‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 37 sur 73 · VI II · texte numérisé non relu

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souiller la fin de ses jours en renversant cet édifice qui avait été le travail et la gloire de toute sa vie : mais les Génois prévoyaient que cette autorité et cette influence , toujours pures dans ses mains , deviendraient aisément funestes à la nation , si quelque citoyen s’en emparait avec plus d'ambition et moins de vertu ; et un homme en effet avait déjà formé cette prétention , avec quelque espoir de succès. Giannetino Doria, à qui son grand oncle André avait destiné ses biens, espérait en même temps de lui succéder dans sa place. Son caractère hautain, insolent et tyrannique, qu’à peine on eût pu tolérer dans l'héritier d’un trftnc , était encore plus insupportable dans le citoyen d’une république; et les plus clairvoyans des Génois le craignaient et le haïssaient comme l’ennemi de cette liberté dont ils étaient redevables à son oncle. Cependant André lui-même , aveuglé par cette affection forte et involontaire qui attache souvent les vieillards aux plus jeunes rejetons de leur race, ne mettait point de bornes à son indulgence pour lui , et il semblait moins occupé d'assurer et de perpétuer le bonheur de l’état que de favoriser l’élévation de cet indigne neveu.

Mais quoiqu’on suspectât les desseins de Doria, et qu’on blâmât le système actuel de l'administration, tous ces motifs n'auraient sans doute produit que des plaintes et des murmures , si Jean-Louis de Fiesque , comte de lai vague, qui observait les progrès du mécontentement pour en profiter, n’eùt tenté une entreprise des plus hardies dont l’histoire fasse mention. Ce jeune gentilhomme , le plus riche et le plus distingué des sujets de la république, possédait au plus haut degré toutes les qualités qui gagnent les cœurs, impriment le respect, et se concilient l’attachement. La grâce et la noblesse brillaient dans sa personne; magnifique jusqu’à la profusion , sa générosité prévenait les désirs de ses amis et surpassait l’attente des étrangers; à une adresse insinuante, il joignait des manières aimables et une affabilité sans affectation. Mais sous l’apparence de ces qualités intéressantes , Faites pour être l’ornement et les délices de !a société , il cachait toutes les dispositions qui peuvent mettre un homme à la tète des conspirations les plus dangereuses; c’était une ambition inquiète et insatiable, un courage au-

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dessus de toute crainte, un esprit ennemi de la subordination. Un pareil caractère n’était pas fait [tour l’état de dépendance où le sort l'avait placé. Fiesque, enviant l’autorité que le vieux 1 Doria s’était acquise, ne pouvait penser sans indignation qu’elle descendrait un jour à Giannetino comme un bien héréditaire. Ces sentituens divers agissaient si vivement sur cet homme turbulent et audacieux, qu’il prit la résolution de renverser cette domination , à laquelle sou orgueil ne pouvait se soumettre.

Pour y mieux réussir, il crut d’abord devoir s’allier avec François 1er; il en fit même la proposition à l’ambassadeur que ce prince avait à Rome. Son dessein était, après avoir chassé Doria et la faction impériale par un si puissant appui , de mettre la république encore une fois sous la protection de la France , se flattant qu'en récompense de ce service il obtiendrait la première place dans l’administration du gouvernement ; mais ayant communiqué son projet à quelques-uns de ses confidcns intimes, Yerrina, le principal d’entre eux», homme qu'une fortune ruinée rendait capable de projeter et d’exécuter les actions les plus hardies, lui remontra avec chaleur la folie de s’exposer à un grand danger dont un autre recueillerait tous les fruits. Il l’exhorta à prétendre lui-mèmc au gouvernement de sa patrie , auquel son illustre naissance, la voix de scs concitoyens et le zèle de scs amis pouvaient aisément l’élever. Ce langage offrit au génie ardent de Fiesque une si brillante perspective que, abandonnant aussitôt son plan, il adopta celui de Yerrina. Tous ceux qui étaient présens, quoique persuadés du danger de l’entreprise, n’osèrent condamner ce que leur protecteur avait si vivement approuvé. A l'instant il fut résolu , dans cette noire cabale , d’assassiner les deux Doria et les principaux de leurs partisans, de changer Je système d'administration dans Gènes, et de placer Fiesque sur le trône ducal. Cependant il fallait un certain temps pour mettre ce projet i exécution , et tandis qu’on faisait tous les préparatifs nécessaires, Fiesque prenait toutes les mesures possibles pour cacher son secret et ne point donner de soupçons. Le rôle qu’il joua était en effet impénétrable. 11 affecta de s'abandonner entièrement aux plaisirs et à la dissipation. Lajoie et les amusemens de son Age et de son rang

occupaient eu ap|iarencc tout son temps et toutes ses |>ensée$. Mais au milieu de ce tourbillon il suivait son projet avec l’attention la plus réfléchie, sans y mettre ni la lenteur de la timidité , ni la précipitation de l’impatience. Il continua sa correspondance avec l'ambassadeur de Fraucc auprès du saint siège , dans le dessein de s'assurer de la protection de son maître , si par la suite il avait besoin de secours ; mais il eut l’adresse de lui dérober scs véritables intentions. Il fit une ligue secrète avec Farnèse, duc de l’arme, qui, toujours irrité contre l'empereur pour le refus de l'investiture de ce duché, était disjiosé à s’en venger sur la famille de Doria qui était dévouée à ce monarque , dont il cherchait à diminuer l'influence en Italie. Fiesque, n’ignorant pas que dans un état maritime il fallait surtout s'assurer des forces navales , demanda quatre galères au pape qui probablement était instruit de son complot et ne le désapprouvait pas. Sous prétexte d’armer une de ces galères pour croiser contre les Turcs, il assembla un grand nombre de ses propres vassaux et même une grande quantité d'aventuriers hardis que la trêve conclue entre l’empereur et Soliman avait laissés sans occupation cl sans subsistance.

Tandis que Fiesque s’occupait de ces mesures importantes, il paraissait toujours n'avoir d’autre soin que celui du plaisir. Assidu à faire sa cour aux deux Doria , il sut en imposer nonseulement à la candeur de l'oncle , mais encore à la finesse du neveu , que ses propres intrigues rendaient plus disposé à se défier de celles d’autrui. Tout était prêt ; il ne restait qu’à frapper le coup. Fiesque délibéra plusieurs fois avec ses confidcns sur les moyens d'assurer le succès de leur complot. D'abord on proposa de massacrer les Doria et les principaux partisans pendant la célébration de la grand’rncsse à la cathédrale; maiscomme André n’y assistait guère à cause de son âge avancé , ce projet fut abandonné. Ensuite on convint que Fiesque inviterait chez lui l'oncle et le neveu avec tous leurs amis déjà proscrits par les conjurés , et qu'il serait aisé de s'en défaire sans risque ni résistance ; mais Giannclino ayant été obligé d’aller hors de la ville le jour même qu'ils avaient choisi, il fallut encore changer de mesures. Enfin ils résolurent de tenter à force ouverte

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ee que la ruse ne pouvait effectuer, et fixèrent la nuit du deux au trois janvier pour l'exécution de leur entreprise. Le moment était favorable : le doge de l’année précédente devait , selon la coutume , quitter sa charge le premier de ce mois , et son successeur ne pouvait pas être élu avant le quatre. Iat république, pendant cet intervalle , étant dans une sorte d'anarchie , Fiesquc pouvait, avec plus de facilité, s’emparer de cette dignité vacante.

Le jour fixé pour la conjuration , Fiesque employa la matinée à visiter scs amis, et il montra partout le même enjouement et la même liberté d'esprit qu'à l'ordinaire. Le soir il fit sa cour aux Doria, toujours avec le même air d'empressement et de respect , mais épiant leur contenance avec l'attention qu'exigeait un moment si critique; il fut assez heureux pour les trouver dans une profonde sécurité , et saus le moindre soupçon de l’orage qui se formait depuis longtemps et qu’il allait faire éclater sur leur tête.

De leur palais, il courut au sien qui était isolé au milieu d'une grande cour, fermée de hautes murailles. Les portes en avaient été ouvertes dés le matin, et l'on avait permis à tout le monde sans distinction d’y entrer, mais on avait posté des gardes pour empêcher d'en sortir. Cependant Verrina et le petit nombre des confidens de la conspiration , qui avaient conduit par pelotons au palais les vassaux de Fiesquc et les troupes de ses galères , les dispersèrent sans bruit dans toute la ville. Ensuite . au nom de leur patron . ils invitèrent à un festin les principaux citoyens qui étaient niécontcii9 de l'administration des Doria , et qui montraient , avec du penchant pour une révolution , le courage de la tenter. La plupart de ceux qui remplissaient le palais ignoraient pourquoi on les y avait rassemblés ; le reste , étonné de voir, au lieu des préparatifs d'un festin, une cour pleine d’hommes armés , et des appartenons munis d'instrumeus de guerre , se regardaient les uns les autres , avec une curiosité mêlée d'impatience et de terreur.

Au milieu de cette incertitude où flottaient les esprits, Fiesquc parut avec un air de gailé et de confiance ; il adressa la parole aux personnes les plus distinguées , et leur dit qu'il ne les avait point fait appeler aux plaisirs d une fête , mais à partager la gloire d'une grande

action , dont le fruit serait la liberté , suivie d’un renom immortel. En même temps il leur mit devant les yeux l'autorité aussi excessive qu'intolérable du vieux Doria , laquelle tendait tous les jours à s'accroître et ù se perpétuer par l'ambition de Giannetino et par la faveur déclarée de l’empereur pour une famille bien plus dévouée à ce prince étranger qu’à la patrie. « Mais il est en votre pouvoir, continua-t-il, de renverser cette injuste domination. Massacrons les tyrans ; mes mesures sont prises ; mes associés sont en grand nombre ; je puis au besoin compter sur des alliés et des protecteurs. J'ai tout prévu , et nos tyrans dorment dans la sécurité. Un insolent mépris pour leurs concitoyens a banni de leur esprit la défiance et cette timidité qui d’ordinaire rend les coupables elairvoyans , et les met en garde contre la vengeance qu'ils méritent. Ils sentiront le coup avant qu’ils voient le bras levé sur eux. Allons, par un effort généreux que n’arcompagne presque aucun danger, allons délivrer notre patrie. nCediscours, prononcé avec cet enthousiasme irrésistible qui anime l'âme lorsqu'elle est échauffée par de grands objets, fit sur l’assemblée l’impression la plus vive. Les vassaux de Fiesque , toujours prêts à marcher à ses ordres, lui répondirent par un murmure d'applaudissement. Beaucoup de gens, dont la fortune était minée , entrevirent l'espoir de la rétablir dans ia licence et le tumulte d'un soulèvemeni. Mais ceux que leur rang ou leur vertu élevait au-dessus des autres n'osèrent montrer toute la surprise et l'horreur que leur inspirait un attentat si atroce ; chacun craignant que son voisin ne fût dans le secret de la conspiration , ne voyait autour de sot que des hommes prêts, au moindre signal de leur chef, à se porter aux pins grands excès. Tous apptaudirent donc ou feignirent d'applaudir.

Dès qu’il eut ainsi disposé et encouragé se* complices, avant de leur donner ses derniers ordres, il courut à l’appartement de sa femme. Celte dame, de l'illustre maison deCibo, avait inspiré à son mari ht plus vive passitm , et sa vertu l’en rendait aussi digne que sa beauté. Le bruit des gens armés qui remplissaient la cour et le palais, étant déjà parvenu à ses oreille*, elle vit qu'il se tramait quelque complot périlleux, et elletrembla pour les jours de son époux. Il la trouva plongée dans les alarmes et la coas-

tentation; il se hâte de lui avouer un dessein qu'il ne pouvait plus lui tenir caché. L’approche de tant d’horreurs et de dangers achève de la troubler; elle prévoit la fatale issue de ce dessein, cl s'efforce par ses larmes, ses prières et son désespoir, d'en détourner son mari. Fiesque, après avoir tenté vainement delà calmer et de lui inspirer toute sa confiance , rompit promptement une entrevue où l'avait imprudemment entraîné un excès de tendresse , mais qui ne put ébranler sa résolution, « Adieu, lui criat-il en la quittant ; ou vous ne me reverrez jamais, ou demain tout dans Cènes sera soumis à votre pouvoir. »

Dès qu'il eut rejoint scs compagnons , il donna ses ordres à chacun d’eux. Les uns devaient s’emparer à force ouverte de toutes les portes de la ville; d’autres des principales rues ou des forteresses. Fiesque se réserva l'attaque du port , où étaient les galères de Doria, comme le poste le plus important et le plus périlleux. Il était alors minuit, et les citoyens dormaient dans une tranquille sécurité , lorsque celte nombreuse troupe de conjurés bien armés se mit en mouvement pour exécuter son plan. Ils s'emparèrent sans résistance. de quelques portes, et forcèrent les autres après un combat furieux avec les gardes. Yerrina employa une des galères qui étaient destinées contre les Turcs , à bloquer l’entrée de la Darsèneou du petit port qui contenait la flotte de Doria. Cette précaution ôtant aux habitans tout moyen de s'échapper, Fiesque tenta de monter dans les galères de la république par la rive où elles étaient amarrées ; sans armes , sans agrès, et n’ayant à bord que des forçats enenchainés à la rame, elles n’étaient pas en état de résister. Bientôt le trouble et le tumulte se répandirent dans la ville; on entendait crier dans toutes les rues : Fiesque et liberté. A ce mot si chéri, la populace prit les armes et se joignit aux conjurés. Les nobles et les partisans de l'aristocratie, saisis d’étonnement et de frayeur, fermèrent les portes de leurs maisons, et ne songèrent qu’à se garantir du pillage. A la fin , le bruit de ce désordre parvient au palais de Doria. Giannetino saute à l’instant de son lit, et s'imaginant qu'il n'était question que de quelque mutinerie de la part des matelots, il sort avec quelques personnes , et marche vers le port. Comme il devait passer par la porte

Saint-Thomas, les conjurés qui s’en étaient emparés se jetèrent sur lui avec fureur et le massacrèrent sur la place au moment qu'il y parut. Le vieux Doria eût sans doute éprouvé le même sort si Jérôme de Fiesque avait attaqué subitement son palais, suivant le plan du comte de Lavagne son frère; mais dans la crainte que le pillage ne frustrât son avarice d’un riche butin , il défendit à scs gens de s’avancer. André , instruit de la mort de son neveu et du danger qu’il courait lui-mème , monta promptement à cheval et se déroba par la fuite à ses ennemis. Cependant quelques sénateurs eurent le courage de s'assembler dans le palais de la république '. D’abord quelques-uns osèrent tenter de rallier les soldats dispersés, et d’attaquer un corps de conjurés; mais se voyant repoussés avec perte, ils prirent le parti de négocier avec un parti auquel ils ne pouvaient résister. En conséquence , on envoya des députés .1 Fiesque pour savoir de lui quelles étaient ses prétentions, ou plutôt pour se soumettre A toutes les conditions qu’il lui plairait de prescrire.

Mais déjà ce chef des conjurés n'était plus. A l’instant même où, après s’ètre emparé de la flotte , il était prêt à revenir joindre ses compagnons victorieux , un bruit extraordinaire se fit entendre à bord de la galère amirale. Dans cette alarme, craignant que les forçats ne rompissent leurs chaînes pour accabler ses gens , il y courut ; mais la planche sur laquelle il passait avec précipitation du rivage au vaisseau s'étant renversée, il tomba dans la mer. I,e poids de son armure le fit couler à fond. Il périt au moment même où il allait jouir du succès de son ambition. Yerrina fut le premier qui s’aperçut de ce funeste accident. Il en prévit à l'instant toutes les conséquences, et n’en avertit qu’un petit nombre de conjurés. Au milieu des ténèbres et de la confusion de la nuit ce secret n’était pas difficile à tenir; il le leur cacha, jusqu'à ce qu’un traité avec les sénateurs eût mis la ville en leur pouvoir. Mais tout leur espoir fut bientôt détruit [Mtr l’imprudence de Jérôme de Fiesque. Les députés chargés des propositions du sénat lui ayant demandé où était le comte de Iatvagne, il leur répondit avec une vanité puérile : «C'est moi qui le suis maintenant , et c'est avec moi que vous devez traiter.» Ce peu de mots, éclai-

1 // Pallaso delta Signoria.

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ant tout J la fois et ses amis et ses ennemis, fit sur les uns et les autres l'impression qu'ou en devait attendre. Les députés, encouragés par ret événement , le seul qui pût tourner la révolution à leur avantage, changèrent de ton avec une présence d'esprit admirable , et réglèrent leurs demandes sur la Faveur des circonstances. Mais tandis qu'ils cherchaient à prolonger la négociation , les autres magistrats s'occupaient à rassembler leurs partisans pour en former un corps qui pût défendre le palais du sénat. D'un autre cdlc, les conjurés, consternés de la mort d'un homme qui était leur espoir et leur idole , n'ayant aucune confiance pour Jérôme qui n’avait que l'étourderie et la présomption de la jeunesse, perdirent courage , et les armes leur tombèrent des mains. Ainsi le secret si profond et si surprenant qui .jusqu'alors avait contribué au succès de la conspiration Fut la seule cause qui la fit échouer. Le clicF était mort. La plupart de ceux qu'il Faisait agir ne connaissaient ni les confidens de son dessein ni le but oii il aspirait. Aucun d'entre eux n’avait assez d’autorité ou de talcus pour prendre la place de Fiesquc et pour achever son ouvrage. Privé de l'esprit qui l'animait , le corps entier resta sans Force, sans mouvement. Plusieurs des conjurés se retirèrent dans leurs maisons, espérant que les ténèbres de la nuit, qui couvraient leur crime, auraient caclié leur personne ; d'autres cherchèrent leur sûreté dans une prompte retraite; enfin, avant qu’il Fût jour, tous s'enfuirent avec précipitation d'une ville qui , peu d’heures auparavant . était prête à les recevoir pour maîtres.

Dès le matin suivant, tout Fut tranquille dans Gènes. On n'y vit pas un ennemi; à peine y parut-il quelque trace du désordre de la nuit. Cette conspiration avait causé plus de tumulte que de carnage, et la surprise avait mieux servi les conjurés que la force. Vers le soir, Audré Doria rentra dans la ville aux acclamations de joie des habitans qui coururent au-devant de lui. Quoiqu'il eût encore l'esprit rempli du trouble et du danger de la nuit précédente, quoiqu’il eût sous les yeux le corps sanglant de son neveu , telle Fut sa modération et sa magnanimité, que le décret porté par le sénat contre les conspirateurs n'excéda point les bornes de la juste sévérité qu'exigeait le soutien du gouvernement, et que rien n'y Fut dicté par

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le ressentiment ni par l’animosité de la vengeance '.

Dès qu'on eut pris'de sages précautions pour empêcher qu’un Feu si heureusement éteint ne se rallumât de nouveau , le premier soin du sénat Fut d'envoyer â Charles un ambassadeur chargé de l’informer des détails de cet événement et de lui demander du secours pour attaquer Montobhio, forteresse considérable dans les domaines héréditaires de la maison de Fiesque, où Jérôme s'était renfermé, [.'empereur ne fut pas moins alarmé qu’étonné d'une entreprise si extraordinaire. Il ne pouvait croire que le comte de I jvagne , tout ambitieux et téméraire qu'il était , eût osé la risquer sans les suggestions ou l’encouragement de quelque puissance étrangère. Dès qu'il sut que le duc de Parme était instruit du plan de la conjuration, il supposa dans l'instant que le pape n’ignorait pas un projet que favorisait son fils. Cette conjecture le conduisit à une autre plus éloignée , mais que la conduite politique de Paul rendait assez probable : c'était que le pontife était d'accord avec le roi de France pour profiler des suites de cette révolution. Dès lors Charles craignit que cette étincelle ne rallumât l'embrasement qui avait causé tant de ravages en Italie. Comme la guerre d'Allemagne lui avait fait retirer ses troupes de ses états ultramontains , et qu'il ne pouvait pas y prévenir une invasion, il fallait du moins qu'à la première apparence de danger il fût en état d'y porter la plus grande partie de ses forces. Dans cette situation, c’eût été sans doute une imprudence de sa part que de marcher en persotme contre l’électeur, sans avoir quelque certitude qu'il ne se préparait pas en Italie une révolution qui l'empêcherait de tenir la campagne en Saxe avec des forces suffisantes.

* Thuan., p. 93. Signait», Fils Andrea Doria, 119Û La conjuration du comte de Fiesque , par le cardinal de R. U. Adriani Istoria , lib. vi, p. 309. Folietw conjuratio Jo. Lud. Fiesci , ap. Grav. Thés. liai. 1 , p. «83.

Une chose digne de remarque , c’est que le cardinal de Retz, qui avait écrit â l'âge de dix-huit ans l'histoire de telle conjuration, y montre tant d’admiration pour Fiesque , qu'il u’ext pas étonnant qu'un ministre aussi pénétrant et aussi absolu que Richelieu ail prédit â ta lecture de cet ouvrage que ce jeune ecclésiastique serait uu esprit turbulcut et dangereux.

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