‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 35 sur 73 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

çurent qu’ils en avaient perdu le moment *.

Après ce vain essai , qui ne montra que leur indécision et la fermeté de l'empereur , ils s'occupèrent uniquement des moyens de prévenir l’arrivée d'un puissant renfort de dix mille hommes de pied et de quatre mille chevaux, que le comte de Buren amenait des Pays-Bas. Mais quoique ce général eût à faire une longue route à travers des états, dont quelques-uns étaient disposés à favoriser ses ennemis ; quoique ceuxci même, avertis de son approche, eussent pu sans risque détacher de leur grande armée des forces suffisantes pour l'accabler , cependant il marcha avec tant de rapidité, et concerta si bien scs mouvemens, auxquels on n’opposait que des lenteurs et de la maladresse, qu’il parvint à conduire ses troupes au camp des impériaux sans avoir essuyé la moindre perte J.

L’arrivée des Flamands, en qui l’empereur mettait la plus grande confiance . changea en grande partie le plan de ses opérations. Il voulut jouer le rôle d'agresseur A son tour, mais en évitant toujours le sort d'une bataille. Il se rendit maître de hieubourg , Diilingen et Donawert sur le Danube , de Nordlingen , et de plusieurs autres villes situées sur les plus grandes rivières qui tombent dans ce vaste fleuve. Mais s’il s’empara d’une si grande étendue de pays , ce ne fut pas sans essuyer des combats très vifs , oû la fortune ne lui fut pas toujours favorable. L'automne se passa ainsi tout entier sans qu'aucun des deux partis pût prendre de supériorité sur l’autre; et rien n'annonçait encore quelle serait l'issue de cette guerre. L’empereur avait souvent prédit que la discorde et le besoin d’argent forceraient les confédérés à disperser les membres decc corps pesant, qu’ils n'avaient ni l'habileté de conduire, ni les moyens de soutenir 3. Mais, quoiqu’il attendit avec impatience cet événement , il n'y avait guère d’apparence qu’il pût être si prochain. Les fourrages et les provisions commençaient à lui manquer. Les provinces catholiques même étaient si indignées de voir des troupes étrangères au cœur de l’empire , qu’elles ne

' SIeid., p. 395, 307. Avili, p. 17. A. Larab. Horteni. ap Mord. II.

* Skid-, p. 403.

* Betli Smalkaldici commehtarius graxo sermon» scriptus à Joarh. Camerario ap. krehenun, vol. 111 p. 470.

leur fournissaient des vivres qu'avec répugnance, tandis que l'abondance régnait dans le camp des confédérés par l'empressement et la libéralité des amis que le zélé leur faisait trouver dans les pays voisins. I.es maladies, causées sans doute par le changement de climat ou de nourriture <, avaient mis un grand nombre d'Italiens et d'Espagnols hors d’état de servir. Des arrérages considérables étaient dûs aux troupes, qui, depuis le commencement de la campagne , avaient à peine reçu quelque argent. L'empereur éprouva dans cette occasion comme dans d'autres, que sa domination était plus étendue que son revenu , et que si l'une le mettait en état de lever beaucoup de troupes , l'autre ne pouvait suffire à les entretenir. Il sentit luimême la difficulté de tenir plus long-temps son armée en campagne. Quelques-uns de scs plus habiles généraux, et même le duc d’Albc, qui ne se désistait guère d'un entreprise, lui conseillèrent de disperser ses troupes en quartier d’hiver. Mais l'empereur, que les meilleures raisons ne pouvaient fléchir quand il avait pris une résolution, loin d'écouter leur avis, s'obstina à fatiguer les confédérés par sa persévérance , persuadé que s'il pouvait une fois obliger ce grand corps à se séparer, il n’y avait guère d'apparence qu’il pût se réunir2. Cependant il était difficile de prévoir lequel devait se lasser le plus tût, de la constance de Charles ou du zèle de la ligue, et lequel des deux partis en divisant ses forces donnerait l'avantage à l'autre, lorsqu’un événement inattendu causa une révolution funeste dans les affaires des confédérés.

Maurice de Saxe, par les artifices dont on a déjà parlé, s'étant insinué dans la confiance de l'empereur, ne vit pas plutôt les hostilités prèles à commencer entre les protestans et ce monarque , qn’il en espéra le plus grand succès pour ses vastes desseins. La portion de la Saxe qu'il tenait de ses ancêtres était loin de suffire à son ambition. 11 envisageait avec joie l’approche d’une guerre civile, dont les révolutions ou les convulsions fournissent aux audacieux les occasions d’avancer leur fortune , occasions si rares cl si lentes dans un temps calme. Comme il était parfaitement instruit de la situation des deux partis et des talens de leurs chefs, il ne balança

/ * üencrar. ap. Frcher ., p. 483.

Ihuaa., p. 83.

pas A se ranger du cûlé qui pouvait lui procurer le plus davantage. Dès qu'il eut résolu de s’attacher à l'empereur , il se fit un mérite de se déclarer des premiers , afin d'avoir plus de part à ses libéralités. Dans ce dessein , il s'était rendu à llatisbonneau mois de mai, sous prétexte d'assister à la diète ; après bien des conférences avec Charles ou avec ses ministres, il se fit un traité secret , [»ar lequel Maurice promit de servir l’empereur en sujet fidèle; et le monarque à ce prix lui destina toutes les dépouilles di* l’électeur de Saxe, soit dignités ou domaines1. A peine pourrait-on trouver dans l'histoire un traité qui violât plus manifestement tous les principes qui doivent diriger les hommes. Maurice, protestant déclaré , dans un temps où le zèle de la religion avait tant d'influence sur les esprits, s'oblige cependant à servir dans une guerre qui n'avait d'autre objet que de détruire la réformation ; il s’engage à prendre les armes contre son beau-père, et à déposséder son plus proche parent de ses états et de ses titres; enfin il se joint à un ami peu sûr contre un bienfaiteur auquel il avait des obligations considérables et toutes récentes. Ce prince n'était pourtant pas un de ces politiques sans pudeur , qui , dès que leur intérêt l’exige, méprisent les devoirs les plus sacrés, jusqu'à se glorifier de braver les lois de l'honneur ou de la décence, Iji conduite de Maurice , si l'on doit l'attribuer uniquement à la politique, fut plus adroite. Il parvint à exécuter sou plan dans toutes scs parties, en s'efforçant toujours de donner à ses démarches l’apparence de l'honnêteté et de la vertu. 11 est probable par la suite de ses actions, qu'au moins à l'égard de la religion protestante, scs intentions étaient pures , et qu’il n’eut à se reprocher qu'une imprudente confiance dans les promesses de l'empereur. Sans doute il cul le destin de ceux qui , voulant mettre trop de subtilité en politique, marchent dans des sentiers obscurs et tortueux; Maurice en cherchant à tromper les autres, se trouva trompé lui-mème.

Son premier soin cependant fut de tenir cachés ses engagemens ; il sut même pousser si loin l'art de la dissimulation, que les confédérés, malgré son refus de se liguer avec eux, et son assiduité marquée auprèsde l'empereur , n’eureut

1 Ilamr., JnnnI. brabant ., vol. I, p. 638. Sir un us, Corp , p. lots, Tbuau- p. 84.

aucun soupçon de ses desseins. L'électeur de Saxe même , lorsqu’il partit dès le commencement de la campagne pour se joindre à ses associés , mit ses états sous la protection de Maurice, J qui , avec une trompeuse apparence d'amitié , lui promit de les défendre Mais à peine l'électeur en fut-il éloigné, que Maurice prit des mesures secrètes avec le roi des Romains , (tour s'emparer du dépôt qu'on lui avait confié. L'empereur lui envoya bientôt une copie du ban de l'empire porté contre l’électeur et le landgrave. C'était à Maurice, comme étant le plus proche héritier , à sauver ces états de toute invasion, et Charles le somma par l’obéissance qu'il devait au chef de l’empire , sans parler de son intérêt personnel , de se saisir incessamment des terres confisquées de l’électorat, l’avertissant en même temps que s’il refusait d’exécuter cet ordre , il se rendrait complice des crimes de son parent et s'exposerait aux mêmes peines 2.

Cet artifice fut vraisemblablement suggéré par Maurice, afin de faire passer sa conduite à l’égard de l'électeur pour un acte forcé d’obéissance , au lieu d’un attentat contre les droits dn * sang. Mais pour couvrir son ambition de prétextes encore plus spécieux , aussitôt après son retour de Ratisbonne, il assembla les états de sa principauté , et leur dit que la guerre étant inévitable entre l’empereur et les confédérés de Smalkaldc , il avait besoin de leur avis pour se bien conduire dans cette circonstance. Préparés sans doute A cette demande , et disposés A plaire à leur prince , les états cherchèrent à se conformer A ses vues, en lui conseillant d’offrir sa médiation aux deux partis; et si on la rejetait, ils étaient d'avis qu’en stipulant une entière sûreté pour la religion protestante , il obéit A l'empereur. Maurice ayant sur ces entrefaites reçu le rescril impérial , ainsi que le bail contre l’électeur et le landgrave , convoqua une seconde fois les états, leur exposa les ordres qu’il venait de recevoir, et la peine dont on le menaçait en cas de désobéissance; ensuite il les informa que les confédérés avaient refusé sa médiation , et que l'empereur lui avait fait les promesses les plus satisfaisantes A l'égard de la religion. Il parla de l'intérêt qu’il avait à mettre à couvert les terres de l'éleclorat , et du danger de laisser des étran-

1 Sfruvim, Corp., p. 1,046.

* îjleid., p. 391. Thuao, p. 64.

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