‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 9 sur 73 · U CT 10 N · texte numérisé non relu

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vit se former par degrés un grand système politique qui ne tarda pas A fixer l’attention unij vcrseUe.

Le premier événement remarquable par l’influence qu’il cul sur la révolution qui se fit dans l’état de l'Europe fut le mariage de la fille de Charles-le-Téméraire, seule héritière de la maison de Bourgogne. Charles, son père, l’avait proposée en mariage A différons princes; mais il avait eu en vue de les engager, par cette offre , A favoriser les projets que lui inspirait sans cesse son ambition inquiète.

Ce mariage était l’objet de l’attention générale : on sentait parfaitement combien il serait avantageux d’acquérir les vastes domaines de cette maison, les plus riches et les mieux cultivés qu'il y eût alors en dcçA des Alpes. Aussi dès que la mort 'prématurée de Charles eut mis entre les mains de Marie de Bourgogne cette immense succession, tous les princes de l'Europe tournèrent leurs regards vers cette princesse et montrèrent le plus grand intérêt au choix qu'elle ferait d’un époux.

Plusieurs des provinces qu'elle possédait louchaient A la France dont elles avaient été autrefois démembrées ; tout semblait engager Louis XI A rechercher l'alliance de Marie. Il ne doutait pas que toute proposition raisonnable qu'il jugerait A propos de faire pour l'établissement d’une princesse, vassale de sa couronne, et descendue du sang royal de France, ne fût reçue favorablement. Il n’avait cependant que deux partis convenables A proposer ; l’un était de marier l’héritière de Bourgogne au dauphin; l’autre de la donner au comte d’Angoulème, prince du sang. Le premier mariage, en réunissant A sa couronne les domaines de Marie, aurait fait de la France la plus puissante monarchie de l’Europe; mais il y avait trop de disproportion entre l'Age de Marie, qui avait vingt ans, et celui du dauphin, qui n'en avait que huit; d'ailleurs les Flamands avaient déclaré qu’ils étaient résolus de ne point choisir un maître qui fût assez puissant pour être en état d'attenter A leur liberté, ft ils redoutaient surtout de tomber sous la domination odieuse ettyranniquedelxHiis: ces obstacles étaient si puissans qu'on ne songea pas même A les surmonter. la: srcond projet était d une exécution beaucoup plus facile : Marie avait même paru très disposée A accepter la main

du comte d'Angoulême1. Parce mariage, Louis aurait empêché que la succession de la maison de Bourgogne ne tombât entre les mains d'une puissance rivale; et en échange du riche établissement qu'il aurait procuré au romte d'Angouléme, il eût obtenu ou extorqué de ce prince des concessions très avantageuses au royaume de France; mais louis, accoutumé depuis longtemps aux manœuvres obliques d une politique insidieuse, ne pouvait goûter ce qui était simple et raisonnable; il avait tant de goût pour l'artifice et la ruse, qu'il finit par les regarder moins comme le moyen que comme le véritable objet de ses démarches. Ce principe, joint â celui qu'il s'était fait de ne pas souffrir qu'aucun de ses sujets s'agrandit, peut-être aussi le désir d'opprimer la maison de Bourgogne qu’il baissait, lui firent négliger une occasion dont un prince moins finet moins habile aurait su profiler, et l’égarèrent en lui faisant prendre une route plus convenable à son caractère et à son génie.

louis forma le projet de s'emparer par la force des provinces que Marie tenait de la couronne de France, et de pousser même plus loin ses conquêtes dans les domaines de cette princesse, pendant qu’il la tromperait par des instances répétées pour le mariage impraticable du dauphin. Il montra dans l'exécution de ce plan une adresse et des talens extraordinaires, et il se signala par des traits de fausseté, de perfidie et de cruauté qui étonnent, même dans l'histoire de Louis XL Dès que Charles eut fermé les yeux, Louis fit marcher ses troupes et s’avança vers les Pays-Bas. Il se fit ouvrir les portes de quelques-unes des villes frontières , en corrompant les gouverneurs, ou en se ménageant des intelligences avec les habitans. Il négocia avec Marie, et pour la rendre odieuse â scs propres sujets, il leur révéla des secrets importans que lui avait confiés cette princesse. Il entretint une correspondance secrète avec les deux ministres * en qui elle avait le plus de confiance, et communiqua ensuite leurs lettres aux états de Flandre : les états, indignés de la trahison de ces ministres, ordonnèrent qu'on instruisit sur-le-champ leur procès : on leur fit subir les tortures les plus cruelles; et, sans égard aux prières, aux larmes même de leur souveraine qui savait et approu-

1 IHém. Ue t Tiuiiiies, liv. i, p. 358.

voit tout ce qu’ils avaient fait , on leur trancha la tète en sa présence 1 .

Tandis que. par une conduite si indigne d'un grand roi , Louis s'assurait la possession de la Bourgogne, de l'Artois et des villes situées sur les bords de ht Somme, les états de Flandre entamèrent une négociation avec l’empereur Frédéric 111 , et conclurent un traité rie mariage entre Maximilien son fils, archiduc d’Autriche, et Marie, leur souveraine. In naissance illustre de ce prince et la haute dignité il laquelle il paraissait destiné rendaient cette alliance très honorable; en même temps l'éloignement des domaines héréditaires de l’archiduc et la modicité de ses revenus, lui laissaient un pouvoir trop borné pour exciter la crainte ou la jalousie des Flamands.

Ce fut ainsi que la bizarrerie et l'excessive finesse de I-ouis mirent la maison d'Autriche en possession de l'héritage de celle de Bourgogne: cette acquisition fut la base de la puissance où s’éleva depuis Charles V ; par-lè il se trouva maître d'un riche domaine qui le mit en état de soutenir avec succès les plus formidables entreprises contre la France. Ainsi le même monarque qui sut le premier, en réunissant les forces intérieures de la France , rendre ce royaume redoutable â tout le reste de l'Europe, contribua en même temps â élever une puissance rivale qui , pendant deux siècles.a traversé les mesures, balancé les forces et arrêté les progrès des rois scs successeurs.

Un second événement important influa sur l’état de l'Europe dans le quinzième siècle ; ce fut l'expédition de Charles VIII en Italie. Elle produisit des révolutions aussi mémorables que celles dont on vient de parler, et occasions des changemcns encore plus sensibles dans le système politique ainsi que dans le militaire; elle excita l’Europe à faire des entreprises plus hardies, et lia plus intimement les affaires et les intérêts des différons états. Charles était un prince faible, mais généreux; son administration douce et modérée semblait avoir ranimé la vivacité et le génie de la nation française, que le despotisme farouche de son père avait affaiblis et presque éteints. La noblesse reprit pour le service militaire cette ardeur qui lui était naturelle; cl pen-

' IV/in. lie Comlnes, tir. v, ch. it, p. 309, etc.

INTRODUCTION

dant que le jeune monarque, impatient de signaler son règne par quelque action d'éclat , cherchait eu lui-même de quel coté il tournerait scs armes, les sollicitations et les installées d'un {politique italien, infâme par ses crimes, mais distingué par ses lalens, fixèrent son incertitude. Louis Sforce avait formé le projet de détrôner le duc de Milan son neveu, et de s’emparer de ses états; mais il craignait que les princes italiens ne formassent une ligue pour traverser ses mesures , et ne secourussent le duc de Milan , avec lequel la plupart d’entre eux étaient liés par le sang ou par des alliances. Sforce sentit la nécessité de s'assurer d’une protection puissante; il s'adressa au roi de France ; mais loin de lui découvrir ses véritables internions, il tâcha uniquement d’engager ce monarque à entrer en Italie avec une nombreuse armée, afin de s’emparer du trône de Naples , sur lequel Charles avait en effet des prétentions comme héritier de la maison d’Anjou. Les droits que cette maison avait sur le royaume de Naples avaient été transmis A Ixiuis XI par Charles d'Anjou , comte du Maine et de Provence; mais Louis, en prenant sans délai possession des étals dont Charles était réellement le maître, n'avait eu garde de se prévaloir d’un titre imaginaire sur un royaume que gouvernait paisiblement un autre prince ; et il refusa constamment de se jeter dans le labyrinthe de la politique italienne. Son fils, moins prudent ou plus audacieux, s'embarqua avec ardeur dahscettceutreprise,ctsansavoir égard aux représentations de ses conseillers les plus expérimentés, il se prépara à la soutenir avec la plus grande vigueur.

Charles était assez puissant pour entreprendre avec succès une semblable expédition. Son père lui avait laissé une autorité qui le rendait maître absolu de la France. Il avait lui-mème augmenté l’étendue de son royaume par le mariage qu’il avait .habilement contracté avec l'héritière de Bretagne, et qui lui avait valu la souveraineté de cette province, le dernier des grands fiefs qui ne fût pas encore réuni à la couronne. Charles assembla bientôt les forces qu’il jugea nécessaires pour l’exécution de ses projets; il avait une si grande impatience de se montrer comme un conquérant dès l'entrée de sa carrière, que, sacrifiant un avantage réel [mur un objet chimérique, il rendit le Roussillon â

Ferdinand , et céda à Maximilien une partie de ses acquisitions en Artois , uniquement pour engager ce prince à ne point inquiéter la France pendant qu'il porterait ses armes en Italie.

Les arméniens des états de l'Europe au quinzièuiesiècle étaient bien différens de ceux dont on trouvera le détail dans le cours de cette histoire : l’année avec laquelle Charles entreprit cette grande expédition était au plus de vingt mille hommes; mais les dispositions qu’il avait faites pour le transport de l'artillerie , des vivres cl des munitions de toute espèce, étaient si considérables, qu’on peut les comparer aux préparatifs immenses qu'exigent les guerres modernes '.

Quand les Français entrèrent en Italie, ils n'y trouvèrent aucune puissance en état de leur résister. Les différens états de cette contrée n’avaient vu depuis long-temps leur tranquillité troublée par l'invasion d’aucun ennemi étranger; et ils s'étaient formé pour leurs affaires de guerre et d’administration un système qui leur était particulier. Pour concilier les intérêts et balancer la puissance des princes entre lesquels l’Italie était partagée, ils s’engageaient dans des négociations perpétuelles et interminables, qu'ils conduisaient avec toute la subtilité d’une politique tortueuse et raffinée ; et lorsqu'ils prenaient la voie des armes, leurs querelles se décidaient dans des combats burlesques et par des victoires innocentes qui ne coûtaient point de sang aux vaincus.

A la première apparence du danger qui les menaçait, les Italiens curent recours aux artifices qui leur étaient familiers, et employèrent toutes les ressources de l’intrigue pourdéloujncr Forage; mais cet expédient n'eut pas le succès qu’ils en attendaient; et les lâches mercenaires , qui composaient la seule force militaire qu'il y eût dans le pays, n’étant propres qu’â uneguerre de parade, furent saisis d'épouvante â l'aspect d'une guerre réelle. L'impétuosité de la valeur française leur parut irrésistible. Florence, Pise et Rome ouvrirent sans résistance leurs portes â l'armée de Charles. L’approche de cette formidable invasion frappa un roi de Naples d'une terreur panique si violente que, s’il faut en croire les historiens, il en mourut. Un autre abdiqua la couronne par un même sentiment de

1 Mézrray, Histoire de Franre , f 11, p. 777.

pusillanimité. Un troisième s'enfuit de ses étals, dès que l’ennemi parut sur les frontières. Charles s'avança du tond des Alpes vers Naples avec autant de rapidité , et ne trouva guère plus d'obstacles que s’il eflt traversé son propre royaume ; il prit tranquillement possession du trône de Naples, et de lé inspira la frayeur ou donna la loi A toutes les autres puissances de l'Italie.

Ainsi se termina cette fameuse expédition qui doit être regardée comme le fruit de la nouvelle puissance que les princes européens avaient acquise et qu’ils commençaient à exercer. Les effets en furent aussi remarquables que le succès en avait été étonnant. Les Italiens , incapables de résister au torrent qui venait fondre sur eux , lui laissèrent d’abord un libre cours. Ils virent bientôt qu'il n’y avait en Italie aucune puissance en état d'opposer drs forces suffisantes à celles d’un prince qui possédait de si vastes domaines et commandait il une nation si belliqueuse, mais ils sentirent en même temps qu’une confédération pourrait faire ce que chacun de scs membres en particulier ne pouvait pas même tenter. Ils eurent recours à cet expédient, le seul qui leur restait pour secouer ou (tour éviter le joug des Français.

Tandis que l’imprudent roi de France perdait son temps A Naples dans les fêles, et dans de vains triomphes, ou qu’il repaissait son imagination du chimérique projet de conquérir l'Orient, il se forma contre lui une ligue puissante de presque tous les états d’Italie, soutenus par l'empereur Maximilien et par Ferdinand, roi d’Arragon. Ces puissances diverses avaient oublié ou suspendu leurs animosités particulières, pour agir de cottcert contre un ennemi commun, qui était devenu redoutable pour chacune d’elles; leur union tira Charles d’une dangereuse tranquillité. 11 vit qu’il n’y avait plus de s fi roté pour lui qu'en retournant en France. Les confédérés rassemblèrent une armée de trente” mille hommes, pour arrêter sa marche et lui fermer les passages : les Français, dont le courage et l’audace compensaient avec avantage leur infériorité en nombre, se firent jour à travers cette armée , et remportèrent une victoire qui ouvrit à leur roi une route sftre dans ses états; mais Charles perdit toutes ses conquêtes aussi rapidement qu'il les avait faites, et le sys-

tème politique de l'Italie reprit la formé qn’il avait avant cette expédition.

Le succès prompt et décisif de cette confédé- , ration semble avoir été un coup de lumière pour | les princes et les politiques d’Italie, que l’invasion des Français avaient alarmés et déconcertés. Ces politiques étendirent dès lorsaux affaires de l'Europe les maximes de cette science politique , qu’ils n’avaient jusqu’alors employées qu’à régler les opérations des petits états dans leur propre pays. Ils découvrirent l’art d’empèchcr un souverain de s’élever à un degré de puissance incompatible avec la liberté générale, et apprirent A leurs contemporains l’importance de ce grand principe de la politique moderne, qui consiste A conserver une juste distribution de pouvoir entre tous les membres du système que composent les étals de l’Europe. Fendant toutes les guerres dont l’Italie devint alors le théâtre, au milieu des hostilités presque continues que l’imprudent louis Xll et l’ambitieux Ferdinand d'Arragon exercèrent dans ce pays , depuis la fin du quinzième siècle jusqu'au règne de Chnrles-Quint , tous les politiques italiens ont mis toute leur attention à conserver l’équilibre de puissance entre les parties belligérantes. Cette maxime ne fut pas renfermée dans les bornes de l'Italie; d’autres états, éclairés par l’intérêt de leur propre conservation , en reconnurent l’utilité; et la pratique en devint bientôt universelle. C'est depuis celle époque que nous pouvons observer et suivre les progrès de celte communication réciproque qui a lié si étroitement les nations de l'Europe l'une A l’autre; c’est dès lors qu’on a senti l'importance et les avantages de cette politique prévoyantequi, pendant la paix, prévient les dangers éloignés et possibles, et qui, prndant la guerre, empêche les conquêtes rapides et destructives.

Ce ne fot pas là le seul effet des guerres que les grandes puissances de l’Europe portèrent en Italie; elles servirent encore A rendre général le changement que les Français avaient commencé A faire dans l'état de leurs troupes, et obligèrent tous les princes qui se montrèrent sur ce nouveau théâtre à établir la force militaire de leurs royaumes sur le même pied que celle de France. Quand le théâtre de la guerre se trouva éloigné des pays mêmes par qui elle se faisait , le service dès vassaux féodaux ne

Al

MNTRO DUCTION.

pouvant être d'aucun tisane, on sentit évidemment la nécessité d’employer des troupes réguliirement exercées et constamment entretenues et soudoyées. Charles Mil marcha en Italie, avec une cavalerie entièrement composée de ces compagnies de gens d’armes, qui avaient été incorporées par Charles Vil et conservées par Ivouis XI. Son infanterie était composée en partie de Gascons, armés et disciplinés A la manière des Suisses. I-ouis Xll y ajouta un corps d'Allemands, qui se distingua daus les guerres d’Italie sous le nom de bandes noires. Mais aucun de ces princes ne tint compte de la milice féodale, et n’eut jamais recours à celte force militaire qu'ils auraient pu convoquer et commander suivant les anciennes institutions de leur royaume.

.Maximilien et Ferdinand se servirent des mêmes instrumens dès qu'ils commencèrent i faire la guerre enltalie, et ne se reposèrent, pour l'exécution de leurs plans, que sur le service des troupes mercenaires.

Cette innovation dans la constitution militaire fut bientôt suivie d'une autre, qui fut introduite par l’usage d'employer des Suisses daus les guerres d'Italie. I^s armes et la discipline de ce peuple étaient fort différentes de celles des autres nations de l'Europe. Pendant les guerres longues et meurtrières qu'ils eurent i soutenir pour défendre leur liberté, la maison d'Autriche envoya contre eux des armées qui, semblables 4 celles des autres grandes puissances, consistaient particulièrement en cavalerie pesamment armée. Les Suisses , à qui leur pauvreté et le petit nombre de gentilshommes qui résidaient dans leur pays, alors stérile et inculte, ne permettait pas de lever et d’entretenir une cavalerie capable de faire face à celle de l'ennemi, se virent forcés de placer toute leur confiance dans l’infanterie ; et afin de la mettre en état de soutenir le choc de la cavalerie, ils donnèrent aux soldats, pour armes défensives, des cuirasses et des casques, et, pour armes offensives, de longues lances , des hallebardes et de pesantes épérs. Ils formaient des bataillons considérables, disposés en colonnes profondes et serrées, qui présentaient de tout côté i l'ennemi un front redoutable1. Les hommes d’armes ne pouvaient

1 Naccliiatelli, Vdi'artc di guerra, lib. il, cap. n.

rompre la solidité de celte infanterie; elle repoussa les Autrichiens dans toutes les tentatives qu’ils firent pour subjuguer la Suisse, et battit la gendarmerie bourguignoue, qui pour le nombre et la valeur ne le cédait guère à celle de Fraucc ; et lorsque ces troupes furent employées pour la première fois dans les guerres d'Italie, elles écrasèrent tout ce qui entreprit de leur résister. Des preuves si répétées et si éclatantes de la force de l'infanterie, lui rendirent son ancienne réputation, et rétablirent par degrés l’opi nion, si long-temps abandonnée, de sa supériorité dans toutes les opérations de la guerre. Mais la gloire que les Suisses avaient acquise par leurs succès, leur inspira une si haute idée de leur bravoure et du besoin qu’on avait d’eux, qu’ils devinrent mutins et insolens. Les princes qui les soudoyaient se lassèrent de dépendre du caprice de ces mercenaires étrangers, et commencèrent à chercher les moyens de perfectionner leur infanterie nationale.

Les princes d’Allemagne, qui commandaient à des hommes doués de la force , du courage et de la persévérance propres 4 faire de bons soldats, firent bientôt dans leurs troupes dcschangemensqui les mirent en état de le disputer aux Suisses, et pour la discipline et pour la valeur.

Il en coôta plus de temps et plus d'efforts aux rois de France pour plier l’esprit impétueux de leur nation à la subordination et 4 la discipline; cependant ils s'attachèrent avec taut de soin 4 mettre sur un pied respectable leur infanterie nationale, que, dès le règne de Louis Xll, on vit des gentilshommes du plus haut rang abandonner les anciens préjugés et consentir à entrer dans ce service '.

Les Espagnols, par leur situation , ne pouvaient guère employer que leurs troupes nationales dans les parties méridionales de l’Italie , théâtre des principales opérations de la guerre qu’ils firent dans ce pays. Non-seulement ils adoptèrent la discipline desSuisses, mais encore ils la perfectionnèrent , en mêlant dans leurs bataillons un certain nombre de soldats armés de mousquets pesaus.Ce fut a insi qu’ils formèrent ce fameux corps d’infanterie, qui pendant cent cinquante ans fit la terreur et l’admiration de toute l'Europe.

1 llranlùmr, I. X, p. 18. .lWm. de fleursuues, p. 113.

r.cs états d'Italie diminuèrent aussi par deprés le nombre de leurs corps de cavalerie , et à l'exemple de leurs voisins plus puissans firent consister dans l’infanterie la force de leurs armées.

Depuis cette époque , les différentes nations de l’Europe ont fait la puerre avec des forces plus appropriées à toute espèce de service , plus capables d’agir dans tous les pays, et plus propres à faire et à conserver les conquêtes.

Les puerres d'Italie, qui avaient inspiré aux peuples d'Europe ces chanpemcns avantapeux dans l’art militaire, leur donnèrent en même temps la première idée des dépenses qu'exipent des opérations lonpues et soutenues, et les accoutumèrent à supporter le fardeau des impositions nécessaires pour y subvenir. Tant que la police féodale subsista dans toute sa force, tant que les armées ne furent composées que de vassaux puerriers, convoqués pour attaquer une puissance voisine, et pour remplir dans une campapne très courte l'oblipation du service militaire qu’ils devaient à leurs souverains, les frais de la guerre furent peu considérables. Un modique subside mettait un prince en état de commencer et d'achever scs plus importantes opérations. Mais lorsque l’Italie devint le théâtre oh les puissances de l’Europe allèrent déployer à l'cnvi leurs forces, et se disputer la supériorité , alors les préparatifs nécessaires pour une expédition si éloignée, la paie des armées constamment entretenues, le soin de leur subsistance dans un pays étranger, des sièges à former et des villes à défendre, tout augmenta prodigieusement les charges de la guerre et donna lieu à de nouvelles taxes dans tous les royaumes de l’Europe.

Cependant les progrès de l'ambition furent si rapides, et les princes portèrent si loin leurs entreprises, qu’il fut impossible dans les commenccmens d'établir des fonds proportionnés à l’augmentation de dépense qu’exigeaient ces efforts extraordinaires. Lorsque Charles VIII fit son expédition dans le royaume de Naples , les sommes nécessaires pour l'exécution de cette entreprise excédaient si fort le produit des contributions que la France avait été accoutumée à payer, qu’avant même d'ètre arrivé aux frontières d’Italie, ce prince avait déjà vidé son trésor et épuisé toutes les ressources domestiques

qu’il avait pu trouver dans l'exercice des droits ordinaires et très étendus de sa prérogative. Comme il n’osait pas imposer de nouvelles taxes à son peuple, déjà écrasé sous le poids de charges extraordinaires, le seul expédient qui lui restait fut d’emprunter desGénois l’argent dont il avait besoin pour continuer sa marche; mais il ne put obtenir la somme qu'il demandait qu'en payant l’intérêt exorbitant de quarante - deux pour cent i. On observe la même disproportion entre les dépenses et les revenus des autres princes ses contemporains. Depuis cette époque, les imphts allèrent toujours en croissant; et pendant le règne de Charles-Quint, le produit des taxes, dans chaque état de l’Europe, mont<1 à des sommes qui auraient paru prodigieuses à la fin du quinzième siècle , et prépara la voie aux exactions encore plus énormes des gouvernemens modernes.

I.e dernier événement politique, antérieur au règne de Charles-Quint, qui mérite attention par son influence sur l'étal de l’Europe, fut la ligue de Cambrai. Toutes les puissances qui sc réunirent pour former cette ligue avaient pour objet d'humilier la république de Venise et de diviser ses domaines.

la constitution civile de Venise était établie sur une base si solide , quelle n'avait subi , depuis plusieurs siècles, aucun changement considérable: pendant tout ce période, la république dirigea ses affaires sur des principes de politique pleins de vigueur et de sagesse, et s’y attacha avec une persévérance invariable, qui lui donna de grands avantages sur les autres étals, dont les vues et les o|iérations changeaient aussi souvent que la forme du gouvernement , ou que les personnes chargées de l'administration. En suivant constamment ce plan de conduite, les Vénitiens vinrent à bout d’étendre leur territoire, et formèrent bientôt la puissance la plus considérable qu’il y eôt en Italie; tandis que leur grand commerce, les productions utiles et curieuses de leurs manufactures , et le débit exclusif des marchandises les plus précieuses de l'Orient, rendirent cette république l'état le plus riche de l'Europe.

La puissance des Vénitiens inspira de la jalousie et de la crainte à leurs voisins. Leur opu-

1 Mi m de Comioes, liv. vu, clup. v, p. HO,

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