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HISTOIRE D’AMERIQUE
peaux. Mais la situation commode de eetle colonie pour faire un commerce prohibé par la cour d'Espagne, a été la principale source de sa prospérité. Tandis que la cour de Madrid suivait : ses relations avec l’Amérique d'après son ancien système, la rivière de la Plata était si écartée de la route des vaisseaux espagnols que les interlopes pouvaient presque sans risques y verser les ouvrages des fabriques d’Europe en assez grande quantité [tour fournir au besoin de la colonie, [tour approvisionner aussi les parties orientales du Pérou, lorsque les Portugais du Brésil étendirent leurs établissemens jusque sur les bords de la rivière de la Plata , il s’ouvrit encore un nouveau canal, par lequel les marchandises prohibées purent s'introduire dans les colonies espagnoles avec encore plus d'abondance et de facilite. Ce commerce illégal, quoique funeste à la métropole, contribua à faire prospérer la colonie qui en retirait un avantage immédiat, et Buénos-Ayrcs devint par degrés une ville opulente et peuplée. Il est difficile de déterminer à présent avec quelque certitude quel sera l’effet du changement de système de la cour d'Espagne, relativement à cette colonie et i l'administration de son commerce.
Tous les autres territoires appartenait» à l’Espagne dans le Nouveau -Monde, si l'on excepte les l'es , sont compris sous deux grandes divisions. La première porte le nom de Tierra- Firme, et s'étend le long de l'océan Atlantique, depuis la frontière orientale de la Nouvelle-Espagne jusqu’à l'embouchure de l'Orénoque, la dernière s'appelle nouveau royaume de Grenade et occupe les parties intérieures. Je terminerai ce livre par une description abrégée de ces deux pays.
A l’est de Yeragua , la dernière des provinces comprises de ce coté sous la vice- royauté du Mexique est l'isthme de Darieu. Quoique cette partie du continent de l'Amérique ait vu les premiers établissemens des Espagnols, la population n’avait fait aucun progrès dans le Daricn. Comme le pays est extrêmement montagneux, | que les pluies qui y régnent une grande partie ie l’année le rendent très malsain et qu'il ne ontient aucune mine de grand produit , il aurait été probablement abandonné sans la bonté du havre de Porto-Bel h > , sur la mer Atlantique d'un cote, cl saus le havre de Panama de l'autre. !
Ces deux ports ont été appelés les clefs de la communication des deux mers, entre l’Espagne et ses [dus riches colonies. Panama est devenue une ville considérable. L’insalubrité de l’air a arrêté l’accroissement de Porto-Brllo. Comme le commerce de l’Espagne avec ses établissemens de la mer du Sud est maintenant cunduit par un autre canal, il est probable que Porto -Bello et Panama déclineront insensiblement.
Les provinces de Carthagènc et de Sainte- Martlie sont à l’est de l’istlunc de Daricn. Le pays en est montagneux aussi ; mais les vallées y sont moins resserrées, bien arrosées et très fertiles. Pedro de llercdia le soumit à l'Espaguc vers 1532. II est mal peuplé et par conséquent mal cultivé. Il produit cependant beaucoup de drogues médicinales et quelques pierres précieuses , et en particulier des émeraudes : mais iltire surtout quelque importance du [tort de Carthagènc, le meilleur et le mieux défendu de tous ceux que l’Espagne possède eu Amérique. Avec une situation si favorable, le commerce y a pris bientôt un grand accroissement. Dès 1544 Carthagènc parait avoir été une ville considérable. Mais lorsqu'elle fut choisie pour être l’abord des galions à leur arrivée d'Europe et leur rendrzvous pour se préparer à retourner ensemble en Espagne, elle devint bientôt une des plus belles, des plus peuplées et des plus riches villes de l’Amérique. Il y a cependant lieu de croire quelle est arrivée à son plus haut période, et que le changement de système de la cour d'Espagne, pour la conduite du commerce avec l'Amérique, en la privant de la visite des galions, la fera décheoir insensiblement . Mais les richesses qui y sont déjà rassemblées pourront trouver quelque nouvelle destination et prendre une route jusqu'à présent négligée. Son port est sôr et si bien situé pour recevoir les marchandises d'Europe, ses négocians ont tellement l'habitude de 1rs fournir à toutes les provinces adjacentes, qu'elle poui ra retenir encore un grand commerce et conserver un rang distingué parmi les villes du Nouveau-Monde.
Ci province contiguë à Sainte-Marthe, en allant à l’est, fut visitée pour la première fuis dans l'année 1499 1 par Alphonse d'Ojeda. Les Espagnols, à leur débarquement, voyant quel-
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qucs huttes que les Indiens avaient établies sur des pieu* pour les élever au-dessus des eaux stagnâmes qui couvraient la plaine, donnèrent au pays le nom de Venezuela , ou petite Venise, d'après leur penchant ordinaire à trouver des ressemblances entre ce qu'ils découvraient en Amérique et ce qu'ils connaissaient en Europe. Ils firent quelques tentatives pour s'y établir, mais sans succès. Ils en devinrent enfin les maîtres par des moyens bien différons de ceux qui les ont mis en possession de leurs autres domaines du Nouveau-Monde. L'ambition de Charles V l'engagea souvent dans des projets si multipliés et si vastes, que ses revenus ne suffisaient pas pour les dépenses de l'exécution. Parmi d’autres expédiens qu'il employa pour y suppléer, il avait empruuté de grosses sommes des Velscrs d’Augsbourg, qui étaient alors les plus riches négocians de l'Europe. Pour leur paiement , et peut-être pour en obtenir de nouveaux secours, il leur concéda la province de Venezuela pour la tenir en fief héréditaire de la couronne de Castille, à la condition pour eux qu’ils se rendraient maîtres du pays et qu'ils y établiraient une colonie. On devait espérer que des commerçans donneraient A un pareil établissement une forme différente de celle que les Espagnols avaient donnée à leurs autres colonies, qu'ils y favoriseraient davantage les progrès de l’industrie utile, et qu'ils connaîtraient mieux les sources véritables de l'opulence et de la prospérité du pays. Mais malheureusement ils confièrent l’exécution de leur plan A quelques-uns des soldats de fortune dont l’Allemagne était remplie au seizième siècle. Ces aventuriers avides de s’enrichir, afin de pouvoir abandonner promptement un pays dont le séjour leur parut très désagréable , au lieu d’y établir une colonie qui aurait pu cultiver et améliorer le sol , se répandirent dans les différons districts, pour y chercher des mines, pillant partout les Indiens avec la plus cruelle rapacité et les accablant de travaux qu’ils ne pouvaient supporter. En peu d'années leurs exactions, plus atroces que celles des Espagnols eux-mêmes, désolèrent si complètement cette province qu’elle ne put plus leur fournir de subsistance et (pie les Yelsers furent forcés d'abandonner une propriété qui ne pouvait plus leur rapporter aucun avantage lorsque les restes 1 Oviedo y tlagiios, Hist. de Venezuela , p. 2, etc.