VIII
Le rappel de Schertel ne fut pas la seule faute que firent les confédérés. Par les conventions de la ligue de Smalkalde, le commandement général de l’anncc étant donné à l'électeur de Saxe et au landgrave de Hesse, on sentit bientôt tous les inconvcniens qui résultaient de ce partage d'autorité, toujours funeste aux opérations de. la guerre.
L'électeur, aussi prodigue de sa personne qu'ardent pour la cause commune, était lent à délibérer, incertain , irrésolu dans ses déterminations; préférant toujours la circonspection et la sûreté dans scs mesures, à une hardiesse tranchante et décisive. Le landgrave au contraire , d’un esprit plus actif et plus entreprenant , formait des résolutions soudaines , en poursuivait l'exécution avec chaleur, et choisissait toujours les moyens les plus expéditifs. Ainsi ces deux généraux , qui étaient entrés dans celte guerre par des vues bien différentes, ne s'accordaient pas mieux dans leurs opérations que dans leurs motifs. Cette opposition perpétuelle de sentimens éleva insensiblement entre eux de la jalousie et de l'animosité, et les dissensions qui naissaient de l'incompatibilité de leur caractère s'accrurent de plus en plus. Cependant les autres membres de la ligue , qui n’étaient subordonnés à l’électeur et au landgrave qu'en conséquence des articles d'une confédération volontaire, cessèrrnl bientôt d'obéir à des chefs qui mettaient si peu de concert dans le commandement. Ainsi cette nombreuse armée de protestons, semblable à une grande machine dont les parties sont mal éombinées et qui manque d’un ressort pour animer et régler ses tnouvemens, n’eut plus qu’une action dénuée de vigueur et d’effet.
L’empereur , qui craignait que son séjour à Ratisbnnne ne mit les troupes du pape dans l’impossibilité de le joindre, s'étant avancé hardiment jusqu’à Landshut , sur User, les confédé-
et le* alliances que sa postérité avait contractées avee le* plus anciennes familles de l'empire. Entreautresparticularités curieuses sur ce guerrier, il nous fait un calcul de ses richesees , dont la source venait du pillage de Rome. Ses fonds de terre furent vendus par ses petits-fils pour la somme de six cent mille florins. On peut sur cela se former une idée des richesses immenses amassées par tes Condottieri ou cotnmandans des troupes mercenaire^ dans re tiède. A la prise de Rome , Schertel n’était que simplecapitaine. Seckend., lib. il, p. 73.
rés perdirent quelques jours à délibérer s'ils le suivraient dans le territoire du duc de Bavière qui gardait la neutralité. Enfin ils surmontèrent ce scrupule, et commencèrent à marcher vers son camp; mais tout à coup ils abandonnèrent ce projet pour aller attaquer Hatishonne où Charles n’avait laissé qu'une petite garnison. Cependant les troupes du pape, bien complètes, gagnèrent Landshut, et furent bientôt suivies de six mille hommes des vieilles bandes espagnoles tirées de Naples. Depuis la courageuse mais inutile expédition de Schcrlcl , on eût dit que les confédérés voulaient laisser tous ces renforts arriver tranquillement à leur rendezvous , au lieu d'attaquer séparément, ou ces corps de troupes, ou l’empereur lui-même avant leur réunion •. L’armée impériale , qui montait alors à trente-six mille hommes, était encore plus formidable par la discipline et la valeur des troupes que par leur nombre. Avila , commandeur d’Alcautara , recommandable pour s’èlre trouvé i toutes les guerres de Charles, et pour avoir servi dans les armées qui gagnèrent la mémorable victoire de Pavie, qui conquirent Tunis et qui envahirent la France, prétend qu’il n’en avait jamais vu d’aussi redoutables que celle qu'opposait l'empereur aux proteslans d'Allemagne Octave Farnèse, petit-fils du pape, secondé d’habiles officiers qui s’étaient formés dans les longues guerres de Charles avec Francis, commandait les troupes d'Italie. Son frère, le cardinal Farnèse, l’accompagnait en qualité de légat du pape. Ce prélat , voulant faire de cette guerre une affaire de religion, proposa de mareber ù la tète de l'armée , précédé d'une croix et de publier des indulgences pour tous ceux qui lui fourniraient du secours, comme un avait fait du temps des croisades : mais Charles s'opposa fortement ù cet excès de zèle , incompatible avec les promesses qu'il avait faites aux • irotestans de son parti ; et le légat , surpris de ■ oir pratiquer librement , au milieu du camp impérial , une religion dont 1'auéantisscment paraissait être l 'objet de la guerre , reprit avec dépit la route d’Italie 3.
L’arrivée de ces troupes mit l’empereur en état de renforcer la garnison de Kalisbonne, de
’Adriani , Istoria dituoi lempi, lit», v, p. 310.
* Avila. p. 18.
• f'ra Paolo, p 191.
manière que les confédérés, perdant toute espérance de prendre cette ville, marchèrent vers Ingolstadt sur le Danube, où Charles était alors campé. On ne cessait cependant de se récrier contre ce prince, qui violait hautement les lois et les constitutions de l'empire, en appelant des étrangers pour le dévaster et pour opprimer ses libertés. Comme dans ce siècle la domination du saint siège était si odieuse aux proteslans que le nom seul du pape, mêle dans une entreprise, suffisait pour en donner de l’horreur, ils en vinrent à croire que Paul , non content de les attaquer à force ouverte, avait dispersé ses émissaires par toute l'Allemagne (tour mettre le feu dans leurs villes et leurs magasins, pour cm poisonner les puits et les fontaines. Ce bruit , dont l'extravagance ne semblait propre qu’à amuserla crédulité du vulgaire, trouva jwurlant du crédit jusque dans l’esprit des chefs du parti. Aveuglés par leurs préventions, ils publièrent un manifeste dans lequel ils accusaient le pape d’avoir employé contre eux ces ressources infernales '. Si quelque chose eût pu justifier de pareils soupçons, c'était la conduite des troupes de Paul, qui, persuadées qu'il n’y avait |>oiut d'atrocité qui ne fût permise contre des hérétiques excommuniés, commettaient les plus grands excès dans les états luthériens, aggravant les calamités de la guerre par toutes les fureurs du fanatisme.
Mais les o|)érations des deux armées ne répondirent point à la haine violente dont les esprits étaient animés de pari et d’autre. L'empereur avait pris la sage résolution d'éviter le combat avec des ennemis qui avaient sur lui l'avantage du nombre2, prévoyant d’ailleurs qu’un corps compose1 de membres si mal assortis ne pouvait manquer de se dissoudre, à moins que par une attaque brusque et inconsidérée on n’eu forçât les parties à s'unir plus fortement. Cependant , quoique les confédérés sentissent bien ce qu’ils perdaient par chaque instant de délai, la noblesse ou la division de leurs chefs les empêche d’agir avec la vigueur que demandaient leur situation et l’ardeur des soldats. Arrivée à Ingolstadt, ils trouvèrent Charles dans un camp qui, sans être fort avantageux par lui-même, notait environné que d’un léger rctraucbcmcut Devant
1 SIcid., p. 309.
le camp était une plaine d’une si grande étendue, qu'elle pouvait contenir leur armée tout entière, et laisser encore de l’espace à ses mouvrmens. Tout engageait les confédérés ù saisir cette occasion d’attaquer l’empereur; la supériorité du nombre, lecourage impatient des troupes et la fermeté de l’infanterie allemande en bataille, leur étaient autant de garans de la vievictoire. Le landgrave voulait absolument le combat, déclarant que, s’il en était le maître, le sort des deuypartis serait bientôt décidé. Mais l’électeur, réfléchissant sur la bravoure et la discipline des ennemis qui étaient animés par la présence de l’empereur, et conduits par les meilleurs officiers qu'il y eût alors , n'osait risquer une action générale contre de vieilles troupes, retranchées dans un camp qu’elles avaient choisi, et dont les fortifications quoique imparfaites leur donnaient de l’avantage. Malgré son irrésolution et ses remontrances, on convint de s’avancer en ordre de bataille vers les impériaux, et d’essayer si cette insulte et le feu violent de l'artillerie pourraient les faire sortir de leurs retranchemens. Mais l’empereur, trop habile pour donner dans ce piège, suivait toujours son système; et, plaçant ses soldats derrière les tranchées, tous prêts à recevoir les confédérés s'ils osaient tenter l’assaut , il attendit tranquillement leur approche , et défendit à son armée de faire aucun mouvement qui pùt engager le combat. Cependant il parcourait les lignes, et, s’adressant à ses troupes composées de différentes uations, il parlait à chacune sa langue ; il les encourageait soit par sa galté, soit par sa contenance assurée au milieu des périls, et s’exposait au plus grand feu de l’artillerie, la plus nombreuse qu’ou eût encore mise en campagne. A la vue de cet exemple, personne n’osa quitter son rang : c'eût été une infamie que de montrer de la crainte devant un monarque intrépide, qui prouvait assez hautement que le refus de la bataille n'était point un effet de sa timidité, mais de sa prudence. Les confédérés, après avoir fait feu durant plusieurs heures sur les impériaux , avec plus de bruit que de succès , n’ayant plus d'espérance de les engager au combat , se retirèrent dans leur camp. L’cmpercur employa la nuit à fortifier le sien avec une si grande diligence, que les ennemis, disposés le lendemain û faire quelque tentative plus hardie, s'aper-