pays des Honduras, il trouva des difficultés et essuya des fatigues aussi grandes que celles qu'il eût pu rencontrer dans les lieux les plus déserts de tout le reste de l’empire. Dans quelques endroits, il fut obligé de se frayer une route à travers des bois impénétrables ou des plaines couvertes d’eau. Dans d’autres il y avait si ]>eu de culture que ses troupes furent souvent à la veille de périr par la faim. Ces faits bien constans s’accordent mal avec les descriptions pompeuses de la |>olice et de l’industrie des Mexicains , et ne donnent guère de ce pays des idées différentes de celles que nous avons des parties occupées par les tribus du nord de l’Amérique, où l’on n’a trouvé aucune trace de communication établie que ce que les sauvages appelaient et ce qu’on appelle encore un sentier de commerce ou de guerre , peu de marques d'industrie et nul monument des arts4.
Une preuve non moins frappante de ce défaut de communication et decommercc au Mexique, est ie défaut de monnaie et de tout autre moyen général d’échange et dévaluation. Celle
1 lîerrera. Décati. Il, lib. x.cap. xv.xxi B. Dijz.p. 139
* Herrrra , Decad. III. lib- h, cap. x.
* B. Diai, cap. clxvi, cUxvi.
4 Uerrera, Decad. III, lib. vu, cap. vin.
découverte est un des pas les plus importans dans les progrès des nations. Sans ce secours tous les échanges se font si lentement, si difficilement qu’ils ne peuvent être ni nombreux ni variés. L’invention de ce moyen de commerce est d'une si haute antiquité dans notre hémisphère et remonte si fort au-delà de toutes les époques authentiques de l'histoire, qu’elle semble presque aussi ancienne que la société. Les métaux précieux paraissent avoir été employés de fort bonne heure à cet usage, parce que leur valeur est plus permanente, qu’ils sont plus facilement divisibles et qu’ils ont beaucoup d’autres qualités qui les rendent plus propres à servir de mesure commune qu’aucune autre substance que la nature ait soumise à l'empire de l'homme. Mais dans le Nouveau-Monde, même dans les contrées où l’or et l'argent se trouvent en plus grande abondance, on n’y connaissait point cet usage de ces métaux. Ils n’étaient pas encore assez nécessaires aux besoins des peuplades grossières ou des monarchies imparfaitement civilisées de l’Amérique. Tout le commerce était conduit par des échanges en nature. Ce défaut d’un moyen d'échange et d'évaluation si avantageux et qui apporte tant de commodités dans la vie civile, doit être regardé comme une marque certaine de l’état encore imparfait de la police des Mexicains. Cependant on commençait à sentir dans le Nouveau-Monde l’inconvénient de manquer de l’instrument général du commerce, et l'on faisait quelques efforts pour y suppléer. Au Mexique, où le commerce était plus étendu qu’en aucune autre partie de l'Amérique, on avait commencé è employer une mesure commune de la valeur dont l’usage rendait les petits échanges plus faciles. Comme le chocolat était d'un usage commun à toutes les classes de citoyens , les noix ou amandes de cacao étaient reçues en échange des marchandises de peu de valeur. Le cacao étant ainsi considéré comme un moyen d’échange, la valeur de ce que l’acheteur voulait acquérir et de ce que le vendeur voulait vendre s'estimait par le nombre des noix de cacao qu'on pouvait obtenir en échange de la marchandise achetée ou vendue. C’est là le plus grand pas que les Américains semblent avoir fait vers la découverte de la monnaie. Si le défaut de monnaie peut être regardé comme une preuve de leur barbarie, l’expédient par
lequel ils avaient imaginé d'y suppléer est d'un autre côté une marque (Ccisive de leur supériorité sur les autres nations de l’Amérique dans les connaissances et dans les arts qui accompagnent la civilisation.
Tel était l'état où les conquérans du Mexique trouvèrent plusieurs de ses provinces. la-urs villes elles-mêmes quelque grandes et peuplées qu’elles fussent , paraissent plutôt avoir été l’asile d'hommes qui ne font que sortir de la barbarie que l'habitation paisible d'un peuple policé. D’après la description qu’on nous donne de Tlasc’ala , celte ville ressemblait beaucoup à un village indien. Ce n'était qu'un amas de huttes basses , dispersées çà et là selon le caprice de chaque propriétaire, bâties en terre et en pierre et couvertes de roseaux, qui ne recevaient de jour que par une porte si basse qu’on ne pouvait y entrer qu’en se courbant *. Quoique la situation de Mexico sur le lac eût produit une disposition plus régulière des maisons, la structure du plus grand nombre était également grossière. Les temples même et les édifices publics ne paraissent pas avoir mérité les éloges pompeux qu’en font les historiens espagnols. Autaut qu’il est possible d’en juger par leurs descriptions obscures et peu exactes, le grand temple de Mexico, le plus célèbre de la Nouvelle-Espagne, assez élevé pour qu’on y montât par un perron de cent quatorze marches, était une masse solide de terre de forme carrée et revêtue en partie de pierre. Chaque côté de sa base avait quatre-vingt-dix pieds, et comme il allait en diminuant , l’édifice se terminait par le haut en un espace d’environ trente pieds carrés, où était placée une figure de la divinité et deux autels sur lesquels on sacrifiait les victimes5. Les autres temples les plus célèbres delà nouvelle Espagneres semblaient tous à celui de Mexico(152). De tels édifices ne donnent pas l'idée d'un grand progrès de l’art, puisqu'on peut difficilement concevoir plus de grossièreté dans les premiers ouvrages d’une nation qui commence à élever des monumens publics.
A en croire les historiens espagnols, le palais de l’empereur et les maisons des principaux nobles montraient plus d’art et d'industrie. On y voyait quelqueélégance dansle dessin et des dis-
'IlerTrra, Dccad. Il, lib. vi, cap. xn.
• Ibid., tib. vin. cap. xvu.
tribut ions assez commodes. Cependant si des édifices pareils eussent existé dans les villes du Mexique , on en trouverait encore quelques restes. Par la manière dont Cortès conduisit le siège de Mexico , nous pouvons croire que tous les monumens un peu considérables de la capitale ont été détruits. Mais comme il ne s'est écoulé que deux siècles et demi depuis la conquête de la Nouvelle-Espagne, il paraît impossible qu'en un espace de temps si court ces édifices vantés aient disparu sans laissser après eux aucun vestige et que dans aucune des autres villes, surtout parmi celles qui n'ont pas été emportées de vive force, il n’y ait aucune ruine qui atteste leur ancienne magnificence.
Dans les plus petits villages des Indiens il y a des bdlimens d'une plus grande étendue et d'une plus grande élévation que les maisons des particuliers. Ceux où se tient le conseil de la nation, où elle s'assemble dans les fêtes publiques, sont magnifiques comparés aux autres. I,a distinction des rangs et l'inégalité des propriétés étant établie parmi 1rs Mexicains, le nombre des grands édifices devait y être aussi plus considérable que dans les autres nations de l'Amérique : il ne parait pourtant pas qu'il y en ait eu aucun qui méritât par sa magnificence ou sa solidité les pompeuses épithètes que les auteurs espagnols leur donnent en les décrivant. Il est probable que quoique plus ornés et construits sur une plus grande échelle, ils étaient bâtis des mêmes matériaux légers et peu durables qu'on employait pour les maisons communes (153), puisqu'on moins de deux cent cinquante années le temps en a emporté jusqu’aux moindres vestiges (151).
Tous ces faits rassemblés prouvent évidemment que la civilisation du Mexique était beauamp plus avancée que parmi les nations sauvages que nous avons fait connaître; mais il tien est pas moins manifeste qu'en beaucoup de choses les historiens espagnols ont exagéré les progrès des Mexicains. Il n'y a point de source plus commune et plus féconde d’erreur, en décrivant les moeurs et les arts des nations sauvages ou à demi civilisées, que d'y appliquer les noms et les expressions dont on se sert pour désigner les institutions et les arts des peuples poils. lorsqu’on a eu donné le nom de roi ou d’empereur au chef d’une petite peuplade, le lieu de sa rési-
dence a dû s’appeler palais et son petit cortège a dû prendre le nom de cour. De pareilles dénominations ont donné aux choses une importance quelles n’avaient pas; l’illusion se répand et chaque partie du récit étant embellie de fausses couleurs, l'imagination est tellement égarée par la ressemblance des noms qu'il lui devient difficile de distinguer des objets qui u’ont aucune ressemblance entre eux. l.orque les Espagnols abordèrent pour la première fois au Mexique, ils furent si frappés de l'apparence de police et de quelques ouvrages des arts, fort supérieurs à ceux des nations grossières qu'ils avaient jusque-là visitées eu Amérique, qu'ils s'imaginèrent avoir enfin découvert dans le Nouveau-Monde un peuple civilisé. Dans leurs descriptions, ils paraissent ne perdre jamais de vue celte comparaison entre les habitons du Mexique et leurs sauvages voisins. Eu observant avec admiration la supériorité des Mexicains marquée en plusieurs choses, ils emploient à décrire leur police imparfaite et leurs arts grossiers des termes qui ne sont applicables qu'à des nations infiniment plus avancées dans la civilisation et dans les arts. Ces deux circonstances concourent à diminuer beaucoup la confiance qu’on doit aux descriptions de l'étal du Mexique que nous ont laissées les premiers historiens espagnols. En comparant cette nation à d'autres petits peuples sauvages, ils ont laissé leurs idées s'élever beaucoup audessus du vrai, et les termes qu’ils ont employés dans leurs descriptions ont encore contribué à augmenter l’exagération. Les écrivains postérieurs ont adopté le style des premiers et l’ont chargé encore davantage. Solis, en traçant le caractère de Montézuma et en (écrivant la splendeur de sa cour , 1rs lois et la police de son empire , emploie les mêmes expressions dont on se servirait pour faire connaître le souverain et les institutions de la nation la plus civilisée de l’Eutope.
Mais quoiqu'il faille reconnaître que la chaleur de l'imagination espagnole a ajouté quelques emhellisscmens à ces descriptions, on n'est |»as en droit pour cela de prononcer avec le ton décisif qu’emploient plusieurs auteurs, que tout ce qu'on a écrit de l’étendue, de la police et des lois du Mexique, n'est qu’un amas de fictions d'hommes qui ont voulu tromper ou qui avaient un grand penchant à croire au merveilleux. Il y a peu de
HISTOIRE D AMERIQUE
faits historiques qu'on puisse établir sur des témoignages plus incontestables que les faits principaux de Hiistoire du Mexique. Ce sont des témoins oculaires qui rapportent ee qu'ils ont vu , des hommes qui ont vécu parmi les Mexicains avant et après la conquête qui décrivent des institutions et des moeurs qui leur étaient familières, des personnes de professions différentes, militaires, prêtres, jurisconsultes, A qui les objets doivent s’être présentés sous des aspects différens; et tous concourent à rendre le même témoignage. Si Cortès s'était hasardé à tromper son souverain en lui faisant un tableau de mœurs imaginaires , il n'eût pas manqué d'ennemis et de rivaux empressés à découvrir sa tromperie et A en tirer parti pour lui nuire. Mais, comme le remarque avec raison un auteur qui a éclairci par sa sagacité et embelli par son éloquence l'histoire de l'Amérique 1 , cette supposition est aussi invraisemblable que le projet eût été audacieux. Parmi les destructeurs de ce grand empire il n'y en avait pas un seul assez éclairé pour imaginer un système de police aussi bien combiné et aussi bien d'accord dans toutes ses parties que relui qu’ils attribuent aux Mexicains. D’où auraient-ils emprunté l’idée de plusieurs institutions ignorées A cette époque de toutes les autres nations connues? Au commencement du seizième siècle , il n'y avait en Europe aucun établissement semblable à celui qu'un avait formé au Mexique pour porter au souverain des nouvelles de toutes les parties de son empire. La même observation peut s'appliquer A ce qu’on nousdit de la forme de la ville de Mexico , de sa police et de ses différentes lois pour l'administration de la justice. Tout homme accoutumé à observer les progrès des nations remarquera souvent dansles premiers pasqu'elles font , les germes de ces idées , d'où résultent des élablissemens qui font la gloire et l'ornement des sociétés arrivées au plus haut degré de civilisation. Même dans l'état de civilisation imparfaite où se trouvait l'empire du Mexique, la sagacité ingénieuse de quelque observateur , excitée ou aidée par des circonstances que nous ne connaissons pas, a pu y introduire des institutions dignesdes sociétés les plus policées. Mais il était presque impassible que les conquérans
' M. l'abbé Raynal, ffot. phil. et polit., III , I2T.
fgnorans et grossiers du Nouveau-Monde , ne se faisant aucune idée des coutumes et des lois du pays qu’ils subjuguaient, sortissent hors des limites connues dans leur siècle et dans leur pays ; et si Cortès et quelques-uns de scs compagnons eussent été ca|>ablrs de cet effort , pourquoi leurs successeurs auraient -ils travaillé A perpétuer l'erreur? Pourquoi Corita ou Motolinca ou Acosta auraient-ils voulu amuser leur souverain et leurs compatriotes de contes entièrement fabuleux ?
En un point cependant les guides que nous avons dû suivre ont représenté les Mexicains comme plus barbares peut-être qu'ils ne l'étaient réellement, laturs dogmes religieux et les cérémonies de leur culte sont représentées comme féroces et cruelles au plus haut degré.
La religion , qui ne tient pas une grande place dans la tète d'un sauvage qui n'a |ias des idées fort claires d'une puissance supérieure et dont les rites sont simples et en petit nombre , était chez les Mexicains un système régulier ; elle avait ses prêtres, ses temples, scs victimes et ses fêtes. Cela même est une preuve claire que l'état des Mexicains était très différent de celui des nations sauvages de l'Amérique. Mais de l'extravagance de leurs notions religieuses, ou de l'atrocité de leurs cérémonies, on ne peut tirer aucune conséquence contre leur civilisation. Les nations conservent des systèmes de superstition fondés sur les absurdes notions des premiers Ages de leur formation , long-temps a près que leurs idées ont commencé A s'étendre et leurs mœurs A se polir. Nous pouvons cependant juger du caractère des Mexicains d'après l'esprit de leur religion. La superstition s’y montrait sous un aspect sombre et atroce. Leurs divinités y étaient environnées de la terreur et se plaisaient dans la vengeance. Elles étaient représentées au peuple sous les formes les plus capables d'inspirer l'horreur. Les temples étaient décorés de figures de serpens, de tigres et d’autres animaux destructeurs. I .a crainte était le seul sentiment qui animait leurs dévois. Les jeûnes, les mortifications, les souffrances, poussés aux excès les plus cruels, étaient les moyens qu'ils employaient pour apaiser la colère de leurs dieux, et ils n'approchaient jamais de leurs autels sans les teindre de leur propre sang. De toutes les offrandes les sacrifices humains étaient celles