‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 95 sur 116 · LIVR · texte numérisé non relu

LIVR

assez grande considération, proche parent de mistriss Ilutrhinson et l'un de ses plus zélés admirateurs et partisans , avait été, pour ces sentimens mêmes, banni de la province des Massachusetts *. En cherchant un asile, il avait pris une route opposée à celle des autres exilés ; et , s'avançant vers le nord , il avait fondé la ville d'Exeler sur une petite rivière tombant dans la haie de Piskataqua. Ses disciples en petit nombre, mais étroitement unis, avaient des principes si rigoureux que même les églises de la colonie des Massachusetts ne leur paraissaient pas assez pures. De temps à autre, ils recevaient quelques recrues que leur attiraient des autres colonies l'amour de la nouveauté ou le ! mécontentement causé par des institutions ecclésiastiques. Leurs plantations étaient fort éparses, la population elair-semée dans le pays, et leur organisation politique fort imparfaite. La colonie des Massachusetts prétendait exercer son autorité sur eux, comme occupant des terres situées dans les limites de sa concession. Gorges et Mason défendaient leurs droits comme des propriétaires fondés sur leur charte. Dans différons cantons , les planteurs, sans s'embarrasser des prétentions des divers partis, se gouvernèrent par des maximes et des lois copiées de celles de leurs compatriotes dans les colonies adjacentes 2. La première rédaction de la constitution politique des provinces de New-IIampshire-ct-Main en une forme régulière et permanente, est postérieure à la révolution.

En étendant leurs établissemcns, les Anglais se trouvèrent exposés à de nouveaux dangers. Les tribus indiennes, voisines de la baie des Massachusets , étaient faibles et peu guerrières. Cependant, par respect pour la justice autant que par des motifs de prudence , les premiers colons, avant de se mettre en possession des terres des Indiens , voulurent obtenir le consentement des anciens possesseurs; et quoique, dans des transactions de cette espèce, le prix payé ait été souvent bien peu proportionné ü la valeur réelle de la propriété acquise, il était suffisant pour satisfaire le propriétaire. I-cs Anglais avaient pris ainsi paisiblement possession

1 Hutch inson, pj(j. 103, etc. 176. Douglas’! Summ., Il, 22, etc. Chalmer’t Annal s. cap. xyii,

* ilutckinton , pa^j. 70.

des terres pour lesquelles ils avaient traité, et il n'y avait eu à cette occasion aucune hostilité ouverteentrcles anciens et les nouveaux possesseurs; mais les colonies de Providence et de Connecticut reconnurent bientôt qu'elles étaient environnées de nations plus puissantes et plus guerrières. Parmi celles-ci, les plus considérables étaient les Naragansets et les Pequods ; les premiers habitant les bords de la haie qui porte leur nom, et les derniers le territoire qui s étend le long des bords de la rivière de Connecticut, û partirde la rivière Pcquod. Iæs Pequods étaient une nation redoutable qui pouvaient mettre en campagne mille guerriers, aussi courageux qu'il ! en fût dans le Nouveau-Monde. Ils prévoyaient fort sagement que la destruction des nations indiennes allait être la conséquence inévitable de l'établissement des Anglais qui allaient se répandre dans tout le continent de l’Amérique, si on ne prenait des mesures promptes qui pussent éloigner ce malheur. Dans cette conviction . ils s'adressèrent aux Naragansets, lespressanld'oublierpourun moment l’inimitié desdeux nations, et de se réunir à eux pour chasser un ennemi commun qui les menaçait également d'une entière destruction. Ils leur représentèrent que , lorsque ces étrangers étaient débarqués, on n’avait pas pu soupçonner leur véritable objet , et qu'on n'avàit pris aucune précaution pour arrêter leurs progrès; mais qu'en envoyant comme ils faisaient trois colonies en trois differens quartiers et dans une seule année , leur intention était manifeste, et que les peuples de l’Amérique étaient réduits à la nécessité de leur résister, s'ils ne voulaient abandonner leur terre natale i d'injustes usurpateurs.

Mais les Naragansets et les Pequods , comme toutes les tribus de l’Amérique voisines les unes des autres , étaient ennemis , et leur ancienne rivalité nourrissait entre eux unehaineimplarable. La vengeance est la passion favorite des sauvages, et, pour la satisfaire, il n'y a point d'avantages même présens qu'ils ne sacrifient , et point de conséquence fâcheuse dans l’avenir qui puisse les arrêter. Les Naragansets , au lieu d'écouter les sages propositions de leurs voisins, firent connaître au gouverneur de la baie des Massachusetts les intcntionshoslilesdesPequods, et prompts à saisir une occasion si favorable de tirer vengeance de leurs anciens ennemis, ils

HISTOIRE D'AMÉRIQUE

s’il 1 1 i ère n ! avec les Anglais contre eux. la» l’equods , plus exaspérés que découragés par l'imprudence et la trahison de leurs compatriotes, se mirent en campagne , et firent la guerre aux Anglais à leur manière accoutumée : ils surprenaient ceux qui s'écartaient, et leur enlevaient la chevelure; ils pillèrent et brûlèrent les habitations les plus avancées dans le pays; ils attaquèrent sans succès le fort Say-Brook , quoique la garnison n'en fût que de vingt hommes ; et lorsque les Anglais commencèrent à agir offensivement , ils se retirèrent dans les bois qu'ils croyaient inaccessibles. Les différentes colonies convinrent qu’elles se réuniraient contre l'ennemi commun , et que chacune fournirait son contingent en hommes à raison de sa force et de sa population. Les troupes de Connecticut , la colonie la plus exposée, furent bientôt assemblées, la marche de celles des Massachusetts, qui formaient le corps le plus considérable, fut retardée par un incident , le plus étrange de ceux qui ont jamais influé sur une opération militaire. Comme ils étaient assemblés et prêts à partir, on reconnut que quelques-uns des soldats étaient antinomiens, croyant A la loi sans les œuvres, et que Dieu ne bénirait point leurs armes et ne couronnerait point leur e\|iédition du succès, que l'armée ne fût épurée de ces hommes profanes. L'alarme fut générale, et on prit toutes les mesures nécessaires pour distinguer et chasser les ioqiurs, et rendre celte petite troupe assez sainte [aiiir combattre dans la cause d'un peuple qui avait de si hautes idées de sa propre sainteté L

Cependant les troupes de Connecticut, renforcées par un petit détachement de Say-Brook, crurent nécessaire de s'avanccrsur l'ennemi. La sauvages étaient postés sur un terrain élevé et entouré d'un marais vers la source de la rivière Mistick; ils s'étaieut environnés d'une palissade, la meilleure défense que leur ignorance dans l'art des fortifications leur eût laissé connaître; mais quoiqu'ils sussent que les Anglais étaient en marche, avec l'imprévoyance et la sécurité familières aux sauvages, ils ne prirent aucune précaution pour suivre leurs mouvemens et se garder d'élre surpris. L'ennemi parvint sans être aperçu jusqu'aux |>alissades: et si un chien n'avait pas aboyé, tous les Indiens eussent été

•beat, I, tes.

massacrés sans résistance. En un moment cependant ils furent en armes, et jetant le cri de guerre, ils se préparèrent à repousser les assaillans; mais, comme dans ces premiers trmps des relations des Européens avec les Américains, ceux-ci étaient peu accoutumés aux effets des armes & feu , et les redoutaient infiniment , tandis qu'une troupe anglaise inquiétait les Indiens par un feu continuel au travers des palissades , d’autres se firent une entrée dans l'enceinte formée seulement de branches d'arbres, cl mettant le feu aux huttes couvertes de roseaux, rendirent la terreur et la confusion générales. Plusieurs femmes et enfaus périrent dans les flammes, elles guerriers cherchant A s'échapper furent massacrés par les Anglais, ou , lombaut entre les mains des Naragansels, postés aux environs du fort comme alliés des Anglais , furent réservés à un traitement plus cruel. Après la réunion des troupes des Massachusetts à la petite armée déjà victorieuse, les Anglais résolurent de poursuivre leur victoire, et chassant les Indiens d'une retraite à l'autre, les battirent dans plusieurs actions aussi fatales aux sauvages que celle du Mistick. En moins de trois mois, la nation des Pequods fut exterminée. Quelques-uns de ces malheureux se réfugièrent dans d'autres peuplades voisines; mais ils perdirent leur nom comme nation distincte.

Dans ce premier essai de leurs armes, les colons de la Nouvelle-Angleterre semblent avoir été conduits par des officiers braves et intelligens, et avoir déployé comme soldats beaucoup de courage et de patience ; mais ils souillèrent leurs lauriers par l’abus qu'ils firent de leur victoire. Au lieu de traiter les Pequods comme un peuple libre qui avait combattu courageusement pour sa propriété et la liberté de son pays , ils leur firent éprouver toutes les barbaries des guerres des sauvages entre eux; ils en massacrèrent quelques-uns de sang-froid ; ils en abandonnèrent d'autres aux sauvages leurs alliés |X>ur les torturer à leur plaisir; ils en vendirent beaucoup comme esclaves aux Bermudes, et réduisirent le reste à la même condition parmi eux1.

Toute répréhensible que cette conduite des

1 llulctiinion, paît- 58,76, etc. Mather, MagnxJ . 1. vi i, cap. vi. Hubbard's State of ,Y. - £/< c , p. 5, I tG, etc.

jogle

Anglais soit à tous les yeux , leurs efforts vigoureux dans cette campagne décisive remplirent toutes les tribus sauvages environnantes d'une si haute opinion de leur valeur, qu’elle assura une longue tranquillité à tous leurs élablissemetis. En même temps l'oppression exercée en Angleterre par le gouvernement contribuait à accroître leur population et leur force, en formant beaucoup de citoyens respectables de rompre eux mêmes les doux liens qui attachent les liommes au pays de leur naissance, pour se réfugier dans une contrée du Nouveau-Monde qui jusque-là ne pouvait les attirer que par cette seule espérance d’y trouver un asile contre la tyrannie. Le nombre de ces émigrât ts croissant sans cesse attira l’attention du gouvernement, qui en fut si effrayé, que le roi, par une proclamation, défendit à tout maître de navire d’embarquer des passagers pour laNouvelle-Angleterre sans une permission spéciale. En beaucoup d’occasions, cette défense fut éludée ou violée sans scrupule ; malheureusement pour le roi, elle ne fut que trop bien exécutée en une circonstance. Sir Arthur Aslerig , John Jlampden , Olivier Cromwell et quelques autres personnes dans les mêmes srntimens qu’eux , impatiens de jouir de la liberté civile et religieuse qu’ils travaillaient en vain A obtenir dans leur patrie, avaient frété quelques navires pour les liorter à la Nouvelle-Angleterre. Un ordre du conseil mit un embargo sur ces bâtimens comme ils étaient prés de mettre à la voile; et Charles, bien éloigné de soupçonner que la révolution prochaine dans ses royaumes serait excitée et conduite par des personnes d’un état si fieu marquant dans la société , retint , sans le savoir, par force, des hommes destinés à renverser son trône , et à lui faire terminer sa vie sur un échafaud •.

Mais, en dépit de tous les efforts du gouvernement pour arrêter ces émigrations , ces mêmes mesures du roi et de scs ministres furent regardées par la majeure partie de la nation comme si contraires aux droits les plus précieux des citoyens, que dans l’année 1038 , environ trois mille personnes s'embarquèrent pour la Nouvelle- Angleterre, s'exposant à toutes les suites que pourrait avoir pour elles la conlra-

* Mailler, Mapuilm . t. i , cap. v , p. 23. Neal's Jfist. of N.-Engt., I, 151. Chalincrs Annals, 1, 153, ICO, elc.

vent ion à la proclamation royale, plutôt que de rester plus long-temps sous l'oppression. Furieux de ce mépris de son autorité, Charles eut recours à un moyen plus violent, mais plus efficace de se faire obéir. Il émit un quo varranto contre la corporation de Massachusetls- Bay, c'est-à-dire un ordre en vertu duquel elle était mise en cause pour usurpation des droits du roi. I.cs colons s’étaient si fort écartés de leur charte qu'ils ne pouvaient éviter d'être condamnés. On jugea qu'ils avaient mérité de perdre tous leurs droits comme corporation. Ces droits retournaient par-là à la couronne, et Charles commença à méditer un nouveau plan d’organisation de la colonie, scIob lequel son administration serait placée en d'autres mains; mais son plan n'eut jamais d’exécution. L’orage commençait à grossir sur toutes les parties de ses domaines; et il éclata bientôt avec une telle violenee que Charles, durant le reste de son malheureux règne, occupé de sohts domrstitiques et pins importons , ne put donner aucune attention aux affaires d'une province éloignée et peu considérable 1 .

La convocation du long parlement fut accompagnée en Angleterre d'une révolution qui fit cesser tous les motifs d'en émigrer pour le Nouveau-Monde. Iæs maximes des puritains enmatières tant civiles que religieuses devinrent dominantes dans la nation et furent soutenues par le gouvernement ; leurs oppresseurs furent opprimés à leur tour; ce système parfait de réforme, qui avait été depuis long-temps l’objet de leur admiration et de leurs désirs, fut établi par la loi; cl au milieu des intrigues et des combats d’une guerre rivile obstinée, les esprits turbulens et ambitieux trouvèrent tant d'occupation, qu'ils ne furent pas tentés de quitter un théâtre où ils étaient parvenus à jouer les grands rôles. De l’année 1620, époque de l'arrivée des brownistes dans la Nouvelle-Angleterre, jusqu’en 1610, on a calculé qu’il y était passé vingt-un mille deux cents colons : l’argent dépensé durant cette période par les différons entrepreneurs à équiper des vaisseaux, à rassembler des fonds, à transporter des émigrans, est monté , d'après un calcul

1 llutrliinson, p. 86, 502. Clialtncr's Annals, 1, 101.

’ Maiticr, 1. i . cap. iv, pag. 17 ; cap. v. p. 23. Hmrbtn son, pag 193. C.tialmer’s Aimais, pag. 165.

modéré, à deux cent mille livres stcrlings 1 ; somme considérable pour le temps , et qu'aucun motif, moins puissant que ceux dont les puritains étaient animés , n'eût pu persuader à personne d'avancer sur l’espoir incertain d'un établissement dans une contrée éloignée , et qui, par sa situation et son climat , ne pouvait offrir d'autre attrait que l'avantage d'y trouver la subsistance et la liberté. Pendant quelques années, il fut même difficile d'y subsister , et ce n'est que vers l'époque où notre narration vient d’arriver, que les produits du sol ont commencé à rendre aux planteurs quelques profits. C’est vers ce temps qu'ils commencèrent à exporter du blé, en petite quantité, aux Iles des Indes occidentales, à étendre leurs pêcheries et à ouvrir un débouché à leur merrain , qui est depuis devenu un des bons articles du commerce de la colonie *. Depuis l’an 1610, le nombre des hommes dont la Nouvelle-Angleterre a recruté la population de la métropole est supposé au moins égal à ce qu'elle en avait tiré par les émigrations , à l'aide desquelles elle l'est établie.

Mais, quoique le changement soudain du gouvernement dans la Grande-Bretagne arrêtât l’émigration qui y avait fait affluer de nouveaux planteurs , les colons , ayant les mêmes principes que les chefs du parti populaire dans le parlement, reçurent bientôt de ceux-ci des preuves marquées de leur affection fraternelle. Par un vote de la chambre des communes, en 1642, les habitons de toutes les plantatious de la Nouvelle-Angleterre furent exemptés de tous droits, tant sur les marchandises exportées pour eux , de la métropole, que sur celles qu'ils importeraient en Angleterre, jusqu'à ce que la chambre en ordonnât autrement. Cette disposition fut confirmée dans la suite par l'autorité des deux chambres. Encouragée par cette exemption extraordinaire, l'industrie fit des progrès rapides dans la Nouvelle-Angleterre, et avec elle s'accrut la population. En reconnaissance de ces faveurs, les colon6 applaudirent à toutes les mesures du parlement , célébrèrent ses généreux efforts pour assurer les droits et la liberté de la nation , prièrent pour le succès de ses armes et prirent des mesures pour empê-

1 Huicbinioi] , p. 1)1 , 03.

cher qu’il ne se- fit aucune tentative en faveur du roi de l'autre côté de l'Atlantique3.

Comptant sur la bienveillance avec laquelle toutes leurs démarches étaient vues par des hommes étroitement unis avec eux par les mêmes idées et les mêmes sentimens, les colons de la Nouvelle-Angleterre hasardèrent une mesure qui non -seulement accrut leur sécurité et leur pouvoir, mais qui peut être regardée de leur part comme un grand pas vers l'indépendance. Sur le prétexte ou la raison des dangers auxquels ils étaient exposés delà part des Indiens, les quatre colonies de Massachusetts, de Plimoutli, de Connecticut, de New-Haven, formèrent une confédération perpétuelle , offensive et défensive; idée familière à différens chefs de parti dans les colonies , en imitation du fameux traité d'union enlre les provinces de Hollande , où les brownistrs avaient résidé long -temps; il fut réglé que les confédérés seraient désormais distingués par le nom de Colonies unies de la Nouvelle- Angleterre; que chaque colonie demeurerait séparée et distincte, en conservant sa juridiction exclusive sur son propre territoire ; que dans toute guerre offensive ou défensive, chacune fournirait son contingent en hommes, provisions et argent, au taux fixé de temps à autre, et proportionné au nombre d'hommes alors existant dans chaque colonie ; qu'il se tiendrait annuellement une assemblée formée de deux commissaires de chaque colonie, munis de pouvoirs pour délibérer et décider sur toutes les questions*d'un intérêt commun aux colonies confédérées, et que toute détermination à laquelle concourraient six des commissaires lierait la confédération1. Dans cette transaction , les colonies de la Nouvelle- Angleterre semblent s'être considérées comme des sociétés indépendantes, possédant tous les droits de souveraineté et affranchies de toute autre autorité. Le parti gouvernant en Angleterre, occupé d'affaires d'un intérêt plus urgent, et qui n'était pas disposé i voir d'un oeil inquiet et jaloux les procédés de leurs frères les puritains d'Amérique, fermèrent les yeux sur cette démarche des Américains.

Enhardi par cette connivence, l’esprit d’in-

1 Nul’» llisl. or IV. -Engl., 1 . 102.

’Hutrhinson, pag. 114, App., 517. Cbaliner'i An nais, 1,74, 176

dépendance des colons prit de nouvelles forces et se déploya bientôt plus ouvertement. Quelques personnes considérables de Massachusetts- Bay ne voulant pas se conformer au système de police ecclésiastique établi dans la colonie , et donnant la préférence au gouvernement et à la discipline des églises d'Angleterre et d’Écosse , firent à l’assemblée générale des remontrances dans lesquelles ils établissaient qu'il était injuste de les priver de leurs droits d’hommes libres et de chrétiens, parce qu’ils ne pouvaient se réunir S aucune des congrégations religieuses, et demandèrent en conséquence à n’étre :ws désormais contraints d’obéir à des lois aux- (uelles ils n’avaient pas consenti , ni soumis à les taxes imposées dans une assemblée où ils l'étaient pas représentés. Non -seulement leur pétition fut rejetée, mais ils furent emprisonnés et condamnés à une amende comme perturbateurs du repos public; et lorsqu'ils déléguèrent quelques-uns d’entre eux pour aller mettre leurs griefs sous les yeux du parlement, la cour permanente , pour prévenir cet appel au pouvoir suprême, tenta d’abord de saisir leurs papiers, et ensuite de les empêcher de s’embarquer pour l’Angleterre. Elle ne réussit ni à l’un ni A l'autre; roa>s telles furent l’adresse et l'influence des agens des colonies en Angleterre, qu’ils arrêtèrent toutes les suites de cette affaire '.

On trouve peu de temps après un indice encore moins équivoque de cet esprit d’indépendance et d’empiétement des colons de Massachusetts- Bay. Dans toutes les formes de gouvernement, le droit de frapper monnaie a été regardé comme une prérogative de la souveraineté, qu'aucun membre, ou portion du gouvernement , ne peut s'arroger. Sans égard A cette maxime, l’assemblée générale ordonna une fabrication d'espèces d’argent à Boston , portant le nom de la colonie et la figure d’un arbre, symbole de son accroissement 3 et de sa vigueur. Celte usurpation ne fiit pas même remarquée.

Les indépendans ayant alors en Angleterre abattu toutes les sectes rivales, et étant deve-

1 Neal'* Il ut. of N.-ljtg, 1 , 213. Iluichiiuon't llist , 145, etc. Colltcl., ISS, etc. Chaliner’t Aimais, 17». Malber, Mapnalûx , 1. in , cap. vi , pag. 30.

* Hutcbiusoa, 177, 178, Chalmer’a Annals, p. 181.

nus maîtres de tout le gouvernement , accoutumés dès long-temps à admirer les institutions de la Nouvelle- Angleterre, conformes à celles qu'ils avaient adoptées comme les plus parfaites en matière de gouvernement, tant civil qu’ecclésiastique , n élaicnt pas dis|Kisés à censurer la conduite de la colonie, m à donner aucune atteinte A sa lionne réputation.

Lorsque Cromwell eut usurpé le pouvoir suprême, il continua de montrer une grande estime pour les colonies de la Nouvelle-Angleterre. Il était profondément imbu de toutes les maximes des indépendans, et sans cesse environné des plus habiles et des plus artificieuj ministres de cette secte. Il entretint une correspondance suivie avec les hommes principaux de chaque établissement de l’Amérique qui, de leur côté, le regardaient comme leur protecteur'. Lui - même comptait sur eux comme lui étant attachés , non-seulement par leurs principes, mais par affection; il leur donna bientôt une preuve frappante de ses dispositions Après avoir pris la Jamaïque sur les Espagnols , il voulut s’assurer sa conquête et faire prospérer sa nouvelle acquisition ; il forma pour cela un plan qui se sent de l’ardeur d'un esprit impétueux qui se plaît A arriver A ses fins par des moyens extraordinaires. 11 proposa aux habitans de la Nouvelle-Angleterre d’aller s'établir dans cette Ile, et employa auprès d’eux tous les argumens qu’il crut capables de les y faire consentir. Il s'efforça d’exciter leur zèle religieux en leur représentant quel coup fatal c • serait pour r homme de pt'ché, s’il voyait au milieu de ses domaines du Nouveau-Monde une colonie de fidèles établie. Il chercha A les séduire par la perspective des richesses immenses d'un pays fertile qui récompenserait l'industrie de ceux qui le cultiveraient de toutes les productions précieuses, naissant entre les tropiques; et il leur exprima son désir ardent qu’ils prissent possession de cette terre, pour accomplir la parole de Dieu qui avait promis de faire de son peuple la té/e et non pas la queue. Il les assura qu'il les soutiendrait de toute son autorité et qu’il mettrait dans leurs mains tous les pouvoirs du gouvernement. Mais les colons étaient attachés A un pays où ils résidaient depuis ptu-

1 Uutchinson , App., 520, etc. Collect , pag. 233.

sieurs années, et où, sans être parvenus à l'opulence, ils jouissaient déjà abondamment des aisances de la vie , et ils redoutaient si fort le climat malsain des Indes occidentales qui

HISTOIRE D’AMERIQUE

avait été funeste à un grand nombre d’Anglais, qu’ils se défendirent en termes respectueux d’accéder aux propositions du protecteur *.

’ Hutdiiiuon , pig. 190, etc. Chalmer’*, [w/;. 18S.

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