‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 44 sur 73 · II A R LES-QUINT. [1Ü6J · texte numérisé non relu

II A R LES-QUINT. [1Ü6J

ses royaumes épuisés par les guerres ruineuses et continuelles où son ambition l'avait engagé , sentant d'ailleurs que son fils avait besoin de la paix pour s'affermir sur le trône, se déclara fortement en faveur de la trêve , malgré les conditions désavantageuses et humiliantes qu'on lui faisait subir. On avait tant de respect pour sa sagesse et son expérience, que Philippe, quelque répugnance qu'il eôt à acheter la paix au prix de si grandes concessions, n'osa point combattre l’avis de son père.

Henri n'aurait pas hésité un instant à accepter une trêve dont les conditions le laissaient tranquille possesseur de la grande partie du duché de Savoie, et des conquêtes importantes qu’il avait faites sur les frontières de l’Allemagne; mais il n'était pas facile de concilier ce nouvel engagement avec l’alliance du pape. Cependant le connétable de Montmorency profitant de l'absence du cardinal de Lorraine , qui avait engagé Henri i sc lier avec les Caraffes, représenta si bien au roi le danger de sacrifier les vrais intérêts du royaume à d’imprudentes promesses, que ce prince, naturellement irrésolu et prêt à suivre le dernier avis qu'on lui donnait, autorisa ses ambassadeurs à signer une trêve avec l'empereur pour cinq ans, aux conditions qui avaient été proposées. Mais afin d'adoucir le pape, qu’il prévoyait devoir être offensé de cette démarche, il insista pour qu'il fût compris expressément dans la trêve *.

lui. lEpitome délia vidadel Car. F, p. 1 10.) Pallavicini en fise l’époque au t7 (Pal., lib. 38, p. 168„ de même que Hcrrcra. { Fidadel S. Felip., lom. 1, p. 233.) Mais ferrera» l’assigne an prrmirr janvier. (Hist. gêner., loin. IX, p. 371.) M. de Beaueairé suppose que la résignation de la couronne d'Espagne se fit peu de jonrs après celle des domaines des Pays Bas. ( Com.de/leb . galt., p. 879.) Quoique Charles eûi cédé tous ses étals à son fils quelques semaines avant la conclusion de la trêve de Vaucelles, il est à remarquer que toutes les stipulations de ee traité sont faites au nom de l'empereur , et que Pliilippe jr est seulement désigoé roi d'Angleterre et de Naples. Il est certain que ce prince ne fut proclamé roi de Castille, etc., à Valtadolid, que le 24 de mars (fiand., vol. Il, p. 606), et qu’avant cette cérémonie, il ne voulut pas sans doute prendre le titre de roi de toutes les Espagnes, ni faire aucun acte d'autorité royale, bans une pièce jointe au traité de la trêve et datée du 19 avril, il prend le titre de roi de Castille , etc., dans te style accoutumé des monarques espagnols de ce siècle (Corps dipl., tom. IV. Append., p. 85.)

1 Ment, de Hibicr, vol. XXII, p. 626. Corps dipl., tom. IV. App-, p. 82.

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Le comte de Lalain se rendit à Blois et l'amiral de Coligny à Bruxelles, tous deux pour être présens, chacun de leur côté, à la ratification du traité, ainsi qu’au serment par lequel d'une part le roi de France, et de l’autre l’empereur et son fils s'engageaient à l’observer '. Lorsqu'on reçut 3 Rome le premier avis des conférences de Vaucelles et des conditions qu’on mettait à la trêve , le pape n’en prit aucune alarme. Il comptait trop sur l'honneur de Henri pour le croire capable de violer les engagemens d’une alliance récente. D’ailleurs l’opinion qu’il avait de la sagesse de l’empereur ne lui permettait pas d’imaginer qu'il pùt consentir à un traité si désavantageux , et il ne balança pas à dire que ces négociations , ainsi que les précédentes, n'aboutiraient à rien. Mais c’est mal raisonner en politiquequc de conclure de ce qu’un événement n’est pas probable, qu’il n’arrivera pas. Le pape en fut bientôt convaincu ; il apprit , avec autant de surprise que de chagrin , la conclusion de la trêve. Le cardinal de Lorraine ri’osant soutenir le courroux d’un pontife altier qui avait tant de sujet de se plaindre, partit brusquement de Rome ; laissant au cardinal de Tournon le soin d’apaiser cet orage. Le pape et ses neveux sentirent le péril qui les menaçait. Philippe avait été très irrité d’une ligue qui n’avait pu longtemps rester secrète ; ils craignaient la violence de son caractère implacable. D’ailleurs le duc d’Albe , qui par scs talens et sa sévérité naturelle n’était que trop propre à exercer les vengeances de ce prince, avait marché de Milan â Naples, et commençait à assembler des troupes sur les frontières de Tétât ecclésiastique. Dans cette situation, s’ils étaient abandonnés de la France, il fallait renoncer à toutes les espérances dont leur ambition s’était flattée, et rester exposé au ressentiment de Philippe, sans aucun allié qui vint i l’appui de leur faiblesse contre un ennemi si puissant.

Paul eut recours en cette occasion aux arti-

• Un des Ben» de la soit* de l’amiral de Cotigny, écrivant à la cour de France de» détail» sur ce qui «'était passé 4 Bruxelles, taudis que ce ministre y résidait, cita comme un exemple de l'impolitesse de Philippe, qu'il reçut l’ambassadeur de Henri dans un appartement tendu d'une tapisserie où étaient représentés la bataille de Pavie, a manière dont François I" fut fait prisonnier, son toyane eo Kspa|;ne, avec toute» le» circonstance» de sa délculion à Madrid. MCm. de Ribier, yol. Il, p. 634.

fices et aux intrigues que la cour de Rome sait toujours employer pour parer les coups dont elle est menacée. Il affecta d'approuver hautement la trêve, comme un heureux moyen d'arrêter l’efFusion du sang chrétien. Il témoigna désirer ardemment qu’elle ffit l'avant-coureur d’une paix solide. Il exhorta les princes rivaux à profiter de ce moment de relâche pour y travailler, et s’offrit , comme leur père commun , pour servir de médiateur entre eux. Sous ce prétexte, il envoya en qualité de uouces le cardinal Rebiba , à la cour de Bruxelles , et son neveu, le cardinal Caraffe , à celle de Paris, lés instructions publiques de ces deux ministres furent les mêmes. B leur était enjoint de faire les plus grands efforts pour engager les deux monarques à accepter la médiation du pape, afin qu’aprês le rétablissement de la paix on pôt prendre les mesures pour la convocation d’un concile général. 'Mais ces démonstrations d'un zèle qui convenaient si bien à l’importance du sujet des négociations, et au caractère sacré d’un chef de l’église, ne servait qu’à cacher des intentions bien éloignées du but qui servait de prétexte à toutes ces démarches. Caraffe était chargé secrètement d'engager le roi de France i renoncer à la trêve, et de ne point épargner les prières, les promesses, les présens mêmes pour faire renouveler le traité avec le saint siège. C’était là le véritable objet de l'ambassade , tandis que les apparences servaient à amuser le vulgaire et à tromper Charles et son fils. Le cardinal partit aussitôt pour Paris , où il arriva promptement. Mais Rebiba fut retenu à Rome pendant quelques semaines. Lorsqu'on jugea convenable qu’il se mit en route, il reçut de» ordres secrets de traîner son voyage en ion gueur, afin qu’on eût le temps d’apprendre, avant son arrivée à Bruxelles , l'issue de la négociation de Caraffe, et de lui dicter le ton qu’il devait prendre en traitant avec l'empereur et Philippe (.

Caraffe fit son entrée dans Paris avec une pompe exfraordinaire. Après avoir présenté une épée bénite à Henri , comme au défenseur dont le pape espérait de l’assistance dans un pressant besoin, il le conjura de ne point rejeter les prières d’un père dans la détresse , et d'employer

* Pallav., Hb. Tin, p. 109. Rurncf, ffist. of Refiïrn i, Tui. Xi. dépp., p.

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ce fer S le secourir. Citait, disait-il, non-seulement un devoir de piété filiale, mais un acte de justicr. Si le pape, par trop de confiance dans son traité avec le roi, s'était engagé dans des démarches qui avaient attiré le ressentiment du roi d’Espagne sur Paul et et ses neveux, ils suppliaient I lenri de ne passouffrir qu’ils devi nssent 1rs victimes de leur attachement a la France, A cet art d’intéresser la générosité du roi , Caraffe ajouta des motifs capables de réveiller sou ambition. 11 l’assura que le moment était favorable pour attaquer avec succès les états de Philippe en Italie ; que l'élite des vieilles bandes espagnoles avaient péri dans les guerres de Hongrie, d’Allemagne et des Pays-Bas; que l'empereur ue laissait à son fils que des royaumes épuisés d'hommes et d’argent ; enfin qu'il ue s’agissait plus de combattre l'habileté, l’expérience et la fortune de Charles , mais un prince à peine assis sur son trône, peu fait à commander, odieux à la plupart des étals d’Italie et redouté de tous. Il i jouta que le pape avait déjà assez levé de soldats pour mettre en campagne une armée considérable, qui, avec un nombre suffisant de troupes françaises, pouvait, par un effort vigoureux, chasser les Espagnols de Naples, et livrer au roi de France une conquête qui avait fait pendant un demi-siècle l'ambition de ses prédécesseurs, et le principal objet de toutes leurs expéditions eu Italie.

Chaque mot de Caraffe faisait uue profonde impression sur Henri. Il sentait que le [tape avait droit de lui reprocher d'avoir manqué aux lois -de l'honneur et de la géuérusité , eu renonçant à son alliance pour consentir à la trêve de Yaucclles; d'un autre côté, il désirait ardemment de signaler son règne par use conquête que trois roisde France avaient tentée sans succès, et qui formerait un établissetneut considérable pour l'un de ses fils. Cependant il demeura quelque temps indécis : le souveuir du serment qui venait de confirmer son dernier traité , la vieillesse du pontife dont la mort pouvait occasioner une révolution totale dans le système politique de l’Italie, enfin les nouvelles instantes de Montmorency , qui ue cessait de représenter les dangers de la ligne et les avantages de la trêve, toutes ces considérations balancèrent puissamment les propositions de Caraffe. Mais celai-ci, qui connaissait tous les détours ri les

replis des négociations, ne manqua pas d’expédiens pour écarter ou surmonter tous les obstacles. 11 montra les pouvoirs qu'il tenait du pape pour absoudre le roi de son serment, et quant au danger qui pouvait résulter de la mort de son oncle, ce pontife y pourvoirait lui-mème 1 par une nominatiou de cardinaux qui rendrait Henri maître absolu des suffrages dans la prochaine élection , et le mettrait en état de faire un pape entièrement dévoué à ses intérêts.

Mais pour mieux balancer le poids et l'influence des conseils du connétable , Caraffe employa l'activité du duc de Guise , l'éloquence du cardinal de Uirrame et l'adresse de la reine , appuyée des artifices plus puissans encore de Diane de Poitiers , qui malheureusement |xmr la France se trouva d'accord avec Catherine sur ce point, quoiqu'en toute autre occasion elle affectât de la traverser et de la mortifier, la» sollicitations de celte cabale n'eurent pas de pciuc à déterminer le roi pour un parti vers lequel il penchait déjà fortement. On n'eut plus d'égards aux remoutrauces de Montmorency , et le nonce , après avoir délié Heuri de son serment, lui fit signer avec le pape uue nouvelle ligue qui ralluma la guerre en Italie et dans les Pays-Bas.

Dès que Paul fut informé que son neveu avait les plus graudes espérances de réussir dans si négociation , il dépécha un exprès à Rchiha sur la roule de Bruxelles, pour lui ordonner de retourner à Home. Comme il n’avait plus besoin de garder le tou de modération qu’il avait affecté sous le caractère de médiateur, ni de contenir plus long-temps son indignation contre Philippe, il leva hardiment le masque et se porta à des violences qui rendaient la rupture inévitable. Il fit arrêter et emprisonner l’envoyé d’Espagne. Il excommunia les Colonnes, et après avoir dépossédé Marc-Antoine , chef de cette famille, du duché de Paliana, il donna cette dignité et les territoires qui en dépendaient à son neveu le conle de Montorio. Ensuite il fit intenter contre Philippe une accusation juridique en plein consistoire. Elle portait que ce prince , au mépris de la fidélité et de la soumission qu'il avait jurées au saint siège, dont U tenait l'investiture du royaume de Naples, non content d'avoir accordé une retraite dans scs états aux Colonnes excommuniés et déclarés rebelles ,

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leur fournissait encore des armes , et se préparait à se joindre à eux pour envahir le patrimoine de saint Pierre; qu'une pareille conduite de la part d'un vassal était une trahison envers son seigneur suzerain , et devait être punie par la confiscation du fief. Sur ces griefs, l'avocat du consistoire requit le pape de prendre connaissance de reltc affaire , et de fixer un jour pour entendre les preuves de Tamisation, espérant que sa sainteté ferait justice par une sentence proportionnée à l’énormité du délit. Paul , dont l'orgueil triomphait de citer à son tribunal un si grand roi , souscrivit A la requête de l'avocat , et comme s’il lui eût été aussi facile d'exécuter une sentence pénale que de la prononcer , il déclara qu'il se concerterait avec les cardinaux sur les formes requises pour une procédure de cette importance1.

Mais, tandis que le pape se laissait aller â l'impétuosité de son ressentiment , Philippe montrait une modération extraordinaire. Élevé dans une profonde vénération pour le saint siège, par les ecclésiastiques espagnols qui avaient été chargés de son éducation, l'âge n'avait fait qu'accroître ce sentiment dans un esprit sombre, mélancolique et porté naturellement â la supersi il ion. Des qu’il prévit sa rupture avec le pape, l'idée d’avoir à prendre les armes contre le vicaire du Christ et le père commun des fidèles lui donna de si violens scrupules, qu'il consulta quelques casuistrs d'Espagne sur la légitimité de cette guerre. Ceux-ci, avec leur dextérité ordinaire, accommodant leur réponse aux circonstances, l'assurèrent qu’après avoir employé les prières et les remontrances pour ramener le pontife â la raison il était autorisé par les lois divines et humaines non-seulement à se défendre si on l'attaquait , mais encore â commencer les hostilités, s'il n'y avait que ce moyen d'empêcher les effets de la violence et de l'injustice de Paul. Mais Philippe , malgré celte décision , balançait toujours , regardant comme le plus grand des malheurs de commencer son règne par une guerre contre un pontife dont il faisait profession de révérer la dignité et le sacré caractère 5.

Cependant le duc d'Albc, qui, par complaisance pour les scrupules de son maître, avait

1 Pallav., lit), xin, p- 171.

* Ferrer.. Ifhl ^'ftpagnt, vol IX, p. 273. Ilerrrra, u-t I, p 30$

jusqu’alors négocié au lieu d’agir, s’apercevant enfin que Paul était inexorable, et que toutes les négociations et même les délais ne le rendaient que plus arrogant, commença les hostilités en entrant dans les terres de l’état ecclé. siastique. Son armée ne montait pas â plus de douze mille hommes; mais elle était composée de vieux soldats et commandée par ces barons romains que Paul avait bannis. I j valeur drs troupes, jointe à l'animosité des chefs qui combattaient pour leur propre querelle et pour reœuvrer leurs biens, suppléa au nombre. Aucun secours cependant n’arrivait encore de France. Quelques places se rendirent par la lâcheté dri garnisons, dont les soldats manquaient de discipline et les officiers d'expérience; les habitant des autres villes en ouvrirent d’eux-mêmes les portes â leurs anciens maîtres. Ainsi d'Albc fut bientôt maître de la campagne de Rome; mais craignant qu’on ne l'accusât d'impiété pour s'ètre saisi du patrimoine de l'église, il prit possession de toutes les places au nom du sacré collège, déclarant qu'il s'en dessaisirait aussitôt qu’on aurait procédé à l'élection d’un pontife.

Les progrès rapides des Espagnols , dont les troupes légères faisaient des incursions jusqu'aux portes de Rome, remplirent cette ville de consternation. Paul, tout intraitable qu'il était , Rit obligé de céder aux craintes et aux importunités des cardinaux , et envoya des députés au duc d'AIbe pour lui proposer une suspension d'armes. Mais en se déterminant à cette démarche il espérait en retirer un double avantage, qui était d'apaiser d'abord la frayeur des habilans de Home, et de gaguer du temps pour l'arrivée des secours qu’il attendait de la France. D'AIbe ne se refusa point aux ouvertures du pontife. Il savait que Philippe désirait de voir terminer une guerre qu'il n'avait entreprise qu’avec répugnance; d'ailleurs son armée, affaiblie de toutes les garnisons qu'il avait jetées dans les villes , le mettait hors d'état de tenir la campagne sans de nouvelles levées. On conclut donc une trêve, d'abord pour dix jours , ensuite pour.quaranle; et, dans cet espace de temps, on fit des deux côtés différentes propositions de paix et desnégociationscontinuelles , mais qui n’étaient pas sincère* de la part du pape. Le retour du rnrdinni neveu â Home, une somme d'argent-

ron'idérable qu’envoyait Henri , l'arrivée d'un

corps de troupes françaises, et l’espérance d'étre renforcé par d’autres troupes qui étaient en

marche, rendirent Paul plus inflexible que jamais, et son âme ne respira plus que la guerre et la vengeance *.

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