‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 41 sur 73 · IÔ49J · texte numérisé non relu

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et de n’attendre plus que de lui son avancement et sa fiirtune. Paid , qui joignait â un caractère naturellement chagrin toute la morosité de la vieillesse, ne put apprendre sans être transporté de colère la défection inattendue de son petit-fils, et sa liaison avec un prince qu’il détestait. Il n'y a point de sévérité à laquelle ce pontife irrité ne parût prêt à se porter contre Octave, qu'il traitait d'apostat dénaturé. Heureusement pour Octave la mort prévint la vengeance de Paul, et termina sa carrière dans la seizième année de sou pontificat et la quatrevingt -deuxième de son âge *.

Comme on s'attendait depuis long-temps à celte mort, il y eut un concours extraordinaire de cardinaux à Rome; les différons compétiteurs ayant eu le temps de former leurs brigues et de concerter leurs mesures , leur ambition et leurs intrigues prolongèrent de beaucoup la durée du conclave. La faction im[>érialc et celle de France s’efforcaient à l’envi de faire tomber le choix sur une de leurs créatures , et paraissaient avoir tour à tour l’avantage. Mais comme Paul ,

1 Parmi les exemptes multipliés de ta crédulité des historiens, en attribuant à des causes extraordinaires ta mort des personnages illustres , on peut citer celui-ci : presque tous les historiens du seizième tiède assurent que la mort de Paul lit fut l'effet de i'impressiou vioteute que ht sur son âme la conduite de son pelit-hls ; qu’ayant appris , taudis qu'il prenait l'air dans un de ses jardius , prés de Rome, la nouvelle de l'entreprise d’octave sur Parme et de ses négociations avec l’empereur, il s'évanouit, resta pendant quelques heures sans connaissance, fut saisi ensuite d'une grosse hevre et mourut au bout de trois jours. Te) est le récit qu'oit trouve ùe sa mort dans l'histoire de M. de Thon f iib. vi, p. 21 t ), dans Adriam f tstor.disuoi tt'mpi, Iib. vu, p. 460), etdansKra-Paoto f/s tor. del cvncü. Trid., p. 280). Le cardinal Pallaviciui lui-inéme , qui a dû être mieux instruit qu'un autre écrivain de rc qui se passait à la cour de Home , et qui en parte plus exactement lorsqu’il n’est pas égaré par les préjugés ou par l’esprit de système , s'accorde avec res historiens dans les principales circonstances de leur récit. (V. Pallav., liv. n, p 74.' l’arma, qui a écrit son Histoire par ordre du sénat de Venise , raconte de ta même maniéré la mort de Paul. ( Pantin . Istor. /en , vol. IV, p. 211.) Mais if n'y avait pas de raison de recourir X une cause extraordinaire pour expliquer la mort d'tiu vieillard de quatre-vingt-deux ans. Il nous est resté uns relation authentique de ret événement, dans laquelle on ne trouve aucune de ers circonstances merveilleuses ilonl les historiens sont si atnottrrux. Le cardinal de l'errtre , qui était chargé des affaires de Traître â la cour de Rome, et XI. d't’rfé , qui y résidait aussi en qualité d'ambassadeur de Henri , écrivirent à ce monarque des détails de l’affaire de Parme et de ta mort du pape. II parait par

dans un Ion# pontificat, avait créé un grand nombre de cardinaux, distingués pour la plupart par leurs grands talens et entièrement dévoués a sa famille, le cardinal Farnèse se trouva A la tète d'un parti puissant et uni, dont Tadresse et la fermeté parvinrent à élever au trône pontifical le cardinal dcl Monte, que Paul avait employé comme son principal légat an concile de Trente, et A qui il avait confié srs plus secrètes intentions. Il prit le nom de Jules 111; et pour témoigner sa reconnaissance envers son bienfaiteur, le premier acte de soit administrai ion fut de mettre Octave Farnèse en possession de Parme, lorsqu’on lui parla du tort qu'il faisait au saint siège en aliénant un territolr:* si important , ii répondit vivement qu’il aimerait mieux être un |>ape pauvre avec la réputation d’üft gentilhomme , qu'un pape riche avec la honte d’avoir oublié les bienFaits qu'il avait reçus et les promesses qu'il avait faites *. Mais l'honneur que lui fit ce trait de candeur t*t de générosité fut bientôt effacé par une action d'une indécence révoltante. Suivant un usage

leur récil que la tentative d'üctave pour surprendre Parme se fit le ‘JO octobre ; que le lendemain au soir, tandis qu’il se promenait dans les jardins de Monle-C.’ivallo, le pape reçut la nouvelle de ce qui «'était passé ; qu’il fut transporté de la plus violente rolère , et poussa des cris qui furent entendus dans pltiMciirs apparirtncns de son palais; que le 22 il se trouva repeudaut assez bien pour donner audience au cardinal de Feriare et pour expédier différentes affaires; qu’Octave écrivit au |>apc et non au cardinal Farnèse, son frère, une lettre par laquelle il lui déclarait la résolution ou il était de se jeter daiisles bras de l’empereur ; que le pope reçut celte lettre le 22, sans donner aucune marque d'émotion , et qu’il y Ht réponse; que le 24 d'octobre, jour duquel est datée la lettre du cardinal de Fcrrare, le pape était dar.s son état ordinaire. ( Mém. de Ribier, loin. »!, p. 247.) Par une lettre de M. d’Urfé, du 5 novembre, il parait que le pape était en si bonne sauté, que le 3 de ce tnêine mois il avait célébré avec toutes les cérémonies accoutumée* l'anniversaire de «on couronnement. {Ibid., p. 251.) Par une autre lettre du même ambassadeur, nous apprenons que le 6 de novembre le pape fut attaqué d'une espece tic catarrhe qui lui tomba sur les poumons . avec des symptômes si dangereux qu’on désespéra aussitôt de sa vie. (Ibid., p. 252.) Par une troisième lettre du mémo, )on apprend que le pape mourut le 10 novembre. Dans aucune de ses lettres on iiin.putc sa mort à aucune cause extraordinaire. Il parait qu’il s’ëiail écoulé plus de viiijjt »ours entre la tentative d'Octave sur Panne et la mort de sou fjraod-père, et que la maladie dont ce pape mourut était l’effet naturel de la vieillesse , et uon la suite d'un violent acres de colere • Mai. de /iib fi.

ancien cl reçu , chaque pape , à son Élection , a le droit d’accorder 5 qui il lui plaît le chapeau de cardinal qu’il laisse vacant en recevant la tiare. An grand étonnement du sacré collège. .Iules conféra cette marque éclatante de distinction , avec des revenus ecclésiastiques tris considérables et le droit de porter son nom et ses armes, à un jeune homme âgé de seize ans, nommé Innocent, né de parens obscurs, et à qui on avait donné le nom de Singe , parce qu’il avait été chargé du soin d’nn animal de cette espèce dans la famille du cardinal del Monte, l’nc semblable prostitution de la première dignité de l’église aurait paru choquante dans ces temps même d’ignorance et de ténèbres où la crédule superstition du peuple enhardissait les ecclésiastiques à braver ouvertement toutes les lois de la bienséance. Mais dans un siècle éclairé , où les progrès de la raison et de la philosophie faisaient mieux connaître les droits de la décence et de l’honnêteté, où l'aveugle vénération qu’on avait portée si Iongteni|»s au caractère pontifical s'affaiblissait partout, et où la moitié de la chrétienté était en rébellion ouverte contre le siège de Rome, cette action du nouveau pape ne pouvait manquer d’èlrc regardée avec horreur. Rome fut inondée sur-le-champ de libelles et de pasquinades qui imputaient â la passion la plus honteuse la prédilection extravagante de Jules pour un objet qui en était si indigne. Les prolestans se récrièrent contre l'absurdité de supposer que l'esprit infaillible de la vérité divine pût habiter dans uu cœur si impur, et ils demandèrent avec plus d’éclat et plus d'apparence de justice que jamais la prompte et entière réformation d’une église dont le chef déshonorait le nom chrétien *.

Toute la conduite du pape fut d’accord avec ce premier trait de son caractère : dès qu’il sc vit élevé au faite de la grandeur ecclésiastique, il s'empressa de se dédommager, en satisfaisant tous ses goûts, de la dissimulation ou des privations auxquelles il s'était condamné par prudence, tant qu'il avait été dans un état suliordonné. Il montra tant d'éloignement pour toutes les affaires sérieuses, qu’il ne pouvait prendre sur lui d’y donner la moindre attention, excepté dans les cas d'extrême nécessité : livré à la dissi -

1 Slnd p ■t'.' t ri P «l,i. p '.'SI. P.ll.uc., I.b u p. 7ù. Tbaan.,111, vi, p .'K

pal ion el aux amuscmcns dp (ouïe espèce, il aima mieux imiter l'élégance voluptueuse de I-éon X f|uc la vertu sévère d’Adrien ; et cette sévérité eût été nécessaire pour lutter avec une secte qui devait une grande partie de son crédit et de sa force aux mœurs rigides el austères de ceux qui la professaient 1 .

Quelque disposé que fût le pape A remplir scs engagemens avec la famille des Farnèse, il se mit peu en peine de tenir le serment que chaque cardinal avait fait en entrant au conclave, et par lequel celui sur qui le choix tomberait s'était engagé ù convoquer sur-le-champ le concile et à Itfi faire reprendre ses délibérations. .Iules savait par expérience combien il était difficile de retenir un corps d'hommes, ainsi composé, dans les bornes étroites que l'église romaine avait intérêt de prescrire; il savait avec quelle facilité le zèle des uns, la témérité des autres, et les suggestions des princes dont ils dépendaient pour la plupart, pouvaient porter une assemblée populaire, sans police et sans chef, à des recherches et A des dérisions dangereuses. Il chercha donc A éluder l'obligation de son serment , et fit une réponse équivoque aux premières propositions que l’empereur lui fit faire sur cet objet. Mais Charles, soit par son obstination naturelle A suivre les mesures qu'il avait une fuis adoptées, soit par le pur orgueil d’exécuter ce qui paraissait preque impossible, persista dans la résolution de forcer les protestons à rentrer dans le sein de l'église. Comme il s’était persuadé que les décisions authentiques du concile pourraient être efficacement employées A combattre leurs préjugés , il sollicita avec la plus grande ardeur une nouvelle bulle de convocation . el le pape ne put décemment se refuser à ses instances. Jules, voyant qu'il ne pouvait pas se dispenser de convoquer un concile, chercha . u moins A se faire un mérite de cette démarche, qui était l'objet d'un vœu si général. Une congrégation de cardinaux, A laquelle il renvoya l'examen des mesures qu'il y avait A prendre pour rendre la paix à l'église, recommanda, suivant scs intentions, une prompte convocation du concile, comme l'expédient le plus propre A remplir cet objet ; considérant d’ailleurs que c’était en Allemagne que les nouvelles hérésies

• fia Tatfu, p. ÏH

excitaient le plus de troubles et faisaient les plus grands progrès, la congrégation proposa de choisir la ville de Trente pour y assembler le concile, afin qu'étant plus A |>orlée d’y observer le mal , on pût y appliquer le remède avec plus, de prudence et de succès, la1 pape approuva hautement cet avis qu’il avait dicté lui-mème, et envoya des nonces à la cour impériale et A celle de France pour y déclarer ses intentions

Cependant l’empereur avait convoqué une nouvelle diète A Augsbourg, dans la vue de donner plus d'activité à l’exécution de Y intérim, et de faire signer A cette assemblée un acte plus authentique pour reconnaître la juridiction du concile avec une promesse positive de se conformer A ses décrets. Il y parut en personne, accompagné de son fils, le prince d'Espagne. Peu d'électeurs s’y rendirent ; mais tous y envoyèrent des députés. Malgré le ton despotique avec lequel Charles, depuis deux ans, avait donné la loi dans l’empire , il savait que l'esprit d'indépendance n'était pas éteint parmi les Allemands , et il eut soin d'en imposer à la diète par l'appareil d'un corps considérable de troupes espagnoles dont il se fit escorter. la; premier point qu’on soumit à la considération de la diète, fut la nécessité de tenir un concile. Tous les catholiques romains convinrent sans difficulté que cette assemblée devait être rétablieA Trente, et promirent de se soumettre aveuglément A ses décrets. Les protestans intimidés et désunis auraient suivi cet exemple , et la résolution de la diète aurait été unanime, si Maurice de Saxe n'avait pas commencé A montrer de nouvelles intentions et A prendre un rôle très différent de celui qu’il avait joué jusqu'alors.

C’était par une dissimulation artificieuse de scs propres sentimens , par le zèleapparent qu'il avait montré A soutenir les projets ambitieux de Charles, et par sou assiduité A lui faire sa cour, que Maurice était parvenu A la dignité électorale, et qu’en réunissant à srs domaines ceux de la branche alitée de la maison de Saxe , il était devenu le plus puissant prince de l'Allemagne. Mais cette longue et étroite union avec l'empereur lui avait fourni souvent l'occasion de remarquer tout ce que les projets de ce monarque pouvaient avoir de dangereux dans leur but. 11 sentit qu'il

Ira Faulo, p. 281. l'allât., lit», n, p. ?7.

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concourait lui-même à forcer 1rs fers qu’on destinait à son pays; et en considérant les progrès rapides et formidables de la puissance impériale, il vit clairement qu’il ne restait plus que quelques pas à faire pour rendre Charles aussi absolu dans l'empire qu’il l’était devenu en Espagne. Plus le rang auquel il était parvenu se trouvait élevé, plus il devait naturellement être jaloux de couserver ses droits et ses privilèges, et plus il devait craindre de descendre de la condition d'un prince presque indépendant à celle d’un vassal soumis à la volonté d'un maître. Il voyait en même temps que Charles, au lieu d’accorder la liberté de conscience, qu'il avait promise pour engager plusieurs princes proteslans à se joindre à lui contre les confédérés de Smalkalde , paraissait vouloir exiger qu'on se conformât exactement aux dogmes cl aux rites de l’église romaine. Malgré tous les sacrifices qu’il avait faits, soit par des motifs d'intérêt, soit par un excès de confiance dans l'empereur, Maurice était sincèrement attaché à la doctrine luthérienne, et il ne put passe résoudre à rester paisible spectateur de la destruction d’un système qu’il croyait fondé sur la vérité.

Cette résolution, que lui inspirait l’amour de la liberté ou le zèle delà religion, était bien fortifiée par des considérations politiques et par sot) intérêt personnel. Dans la situation brillante où se trouvait alors ce prince, une nouvelle perspective de grandeur s’offrit à son imagination. Son rang et sa puissance le mettaient en étal d'être le chef des proteslans dans l'empire. Son prédécesseur, l'électeur détrôné , avec moins de talcns que lui et des états moins étendus, avait eu la plus grande influence sur toutes les démarches de son parti; et Maurice était assez éclairé pour voir tout l'avantage de celte prééminence et assez ambitieux pour désirer de l'obtenir; niais dans les circonstances où il set trouvait, la difficulté de l'entreprise était égale à l'importance de l’objet. IVun côté, la liaison qu'il avait formée avec l’empereur était si étroite qu'il ne pouvait prendre aucun parti qui tendit à la rompre, sans alarmer la jalousie de ce prince redoutable , et sans attirer sur lui tout le poids fie cette même puissance qui venait d'écraser la ligue la plus considérable qui se fût jamais formée en Allemagne. D’un autre côté, les calamités où il venait de précipiter les protestans étaient

si récentes et si terribles qu’il paraissait presque impossible de regagner leur confiance et de rétablir parmi eux l'union et la vigueur, après avoir été le principal instrument de leur division et de leur ruine. Il fallait toute l'audace de Maurice pour n’ètrc pas découragé par ces considérations; mais la grandeur et les périls de l'entreprise étaient des appâts de plus pour l'v engager. Il prit, sans balancer, une résolution si hardie que tout homme d’un génie inférieur n'en aurait pas même conçu l’idée , ou aurait frémi des dangers qui devaient en accompagner l’exécution.

I.es passions de Maurice concouraient avec ses intérêts à le confirmer dans son dessein; le ressentiment d'une injure dont il était encore profondément blessé ajoutait une nouvelle forte aux motifs que lui suggérait une saine politique pour s'opposer à l'empereur. Maurice avait, par son crédit , déterminé le landgrave de Hesse â remettre sa personne entre les mains de Charles, et il avait obtenu en même temps des ministres impériaux la promesse que le landgrave ne serait pas retenu prisonnier. Cette promisse avait été violée , comme on l'a vu , de la manière la plus outrageante, et l'infortuné landgrave se plaignait aussi amèrement de son gendre que de Charles même. Les princes de liesse pressaient vivement Maurice de remplir les engagemens qu'il avait pris avec leur père, lequel n’avait perdu sa liberté que par une suite de sa confiance en lui. Toute l’Allemagne, d'un antre côté, l'accusait d'avoir trahi un ami qu’il devait protéger, et de l’avoir livré à un ennemi implacable. Excité par ces sollicitations, par ces reproches , par le sentiment de ce qu'il devait â son beaupère, Maurice avait employé non-seulement les prières , mais encore les remontrances pour obtenir la liberté du landgrave , et tous ses efforts avaient été inutiles. La honte d'avoir été trompé, et de se voir dédaigné par un prince qu'il avait servi avec tant de zèle et de succès, avait fait une impression profonde sur l'âme de l'électeur, qui, dès lors , attendait avec impatience l'occasion de se venger.

Maurice ne pouvait mettre trop d'adresse et de précaution dans les démarches qui tendaient à ce but; il avait , d'un côté, â craindre de donner des alarmes prématurées à l'empereur: d'un autre coté , il était obligé de faire quelque ac-

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lion d’éclal pour regagner la confiance du parli protestant. Il employa tout ce qu'il avait de finesse et de dissimulation pour concilicrces deux intérêts. Connue il savait que Charles était inüoxible sur la soumission qu’il exigeait à l'in/ei an , Maurice n'hésita pas un seul montent à établir dans scs états cette forme de doctrine et de culte ; mais comme il settptU eu même temps combien cette nouveauté était odieuse à ses sujets, au lieu de les forcer a la recevoir par la violence de l'autorité, ainsi qu’on l'avait fait eu d'autres parties de l'Allemagne, il (delta de transformer leur obéissance en un acte volontaire de leur part. Pour tet effet, il avait assemblé à Leipsick le clergé de scs états, et lui avait remis une copie de l’ intérim aver. les raisons qui prouvaient la nécessité de s'y conformer. Il avait séduit les uns par des promesses; il en avait imposé à d'autres par des menaces, et tous avaient été effrayés de la rigueur avec laquelle on exigeait dans les provinces voisines |a soumission â cette nouvelle loi. Mélanchton, qui, par ses vertus et ses lumières, méritait d’avoir le premier rang parmi les théologiens protestons , sc trouvait alors privé des conseils mâles et vigoureux de I.ullier, qui élevaient ordinairement son courage et le soutenaient au milieu des dangers et des tempêtes qui menaçaient l’église; la timidité naturelle de son caractère, son amour pour la paix et sun excessive complaisance pour les personnes de haut rang, lui arrachèrent des concessions qu’on ne peut pas justifier. Entraînée par ses raisons et son autorité, et séduite par les artifices de Maurice, rassemblée déclara que, dans les articles purement indifférons , on dcvuil obéir aux ordres d’un supérieur légitime. En partant de ce principe, aussi incontestable ilans la théorie qu’il est dangereux dans !a pratique . surtout en matière de religion , l'assemblée mit ensuite au nombre des choses indifférentes plusieurs maximes qtic Luther avait attaquées comme des erreurs grossières et pernicieuses de la doctrine romaine , ainsi que la plupart des cérémonies qui distinguaient le eultc romain de celui des réformés; cri conséquence, le clergé exhorta le peuple à se soumettre sur ces différons points aux injonctions de l’empereur *.

Cette conduite adroite de Maurice réussit à

1 Sleid., p. 181, 485. Jo. Laur. Minheiia, institut, hist. eccUs., Ut. iv.

Il MO)

| établir Yùiterim dans la Saxe, sans y exciter au- ; eune des secousse* violentes que celte itouv caillé | avait occasionnes en d’autres provinces; mais | quoique les Saxons se fussent soumis, les luthéj riens les plus zélés se récrièrent contre Mélancbtou cl ses associés , et les regardèrent comme de faux frères qui étaient ou assez corrompus pour renoncer entièrement à la vérité, ou assez artificieux piur la trahir par de subtiles dislinc- 1 lions, ou assez lâches |Kinr la sacrifier, par mie complaisance criminelle, â un prince capable lui-inèine d'immoler â son intérêt politique ce qu'il y avait de plus sacré. Maurice, qui sentait combien sa conduite passée donnait de probabilité à ces accusations , et qui craignait de perdre sans retour la confiance des protestons , publia une déclaration pleine de protestations de zèle et d’al lâchement pour la religion réformée, et dans laquelle il promettait de la défendre contre toutes les erreurs et toutes les usurpations de la cour de Home •.

Après avoir réussi à calmer les craintes et la jalousie des protestons, il sentit la nécessité d’effacer les impressions que cette déclaration avait pu faire sur l'empereur. Pour rct effet , non-seulement il lui renouvela les assurance» d’un attachement inviolable â l'alliance qui les unissait ; mais comme la ville de Magdcbourg persistait encore â rejeter l 'intérim , Maurice entreprit de la forcer à l’obéissance, et fit sur-le-champ lever des troupes qu’il destinaâ cette expédition. Ce parti extraordinaire déconcerta toutes les espérances que la dernière1 déclaration de Maurice avait fait concevoir aux proteslans,et ils furent plus embarrassés que jamais â démêler quelles pouvaient être ses véritables intentions. La défiance et les soupçons que sa conduite passée leur avait inspirés se réveillèrent avec plus de force, et les théologiens de Magdobourg inondèrent toute l'Allemagne d'écrits dans lesquels ils le. représentèrent comme le plus redoutable ennemi de la religion protestante, et comme tin traître qui ne prenait une apparence de zèle pour ses intérêts qu’afin d'exécuter plus sûrement le projet qu'il avait formé de la détruire.

Cette accusation, appuyée sur des faits récens et publics et sur la conduite équivoque que tc-

l 1 Sîeid.. p. 485.

riroj LIVRE X. 407

nait Maurice, fut si généralement adoptée qu’il se vit obligé de prendre pour se justifier une résolution vigoureuse. Lorsqu'on proposa à la diète de rassembler le concile à Trente, scs ambassadeurs protestèrent que leur maître ne reconnaîtrait l'autorité de ce concile qu'aux conditions suivantes : 1° que tous les points de controverse qui avaient déjà été décidés seraient soumis à un nouvel examen , et que la première décision serait regardée comme nulle ; 2" que les théologiens protestons auraient dans le concile pleine liberté de parler et voix décisive; II® que le pape renoncerait à la prétention de présider au concile , s’engagerait à se soumettre aux décrets de l’assemblée, et relèverait les évêques du serment d’obéissance, afin qu’ils pussent exposer leurs srntimens avec plus de liberté. Ces demandes hardies , que les réformateurs n’auraient pas osé faire dans le temps même où le zèle de leur parti était le plus ardent, et où leurs affaires étaient dans la situation la plus favorable . eontre-lialancèrent , en partie , f effet des préparatifs de Maurice contre Magdebourg, et jetèrent tes protestons dans une nouvelle incertitude sur le but de sa conduite. Il eut en même temps l’adresse de faire envisager cette démarche à l’empereur sous un point de vue si favorable, que celui-ci n’en parut point offensé , et que l'union intime qui subsistait entre eux tien fut point troublée. Les historiens contemporains ne nous ont laissé aucune lumière sur les prétextes dont Maurice put se servir pour donner une apparence innocente à une déclarai ion aussi hardie que celle qu’il venait défaire; mais il est certain que ses raisons en imposèrent à Charles; car ce monarque continua de suivre avec la même ardeur son plan , tant |K)tir 1’éiablissement de Y intérim que pour la convocation du concile, et de montrer la même confiance en Maurice pour ce qui regardait l’rxé- •ution de ces deux points.

Comme la résolution du pape sur le concile i l’était pas encore connue à' Augsbonrg, le priui pal objet dp la diète fut de maintenir i'obser- / ation de l ‘intérim, le sénat de Magdebourg, malgré tous ies efforts qu’on avait faits pour l’intimider ou pour le séduire, noo-seulenient s’obtiuait à rejeter l 'intérim, mais il commençait même à augmenter les fortifications de la ville et à lever des troupes pour la défendre.

Charles requit la diète de l’aider à réprimer cette audacieuse rébellion contre tin décret de f Empire. Si les membres de ta diète avaient eu la liberté de suivre les mouvemens de leur inclination particulière , ils auraient sans hésiter rejeté cette demande. Tous ceux des Allemands qui favorisaient plus ou moins les nouvelles opinions, cl plusieurs autres qui ne pouvaient s’empêcher d’être jaloux de l'accroissement du poti- ' oir de l'empereur, regardaient la résistance des citoyens de .Magdebourg comme uu effort généreux eu faveur de la liberté de leur patrie; ceux même qui n’avaient pas en assez de courage pour montrer la même vigueur admiraient l’audace de f entreprise et en désiraient le succès; mais la présence des troupes espagnoles et la crainte d'offenser l’empereur en imposèrent fellement à tous ceux qui assistaient à la diète, que , sans oser mettre au jour leurs opinions, ils ratifièrent par leurs suffrages tout ce qu'il plut à l'empereur de prescrire. Les décrets rigoureux que Charles avait rendus, de sa propre autorité, contre les habitons de Magdebourg, furent confirmés; on arrêta de lever des troupes pour faire en règle le siège de la place , et l'on nomma des commissaires |>our fixer le contingent d'hommes et d'argent qui serait fourni par chaque état. La diète demanda en même temps que Maurice fût chargé du commandement de cette armée ; Charles y donna sou consentement avec beaucoup de satisfaction . et eu louant hautement la sa .esse d'un tel choix '.Comme Maurice se conduisait dans toutes sis démarche avec un secret impénétrable, dya lieu de mûre qu'il n'avait pris ouvertement aucune mesure pour obtenir la distinction qiûm venait de lui déférer. Le clmixdc ses compatriotes fut donc ou le pur effet du hasard, ou le fruit de l'opinion générale qu'on avait de ses grands lalens. Les conséquences quj résultèrent de cette nomination ne pouvaient ni être prévues par la diète , ni inspirer de la crainte a l'empereur. Maurice accepta, sans hésiter, l’honneur qu'ott lui faisait, et il vu d'im coup d'œil tous les avantages qu'il pourrait en retirer.

Dans ces entrefaites, Jules, en préparant sa bulle pour la convocation du concile, n’oubliait aucune des minutieuses formalités que la cou»

' Sleid., p. Va, 512.

tic Rome sait employer avec tant d'adresse pour retarder les operations (pii ne sont pas conformes à ses vues. Enfin cette IhiIIc fut publiée, et le concile invité de s’assembler à Trente le 1" mai de l'année suivante. Comme le pape savait qu'une partie des Allemands rejetait on contestait l’autorité et la juridiction que le saiut siège prétend avoir sur les conciles généraux, il eut soin d'établir en termes très énergiques, dans te préambule de Pacte, le droit qu'il avait nonseulement de convoquer cette assemblée et d'y présider , mais encore d'en diriger les opérations , et jamais il ne voulut consentir à changer ni même à adoucir ses expressions, malgré les sollicitations réitérées de l'empereur, qui prévoyait combien on en serait blessé et comment on les interpréterait. Cet article de la bulle fiil en effet relevé avec beaucoup d’amertume par plusieurs membres de la diète ; mais malgré le mécontentement et les soupçons que cet objet fit naître, l’empereur s’était rendu tellement maître des délibérations dr la diète, qu’il fit faire un recez par lequel l'autorité du concile fut reconnue et déclarée le seul remède propre à guérir les maux qui affligeaient l'église: tous les princes et états de l’empire , tant ceux qui avaient fait quelques innovations dans la religion que ceux qui restaient fidèles au système de leurs ancêtres, furent requis d'envoyer leurs représentans au concile; l’etnperrur promit d'accorder un sauf-conduit à ceux qui le demanderaient, et de leur assurer la liberté de parler et de discuter leurs avis dans cette assemblée : il s’engagea à fixer sa résidence dans quelque ville de l'empire voisine de Trente, afin d'être ,i portée de protéger,par sa présence, les membres du concile, et de veiller à ce que les délibérations fussent toujours dirigées conformément à l’Écriture et à la doctrine des pères , et pussent avoir le succès qu'on en attendait. Dans ce reccz , l’observation de Yinterim était plus rigoureusement ordonnée que jamais, et l'empereur menaçait tous ceux qui avaient jusque-là refusé ou négligé de s’v soumettre , de faire tomber sur eux les plus terribles effets de son ressentiment s'ils persistaient dans leur désobéissance *.

Pendant la tenue de cette diète , on fit une nouvelle tentative pour procurer la liberté au

1 Sleid-, p.i[;. 512. Thuan., tib. vi, paq. 233. Guidait., Constit. imper., vol. Il, p. 340.

CHARIÆS-OUINT [1630]

landgrave. I,e temps, loin de calmer l'esprit de ce prince sur sa situation, n’avait fiait qu’augluenter son impatience.

Maurice et l'électeur de Brandebourg ne laissaient échapper aucune occasion de solliciter l’empereur en sa faveur; mais le landgrave, voyant que leurs instances ne produisaient aucun cfici , donna ordre à ses fils de sommer ers deux primes , avec toutes les formalités légales, de remplir l’engagement qu'ils avaient pris, par tme acte authentique, de se remettre entre leurs mains pour être traités avec la même rigueur dont l’empereur, userait avec le landgrave. Cette sommation leur fournit un nouveau prétexte pour renouveler leurs instaures auprès de l'empereur, et une nouvelle raison pour y insister plus fortement. Charles avait pris la ferme résolution de ne point se prêter à leurs demandes ; cependant , comme il désirait vivement de se déliarrasser de leurs importunités, il tâcha d’engager le landgraves sc désister de la promesse que lui avaient faite les deux électeurs. Mais ce prince ayant refusé de renoncer S une garantie qu’il regardait comme essentielle à sa sftreté , l’empereur coupa le nœud qu’il ne pouvait pas délier; et par un acte public, il annula celui que Maurice et l’électeur de Brandebourg avaient signé, et les dispensa de tous lesengagemens qu’ils avaient pris avec le landgrave. JJn pouvoir aussi pernicieux à la société que celui d’abroger à son gré les lois les plus sacrées de l’honneur et les obligations les plus positives de la foi publique, n’avait encore été réclamé et exercé que par les pontifes de Rome, lesquels, en vertu de leur prétention à l’infaillibilité, s'arrogeaient le privilège de dispenser de toute espèce de devoirs et de préceptes. Tonte l’Allemagne ne put voir sans le plus grand étonnement que Charles s'attribuât la même prérogative. On regarda l'état d'asservissement auquel l’empire allait être réduit comme plus rigoureux et plus intolérable que celui des nations les plus esclaves, si l'empereur, par un décret arbitraire, pouvait dissoudre res contrats solennels sur lesquels est fondée la confiance mutuelle qui entretient l’union sociale parmi les hommes.

I,e landgrave, ayant perdu à la fin toute espérance de recouvrer la liberté par le consentement de l'empereur . tâcha de se la procurer par son adresserais le plan qu’il avait formé pour

Digltized by CjOOgle

[1551] LIVRE X. m

tromper ses gardes fut découvert; on mit il mort tous ceux qui furent convaincus d'avoir voulu favoriser son évasion , et il fut lui-méme transféré dans la citadelle de Maliues, où il fut renfermé plus étroitement qu’auparavant *.

La même diète fut occupée d'une affaire qui intéressait encore de plus près l'empereur, et qui excita également une alarme universelle parmi les princes de l’empire. Charles, quoique doué de talens qui le rendaient propre à concevoir et à exécuter de grands projets, n'était pas en état , comme on l'a déjà observé , de soutenir des succès extraordinaires ; il s’en laissait tellement enivrer qu'il passait alors toutes les bornes delà modération , et qu'il tournait toute l'activité de son esprit vers des objets vastes , mais chimériques. Tel avait été l'effet de sa victoire sur les confédérés de Sinalkalde ; il ne put pas long-temps se contenter des grands et solides avantages qu’il recueillit de cet événement ; et les regardant comme des fruits trop peu considérables d'un si grand succès, il tic s'était proposé rien moins que d'établir dans toute l’Allemagne l'uniformité de religion et de rendre despotique l'autorité impériale. Ce projet était brillant sans doute , et bien propre à séduire une âme ambitieuse; mais l'exécution était accompagnée de dangers frappans , et le succès ne pouvait qu'être incertain et précaire ; cependant , comme les démarches qu'il avait déjà faites pour arriver à ce but avaient toutes été heureuses, son imagination, échauffée par la grandeur de l'entreprise, n'y voyait plus de difficultés, ou les méprisait. Ce n'était pas assez que de regarder comme infaillible le succès de son plan , il était tléjà inquiet des moyens de perpétuer dans sa famille les acquisitions importantes qu'il allait faire, en transmettant à la fois à son fils l'empire d'Allemagne , les royaumes d’Espagne et ses états d'Italie et des Pays-Bas. Après avoir longtemps roulé dans son esprit celte idée séduisante , sans la communiquer même aux ministres eu qui il avait le plus de confiance, il avait fait venir d'Espagne Philippe, espérant que la présence de son fils lui faciliterait les moyens de mettre son projet en exécution.

Il devait cependant remontrer de grandsobstacles, et tels qu'ils eussent pu arrêter une am-

bition moins accoutumée que la sienne à vaincre les difficultés. Il avait eu l’imprudence . en 1 530, de travailler lui-méme à procurer à son frère Ferdinand la dignité de roi des Romains; il n’yj avait pas d'apparence que ce prince, qui était encore dans la vigueur de l'âge et qui avait un fils adolescent , renoncerait , en faveur d’un neveu, à l'espérance d’occuper un jour le trône impérial ; événement que les infirmités toujours croissantes de Charles pouvaient rendre très prochain. L'empereur ne craignit cependant pas d’en foire la proposition; Ferdinand, malgré son profond respect pour son frère et sa soumission à ses volontés dans toute aujrc circonstance, l'ayant rejetée d'un ton très absolu, Charles ne se laissa point décourager par ce refus. Il le fit solliciter par sa sœur Marie , reine de Hongrie, à qui Ferdinand devait les couronnes de Hongrie et de Bohème, et qui, par ses grands talens, joints à un caractère insinuant et aimable, avait pris le plus grand ascendant sur scs deux frères. Fille adopta avec chaleur un projet qui tendait si visiblement à agrandir la maison d’Autriche; et se flattant que la possession actuelle d’un nouvel établissement pourrait engager Ferdinand à se désister de la succession au trône impérial, elle lui assura que, pour le dédommager du sacrifice qu’on lui demandait , l'empereur était prêt à lui accorder des états considérables , et en particulier ceux du duc de Wittembcrg, qui pouvaient être confisqués sur différens prétextes. Mais Ferdinand était trop ambitieux pour se laisser séduire par l'adresse et les prières de Marie, jusqu'à approuver un plan qui, du premier rang entre les monarques de l'Europe, l'aurait abaissé à celui d'un prince subordonné et dépendant. Il était d’ailleurs trop attaché à scs enfans pour les frustrer, par une imprudente concession, des espérances brillantes que leur naissance et leur éducatiou leur faisaient concevoir.

Malgré la fermeté inébranlable que montra Ferdinand, l'empereur ne put se résoudre à abandonner son projet ; il espérait qu'on pourrait réussir par un autre moyen, et qu’il ne serait pas impossible d'engager les électeurs à révoquer le premier choix qu’ils avaient fait de Ferdinand, ou du moins à élire Philippe II roi des Romains, et à le désigner pour succéder immédiatement à son oncle. Ce fut dans cette

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