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contre ce traité , déclarant nul d'avance tout ce qu'il serait forcé de faire pour le confirmer. Le parlement de Toulouse suivit son exempte, probablement à l'instigation des créatures de ce prince Mais François ratifia cette paix avec la plus grande joie. Aussi content d'avoir délivré ses sujets des malheurs d’une invasion que de ta perspective d'acquérir une souveraineté pour son second fils , il ne crut pas acheter trop cher tant d'avantages en renonçant à des acquisitions illégitimes, à des titres jusqu'alors ruineux et funestes à sa nation , et à des droits qui , faute de possession, n’étaient plus d'aucune valeur. Charles , au temps prescrit par le traité , déclara l'intention oit il était de donner en mariage au duc d'Orléans La fille de Ferdinand avec le Milanais 2. Tout semblait promettre la durée de la paix : l'empereur , cruellement tourmenté de la goutte , paraissait hors d'état de faire aucune entreprise qui demandât une grande vigueur de corps et d'esprit. Il le sentait luimême , ou du moins il souhaitait qu'on le crût. Lorsqu'il était le plus accablé de cette maladie douloureuse , un ambassadeur de France arriva à Bruxelles pour assister â la ratification de la paix. Charles, signant son nom avec beaucoup de peine, dit qu'on ne devait pas craindre qu'il violât ce traité , et qu’une main qui pouvait â peine tenir une plume n'était guère propre à manier la lance.
L'indisposition de l'empereur le retint plusieurs mois â Bruxelles. Ce fut du moins en apparence la cause qui lui fit différer l'exécution du vaste plan qu'il avait formé pour humilier en Allemagne le parti protestant ; mais il avait encore d’autres raisons de ce délai. Malgré l’importance des motifs qui l’avaient déterminé à cette entreprise , la ligue formidable qu’il avait àcombattre, et la situation de ses propres affaires le mettaient dans la nécessité de délibérer mûrement , de procéder avec circonspection , et de ne pas jeter brusquement le masque sous lequel il cachait ses sentimens réels et ses projets. 11 voyait les protestans, malgré leur confiance dans leurs propres forces, montrer une inquiétude continuelle sur ses desseins. Aussi prompts à prendre l’alarme que prêts â se défendre, ils joignaient la jalousie d'une faction faible à l'au-
1 Recueil des Traités, tom. Il, p. 233, 238.
’ Ibid., tom. Il, p. 228.
dace d’un parti puissant. D’un autre côté l'empereur, toujours embarrassé dans sa guerre contre les Turcs, et voulant s'en délivrer, avait pris le parti d'envoyer à la Porte un ambassadeur chargé de propositions de paix très soumises; mais les résolutions de cette cour impérieuse étaient incertaines ; et avant de les bien connaître, c'eût été de la part de Charles une haute imprudence que d’allumer le feu d’une guerre civile dans ses propres états.
Dans ces circonstances , le pipe publia , aussitôt après la paix de Crcspy, une bulle [tour convoquer l'assemblée d’un concile général àTrente, au commencement du printemps , exhortant tous les princes chrétiens â profiter de l'heureuse tranquillité de l’Europe pour extirper les hérésies qui menaçaient de renverser tout ce que le christianisme avait de plus sacré. L'empereur parut d'abord mécontent de cette précipitation : cependant, après avoir affectéde blâmer le pape, afin de mieux en imposer, il approuva ce concile qui pouvait devenir utile à ses desseins , et nonseulement nomma des ambassadeurs pour y assister en son nom, mais encore ordonna aux ecclésiastiques de ses états des'y rendre au temps prescrit *.
Telles étaient les vues de l’empereur, lorsqu'après plusieurs prorogations la diète impériale s'ouvrit â Worms. Les protestans qui jouissaient de la liberté de conscience, mais d’une ma nière précaire et sans autre garant que le recez de la diète, qui même ne pouvait avoir de force que jusqu'à la tenue d'un concile , souhaitaient ardemment d'établir cet important privilège sur un fondement solide et qui leur en assurât la perpétuité. Mais loin de leur offrir de nouvelles sûretés , les deux points principaux que Ferdinand proposa à la considération de la diète , furent la continuation de la guerre avec les Turcs et l'état de la religion. Il dit que le premier était d'autant plus urgent , que Soliman , après avoir conquis la plus grande partie de la Hongrie, était près de tomber sur les provinces d'Autriche : que l'empereur qui , dès le conmienccmen ( de son règne, au risque même de sa propre vie, s’était occupé à repousser les attaques de ce formidable sultan , était toujours animé du même zèle et venait d'arrêter volontairement le cours de ses succès en France, afin d’employer, de
1 Fra-Paolo, p. 101.
HkSTOlKR DR CH.-VHLES-OUINT. [1546J
concert avec son ancien rival , toutes ses forces contre l’ennemi commun de la foi ; qu’il était également et du devoir et de l’intérêt de tous le» membres de l’empire de seconder les religieux efforts de leur chef , en lui fournissant les secours danst* besoin pressant ; qu’à l'égard Jrs controverses en matière de religion , elles fiaient si embrouillées et d une discussion si pénible, qu'on ne pouvait espérer d’en voir de sitôt l'issue; que les sollicitations réitérées et la persévérance de l’empereur avaient enfin obtenu du pape la tenue d'un concile qu’on désirait ?t demandait depuis ai long-temps, et que le moment fixé pour cette assemblée étant arrivé , les deux partis devaient attendre sesdéerets avec l’intention de s'y soumettre comme aux décisions de l’église universelle.
I.es catholiques de Ia diète reçurent cette déclaration de Ferdinand avec de grands applaudissement!, et répondirent qu’ils consentiraient à toutes ses demandes. Mais les protestans témoignèrent beaucoup de surprise à des propositions si ouvertement contraires au recez de la précédente diète, ils soutinrent que par l’importance de leur objet , les discussions de doctrine devaient être mises les premières en déliliératioa ; que malgré les alarmes que causaient à toute l'Allemagne les progrès des Turcs, l'assurance du libre exercice de leur religion les touchait encore de plus près, et qu'ils ne pouvaient s’engager dans une guerre étrangère , tandis que leur tranquillité domestique serait menacée ; que cependant ,si l'on voulait foire cesser leurs craintes à cet égard , ils ne montreraient pas moins de xèie que leurs compatriotes à repousser l'ennemi commun de la chrétienté ; mais que , si le danger qu’on avait â craindre de la part des Turcs était si grand qu’il ne permît point de s’occuper d’autres objets en ce moment , iis demandaient au moins qu'on assemblât incessamment une diète pour décider en dernier ressort les disputes de religion , et qu’eu même temps le décret de la première diète sur cet article essentiel fût clairement expliqué. Par le recez de Spire on était convenu qu’ils jouiraient paisiblement de l'exercice public de leur religion jusqu’à la convocation légale d'un concile ; mais le pape venant d’en indiquer un auquel Ferdinand exigeait qu'on se soumit , ils commencèrent à soupçonner Purs adversaires de clierehiT à tirer avantage
de quelques termes équivoques du recez, et d’en conclure que le terme de la liberté de conscience devait expirer à l'ouverture du concile. Pour prévenir une pareille interprétation, ils renouvelèrent leurs protestations contre une assemblée convoquée hors des limites de l’empire, par la seule autorité du pape, et à laquelle il se réservait le droit de présider; ils déclarèrent que , malgré la convocation illégale de ce concile , ils regardaient le recez de la dernière diète comme étaut encore dans toute sa force.
Jusqu’à ce moment , tandis que l'empereur avait cru de son intérêt d’adoucir et de gagner les protestans , il avait su trouver des expédions pour les satisfaire sur des prétentions déraisonnables en apparence ; mais sis vues ayant entièrement etiangé , il avait obligé Ferdinand à s’rn tenir à ses premières propositions, et H ne rien accorder qui pût donner la moindre atteinte à la légitimité ou à l’autorité du concile. Les réformés de leur côté ne forent pas moins inflexibles; et de part et d’autre on employa beaucoup de temps et d'efforts à se bicu convaincre que la conciliation était impossible. La présence même de l’empereur, qui après sa guérison sc rendit à Worms , ne contribua pas à rendre les protestans plus dociles : persuadés qu'il» soutenaient la cause de Dieu et de la vérité , également supérieurs â l'appât de l'intérêt et aux impressions de la crainte, soit que l’empereur redoublât ses sollicitations, soit qu'il laissât entrevoir ses desseins nieuaçans, ii ne fit qu’accroître leur hardiesse. Ils déclarèrent enfin ouvertement qu’ils ne daigneraient pas faire leur apologie dans un concile convoqué, non' pour examiner leur doctrine, mais pour la condamner; qu’ils regardaient comme nulle une assemblée dirigée par l'autorité d'un pontife , qui s'était ôté le droit de les juger en qualifiant d’avance d’fiérésic leurs opinions, et cti abusant d’un pouvoir usurpé pour les accabler du poids de ses censures ■.
l’cndanl que les protestans, toujours plus fermes dans leur union , refusaient toute communication avec le concile, et des secours à l'empereur contre les Turcs, Maurice de Saxe se montra seul prêt à satisfaire fos désirs de ce
1 Stcid. , p. 343, etc. Seck, liv. ni. p. 03. etc Tliu.nl., f/ht . Mit. n i>. -Vf-
prince. Malgré son attachement inviolable pour la réformation , affectant une modération utile à ses vues , il confirma de plus en plus l'empereur dans les préventions qu'il lui avait inspirées en sa faveur; et par-là, il se fraya le chemin à l'exécution des grands desseins que méditait sans cesse son àmc active et ambitieuse ’. Son exemple n'eut pourtant que très peu d'influence sur les autres protestans , et Charles comprit qu'il ne pouvait espérer ni d'en tirer des secours pour la guerre contre lcsTurcs, ni dccalmcr leurs craintes et leur défiance sur l'article de leur religion. Mais ses projets n’étant pas encore mûrs, ni ses préparatifs assez avancés pour les forcer à l'obéissance ou pour cliàtier leur obstination , il eut l'adresse de cacher ses intentions dans le dessein de leur donner de la confiance ; il indiqua pour le commencement de l’année suivante, une diète à Ratisbonne où se décideraient les points contestés au moyen des conférences d’un certain nombre d’ecclésiastiques de chaque parti qui devaient s'y rendre 3.
Mais quelque envie qu’eût l’empereur d’en imposer aux protestans par ces apparences de modération, il n'était pas capable d’une dissimulation assez constante pour leur dérober ses dangereux desseins. Hermann comte de Wied , archevêque et électeur de Cologne, prélat recommandable par ses vertus et par une antique simplicité de montra , mais d'ailleurs aussi peu savant que tous les nobles qui possédaient alors les grands bénéfices de l’Allemagne, était devenu un prosélyte de la doctrine des réformateurs. Il avait commencé, dès l’année 1643 , avec l'assistance de Mélanchlon et de Bucer , à abolir l'ancien culte dans son diocèse, pour y introduire celui des protestans. les chanoines de sa cathédrale, prévenus contre cet esprit d'innovation , et sentant combien l'égalité évangélique de la nouvelle secte serait préjudiciable à leurs dignités et à leurs richesses, s'opposèrent aux entreprises inouïes de leur archevêque, avec toute la chaleur que l’intérêt pouvait ajouter à leur zèle pour les anciennes institutions. Ce prélat ne voyant dans les obstacles qu’il rencontrait, qu'une nouvelle preuve de la nécessité d'établir la réformation, ne se relâcha ni dans sa résolution ni dans sa fermeté. Enfin les chanoines
1 Seck., liv. ni, p. 571.
* Sleid., p. 351.
ayant éprouvé l’inutilité de leur résistance, protestèrent solennellement contre les entreprises de leur archevêque, et en appelèrent au pape et à l'empereur, l'un son juge ecclésiastique, et l’autre son seigneur temporel. Cet appel fut porté devant l'empereur pendant qu’il était à Worms; il prit aussitôt les chanoines de Cologne sous sa protection, leur enjoignant de procéder en toute rigueur contre ceux qui oseraient secouer le joug de l'église romaine, défendit à l'archevêque de faire aucune innovation dans son diocèse, et le somma de comparaître à Bruxelles dans i’cspace de trente jours pour y répondre aux accusations intentées contre lui *.
Charles ne se contenta pas de manifester aux protestans ses sentimens de haine par ce coup d'autorité; il persécuta sans relâche, dans ses états héréditaires des Pays-Bas , tout ce qui était suspect de luthéranisme. Dès son arrivée à Worms, il imposa silence aux prédicateurs protestans de cette ville. 11 souffrit même que dans la chaire de sa propre chapelle un moine italien déclamât contre les luthériens, et le désignât comme élu de Dieu pour exterminer leur dangereuse hérésie. En même temps il dépêcha à Constantinople l’ambassade dont on a déjà parlé avec des ouvertures de paix , afin de se délivrer de toute appréhension du côté des Turcs. Ni ces démarches ni leurs dangereuses conséquences ne purent échapper à l’inquiète curiosité des protestans; leurs alarmes se réveillèrent, et leur vigilance s'accrut à proportion du péril.
Cependant la fortune de Charles, qui dominait eu toute occasion celle de son rival , le tira d'un mauvais pas dont toute sa sagacité et son adresse n'auraient pu le dégager. Le duc d'Orléans , dans le temps même où il devait épouser la fille de Ferdinand et preudre possession du Milanais, mourut d’une fièvre maligne. Cet événement délivra l'empereur de l'obligation d'abandonner une province si importante à son ennemi , ou de la honte de manquer à un engagement récent et solennel dont la violation aurait bientôt occasioné une rupture avec la France. Il affecta pourtant de témoigner beaucoup de chagrin de la mort prématurée d’un jeune prince qui devait lui être allié de si près; mais il évita soigneusement d'entrer dans de nou-
1 Strict., p. 310, 3W, 351. Serf. cnit, liv lu. p in.
vclles discussions sur le Milanais, et ne voulut jamais qu'on changeât rien au traité de Crcspy, malgré les instanocs de François, qui demandait quelques dédommagemens des avantages qu'il avait perdus par la mort de son fils. Dans les temps glorieux et florissans du régne de ce monarque, une déclaration de guerre aurait sans doute bientôt suivi cet injuste refus; mais l'affaiblissement de sa santé, l'épuisement de son royaume, et la nécessité de repousser les forces de l’Angleterre l’obligèrent de dissimuler son ressentiment et de remettre ses projets de vengeance à un moment plus favorable. Cependant, comme le duc de Savoie ne devait recouvrer ses états que par les conditions du mariage stipulé dans le traité de Crcspy, les droits ou les prétentions de la France anéantirent les espérances de ce malheureux prince , cl restèrent à cette couronne pour servir de prétextes à de nouvelles guerres '.
Kn effet les confédérés de Smalkalde se flattèrent que les altercations qui allaient suivre la mort du duc d’Orléans produiraient une rupture entre les deux monarques, cl leur laisseraient le temps de respirer; mais ils se trompèrent dans cette conjecture comme dans celle qu'ils formèrent sur un événement qui semblait être le prélude d’une querelle entre l’empereur et le pape. la passion de Paul pour l’agrandissement de sa famille croissait avec l’âge, d'autant plus qu’il voyait la dignité cl la puissance attachées à la tiare décliner de jour en jour. Comme il savait que l’empereur ne se prêterait pas aux vues de son ambition , il hasarda , au risque d’offenser ce monarque, de donner à son fils Pierre-Louis l'investiture de Parme et de Plaisance. Cette élévation singulière d’un homme dont la naissance illégitime était une tache pour le pape, et dont la vie licencieuse excitait l’indignation de tous les honnêtes gens, causa un scaudale universel, surtout dans un moment où la plus grande partie de l’Europe déclamait ouvertement contre les moeurs corrompues et le pouvoir exorbitant du clergé, désordres si crians qu'un des principaux objets de l'assemblée du concile était de les réformer. Quelques cardinaux attachés S l'empereur firent des remontrances à Paul sur cette aliénation-indécente
* Belcariu» , Comment., p. 7t®, Parut», J/ut. vend., vol. IV, p. 177.
du patrimoine de l'église. L'ambassadeur d'Espagne ne voulut pas être présent à la solennité de cette installation; et Charles refusa nettement de confirmer l'acte de l’investiture, sous prétexte que Parme et Plaisance faisaient partie du Milanais. Mais l'empereur et le pape, tous deux attentifs aux affaires d’Allemagne, sacrifiant leurs passions particulières à la cause publique, étouffèrent leur jalousie et leur ressentiment |iour s'occuper d'intérêts qu'ils jugeaient d'une plus grande importance *.
Vers le même temps, la paix de l'Allemagne fut interrompue par une invasion de Henri , duc de Brunswick. Ce prince , privé de ses états que l'empereur tenait en séquestre jusqu'à ce qu'on eût accommodé ses différends avec les confédérés de Smalkalde, avait cependant un si grand crédit en Allemagne qu'il s’engagea d’y lever un corps considérable de troupes pour le service du roi de France contre l'Angleterre. François fournil l’argent d’avance; les troupes furent levées ; mais au lieu de les conduire en France , le duc de Brunswick entra tout à coup à la tète de ce corps dans scs propres états, espérant de les recouvrer avant qu'on pût lui opposer une armée. Cette attaque inattendue surprit les confédérés, et François fut encore plus étonné d'un artifice si bas et si indigne d'un prince. Mais le landgrave de Hesse assembla aveê nue promptitude incroyable tout ce qu'il put de soldats pour arrêter les progrès des troupes indisciplinées de Henri. Bientôt , avec le secours de son gendre Maurice et quelques renforts de l'électeur de Saxe , il remporta plusieurs avantages sur l’ennemi. Le duc, prompt et hardi à former des projets, mais faible et irrésolu dans l'exécution , fut .obligé de se rendre lui-même à discrétion avec son fils aîné. U resta confiné dans une étroite prison jusqu'à ce qu'un changement dans la situation des affaires lui rendit la liberté 2.
Le succès du landgrave accrut la réputation des armes de protestans, et la réformation du Palatinat donna une nouvelle force à leur parti. Frédéric, qui avait succédé à son frère Louis dans cet électorat, après avoir été soupçonné depuis long-temps d’un penchant secret pour la doctrine des réformés ne balança plus à le montrer ouvertement dès qu'il fut souverain. Cepen-
' Paruta, Ifist. venet.,\ ol. IV, p. 178. Paltavlc, p.180.
* Steid., p. 352. Seck., tir. ni , p. XJ.
danf, comme il espérait que le Fruit de tant de diètes, de conférences et de négociations amènerait enfin l'établissement de sa religion, il n’osa d'abord tenter aucune innovation publique dans ses états: mais las d’une attente inutile, il crut qu'il était enfin obligé de soutenir de toute son autorité la doctrine qu'il approuvait , et de se rendre aux voeux de ses sujets, qui , par leur commerce avec les états protestans, s'étaient universellement imbus de leurs opinions. Comme la chaleur et l'impétuosité des premiers efforts de la réformation s'étaient un peu ralenties, le changement du Palalinat se fit avec beaucoup d'ordre et de régularité; l'ancien culte fut aboli et le nouveau s’introduisit sans violence et sans aucun trouble. Quoique Frédéric adoptât les dogmes des protestans, il imita l’exemple de Maurice , et ne voulut point entrer dans la ligue de Smalkalde 1 .
Quelques semaines avant la révolution arrivée dans le Palathiat, le concile général s'ouvrit à Trente avec les solennités d'usage. Les états catholiques mettaient toutes leurs espérances dans cette assemblée , et dès le commencement des troubles de l'église ils l'avaient regardée comme le meilleur remède qu'on y pût appliquer; mais beaucoup de gens craignaient qu'il ne fût trop tard, et qu'un mal qui avait fait de si violons progrès pendant vingt -huit ans ne fût trop invétéré. Quoique le pape, par sa dernière bulle de convocation , eût fixé la première séance du concile au mois de mars, il avait des vues si différentes de celles de l'empereur, que l'année se passa presque tout entière en négociations. Charles, prévoyant que la rigueur des décrets du concile mettrait les protestans sur la défensive et porterait peut-être leur ressentiment à quelque résolution désespérée, faisait tous ses efforts pour la différer jusqu’à ce que ses préparatifs l'eussent mis en état d’en soutenir les décisions par la force des armes. I)'un autre côté le pape, qui s'était pressé d'envoyer ses légats à Trente pour y présider en son nom , craignait d'exposer au mépris son autorité, ou de faire suspecter ses intentions , si , dans un moment où le danger de l’église demandait des remèdes prompts et vigoureux , les pères du concile demeuraient daus l'inaction. Il insista donc avec
1 Slcid., p. 350. Seck., liv. ni, p. CIG.
Charles, ou pour transporter celle assemblée dans quelque ville d'Italie, ou pour en suspendre les opérations pendant quelque temps, uu bien enfin pour l’autoriser à commencer sur-le-champ scs délibérations. L’empereur rejeta les deu premières propositions comme également of fensantes pour les Allemands, et protestans et catholiques; mais, sentant qu'il était impossible d’éluder la dernière , il se restreignit à demander qu'on travaillât dans le concile à la réforme des désordres de l'église avant de procéder à l'examen ou à la dérision des articles de foi. C'était précisément ce que la cour de Rome craignait le plus; et le but de tous ces artifices était d’éviter une recherche si dangereuse. Paul, quoiqu'il eût été moins inflexible que quelques-uns de ses prédécesseurs sur la convocation d'un concile , n’en était pas moins jaloux de son autorité. Il pressentait qu’un pareil début serait un sujet de triomphe pour les hérétiques. Il appréhendait tout ce qui pouvait s’ensuivre d'humiliant ou de funeste pour le saint siège , si le concile regardait la réforme des abus comme son unique affaire, et si les prélats du second ordre pouvaient, au gré de leurs désirs et de leur humeur , prescrire des lois à ceux qui , par la puissance et les dignités, étaient au-dessus d’eux. Ainsi, sans écouter les propositions insidieuses de l'empereur, il donna des instructions à ses légats pour ouvrir le concile.
La première session se passa en pures formalités. Dans la suivante on convint qne ce qu'il y avait de plus pressant était de dresser une confession de foi qui contiendrait tous les articles dont l'église ordonnait la croyance, mais qu’en même temps on porterait son attention sur les moyens de réformer les mœurs et la discipline du clergé. Ce premier pas . qui montrait déjà quel serait le fruit du concile, le ton impérieux des légats qui y présidaient, et la déférence aveugle de la plupart des membres qui suivaient l'impulsion des chefs, firent prévoir aisément aux protestans à quelles décisions ils devaient s'attendre. Ils forent étonnés cependant de voir quarante prélats (car il n’y en avait pas un plus grand nombre au concile) s’arroger l'autorité de représentai de l’église universelle , et juger en son nom les points les plus importai de la foi. Frappée elle-même de cette indécence et du ridicule qui pouvait en résulter, l’assemblée fut
très lente dans ses opérât ions, et pendant quelque temps elle n’y procéda que d'une manière faible et languissante *. Dès que les confédérés de Smalkalde eurent appris l’ouverture du concile, ils publièrent un long manifeste contenant de nouvelles protestations contre cette assemblée et les raison qui les déterminaient à ne point reconnaître sa juridiction i. Cependant le pape et l'empereur s'embarrassaient si peu d’en presser les opérations qu’on s'aperçut aisément qu’ils étaient occupés de quelque intérêt de plus grande conséquence.
Mais les protestans ne pouvaient être tranquilles spectateurs des mouvemens du pontife et de Charles; leurs soupçons croissaient de jour en jour , par les avis qu’ils recevaient de tous cotés, des trames qu’on ourdissait contre eux. Le roi d’Angleterre les informa que l’empereur , résolu depuis long-temps de détruire leur secte, ne manquerait pas de saisir cet intervalle du repos de l'Allemagne, comme la conjoncture la plus favorable pour l’exécution de son dessein. Les négocians d’Augsbourg, qui était dès lors une ville du plus grand commerce , furent avertis par leurs corrcspondans d’Italie, dont quelques-uns favorisaient secrètement le protestantisme 3 , que le pape et l’empereur préparaient contre les réformés une dangereuse confédération. Ils reçurent en même temps des Pays-Bas l’avis que Charles avait donné desordres d’y lever des troupes ainsi que dans d’autres parties de ses états, mais avec toutes sortes de précautions pour cacher ses mesures. Tous ces avis , réveillant les défiances et la vigilance des protestons , ne leur laissèrent aucun doute sur les intentions de l’empereur ; ils prirent l’alarme; les députés de la ligue de Smalkalde s’assemblèrent à Francfort, et seaimmuniquant mutuellement leurs informations, ils se convainquirent de plus en plus du danger qui les menaçait. Cependant leur union n'était pas aussi solide que l’exigeaient leur situation et les préparatifs de leurs ennemis. Cette ligue subsistait déjà depuis dix ans; mais les territoires de la plupart des princes confédérés étaient enclavés les uns dans les autres: des mariages entre leurs familles, des alliances et des contrats
1 Fra-Paolo , p. 120, etc. Pallavk-, p. 180, etc.
* Seck., lib. lu, p. «02, etc.
* H., ibid , p. 579.
de différente espèce , avaient , selon la coutume d’Allemagne, établi des droits et des prétentions réciproques, et c’étaient autant de sujets inévitables de jalousie et de discorde. Les uns, attachés au duc de Brunswick , en voulaient ouvertement au landgrave, de la rigueur qu’il avait exercée contre ce prince aussi malheureux qu’imprudent. D’autres accusaient l’électeur de Saxe et le landgrave, qui étaient les chefs de la ligue , d'avoir , par leurs profusions ou leur manque d’économie, engagé les confédérés dans des dépenses inutiles et exorbitantes. Ces deux grands princes, qui. par la supériorité de leur puissance cl de leur autorité, gouvernaient entièrement le corps de la confédération, avaient pourtant des vues si différentes, que toutes leurs opérations languirent au moment oit elles avaient besoin de la plus prompte vigueur. Le landgraveétait un homme violent et d'un caractère entreprenant ; mais , comme son zèle pour sa religion ne lui faisait point oublier 1rs intérêts de la politique, il soutint que dans le danger inévitable dont ils étaient menacés, ils n’avaient pas de plus sûr moyen de s’en garantir que de rechercher la protection des rois de France et d’Angleterre, ou de s’allier avec les cantons protestans de la Suisse, dont ils pouvaient tirer une assistance telle que le demandait leur situation. L’ électeur, d’un autre cdté, qui avait plus de droiture qu’aucun prince de ce siècle , ne manquait pas de talens pour gouverner sagement dans des temps de tranquillité; mais il avait une vénération superstitieuse pour la doc- ’trine de Luther, et portait le fanatisme pour tous ses dogmes jusqu’à détester toute alliance avec ceux dont la croyance eût différé de la sienne sim un seul article. Ainsi son entêtement pour le luthéranisme le rendait incapable de le défendre dans des temps de troubles et de danger. Sans doute il pensait que les intérêts de religion devaient sc traiter par des maximes et des principes bien différons de ceux de la prudence humaine ; et se laissant égarer par les opinions de Luther , qui non-seulement ignorait les règles de la politique, mais les méprisait, il montra souvent une inflexibilité d’esprit qui devint préjudiciable au parti même qu’il voulait soutenir. Guidé dans cette occasion par la inorale sévère de ce réformateur, il refusa d’entrer en alliance avec François, sous prétexte qu’il per-
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séculait le parti de la vérité, de s'attacher au parti de Henri qu'il regardait comme aussi impie que le pape, et même de s'allier avec les Suisses, parce qu'ils n'étaicat pas de sou sentiment dans quelques articles de foi qui lui paraissaient essentiels. Cette différence dans la façon de penser sur un objet de cette importance produisit l’effet qu'on en devait attendre. On se blâmait cl on se condamnait secrètement de part et d'autre. Le landgrave ne voyait dans l’électeur qu'un esprit rétréci par des préjugés indignes d'un prince appelé à jouer le premier rôle sur un grand théâtre. L'électeur accusait le landgrave de principes relâchés et de vues d'ambition qui s’accordaient mal avec les intérêts sacrés de la cause où ils se trouvaient engagés. Mais quoique les scrupules de l’électeur eussent fait perdre le moment de tirer des secours du dehors, et que la jalousie et le mécontentement des autres princes eussent empêché de renouveler la ligue dont le terme était sur le point d'expirer , cependant le sentiment du danger commun réunit les confédérés sur d'autres articles; ils convinrent en particulier de ne point reconnaître l'assemblée de l’église à Trente pour un concile légitime, et de ne point consentir à laisser opprimer l'archevêque de Cologne, parce qu’il avait voulu établir la réforme dans son diocèse *.
Le landgrave, qui voulait pénétrer les intentions de l'empereur, sachant que Granvcllc était bien instruit des projets de son maître, lui écrivit pour l'informer de plusieurs particularités