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geans , soit pour mettre la place «î état de faire une vigoureuse résistance. Les bourgeois se joignirent aux soldats, et, secondant avec un zèle égal les efforts de Coligny, ils paraissaient déterminés à se défendre jusqu’à U dernière extrémité , et à se sacrifier eux-mémes pour l'honneur et le salut du royaume *.
Le duc de Savoie, ayant été joint par les Anglais sous les ordres du comte de Pembroke, continuait le siège avec la plus grande vivacité. Une armée si nombreuse et si bien pourvue de tout , poussait ses attaques avec un grand avantage contre une garnison trop faible pour oser même tenter de troubler ou de retarder par des sorties les opérations des assiégeans. L'amiral, qui ne pouvait sc dissimuler le danger pressant qui menaçait la ville, et l’impossibilité où il était de la défendre long-temps, en donna avis au connétable de Montmorency, son oncle, qui commandait l’armée française , et il lui indiqua en même temps un moyen de donner du secours aux assiégés. Le connétable , qui sentit l’importance de sauver une place dont la perte ouvrirait aux ennemis un passage dans le cœur du royaume, et qui désirait de tirer son neveu de la situation périlleuse où son zèle pour le bien public l’avait engagé, prit la résolution de tenter ce que Coligny lui proposait , quelque danger qu'il y vit. Dans ce dessein, il s'avança de la Fère à Saint-Quentin, à la tète de son armée qui n'était pas de la moitié si nombreuse que celle des Espagnols; il donna le commandement d’uncorpsde troupes d’élite à d’Andelot, frère de Coligny, et colonel général de l'infanterie française, et lui ordonna de pénétrer jusqu'à la ville par un chemin que l’amiral avait représenté comme très praticable, tandis que lui-mème, à la tête du gros de l’armée, attaquerait le camp des ennemis par un autre côté , et tâcherait d'y attirer toute leur attention. D'Andelot exécuta sa commission avec beaucoup plus de courage que de prudence; ses soldats se précipitèrent avec une impétuosité aveugle sur l'ennemi ; quoiqu'ils eussent renversé le premier corps de troupes qui s'opposa à leur passage, la confusion sc mit bientôt dans leurs rangs, et de nouvelles lrou|>cs étant venues fondre sur eux et les environner de toutes parts , la plupart furent taillés
tto
1 Tbiun. . lit), xix, p. 517.
fit pièces; mais d'Andelot, avec environ cinq cents des plus hardis et des plus heureux, par\ int à pénétrer dans la ville.
Cependant le connétable fut obligé, pour l’exécution de son plan, d avancer si près du camp des assiégeait*, qu'il lui fut impossible de se retirer avec sûreté devant un ennemi qui lui était si fort supérieur en nombre. Le duc de Savoie aperçut bientôt la faute de .Montmorency, et , avec les talons et la présence d'esprit d’un grand capitaine, il se disposa à en profiter. Il rangea promptement son armée en ordre de bataille, et, épiant le moment où les Français commenceraient à défiler vers la Père, il détacha toute sa cavalerie sous les ordres du comte d'Eginont pour tomber sur leur arrière-garde, tandis qu'il s'avancerait lui -même à la tète de l'infanterie pour soutenir l'attaque. Les Français se retirèrent d'abord dans le meilleur ordre et faisant bonne contenance; mais lorsqu'ils virent d'hgmont avancer sur eux avec un corps formidable de cavalerie dont il leur était impossible de soutenir le choc, la vue d'un danger si pressaul, jointe au peu de confiance que leur inspirait leur général, dont l'imprudence était alors sentie du dernier des soldats . répandit une consternation générale dans l'armée : les Français commencèrent peu i peu à précipiter leurs {tas, et les troupes de l'arrière-garde pressèrent si vivement celles qui les précédaient, que bicutùt leur marche eut plutôt l'air d une fuite que d'une retraite. D'Egmonl, observant ce désordre, les chargea avec la plus grande impétuosité, et dans un instant toute la gendarmerie, qui faisait alors l'orgücil et la force des armées françaises, plia et s'enfuit avec précipitation. Cependant l'infanterie, que le connétable par sa présence et son autorité retenait attachée îi scs drapeaux, continuait sa retraite en assez lion ordre; mais d'Egmonl, ayant fait avancer quelques pièces de canon qu'il dirigea sur le centre de cette infanterie, y porta le désordre et la confusion; la cavalerie, rcnuuvclaut alors son attaque, rompit les rangs, et la déroute devint universelle. Environ quatre mille Français restèrent sur le champ de bataille, et dans ce nombre on compta le duc d'Enghien, prince du sang, et six cents gentilshommes. Le connétable, voyant qu'il n'y avait plus d’espérance de ramener la foi tune, résolut de ne pas survivre à un
désastre si fuueste et causé par sou imprudence; il se précipita dans le plus épais des bataillons ennemis pour y périr l'épée à la main ; il reçut une blessure dangereuse : épuisé par la perte de suu sang, il fut entouré de quelques officiers flamands dont il était connu ; ils le garantirent de la fureur des soldats ut l'obligèrent de se rendre. Les ducs de Montpensirr et de Longueville, le maréchal de Saint-André, plusieurs officiers de distinction, trois cents gentilshommes et près de quatre mille soldats furent aussi faits prisonniers. Tous les drapeaux de l'infanterie , toutes les munitions de guerre et toute l'artillerie, excepté deux pièces de canon, tombèrent entre les mains des vainqueurs, qui uc perdirent pas plus de quatre-vingts hommes '.
Cette bataille , non moins fatale à la France que les anciennes victoires de Crécy et d'Aziticourt, qui furent remportées par les Anglais sur le même terrain , ressemblait encore à celles-ci par la promptitude de la déroule, par l'imprudence du général , par le grand nombre des officiers de distinction tués ou faits prisonniers, par la perte légère que firent les vainqueurs . et par la consternation qu'elle répandit dans toute la France. Plusieurs habitons de Paris, aussi effrayés que si l'ennemi eût été aux portes de la ville, se retirèrent avec précipitation dans l'intérieur du royaume. Le roi lécha par scs exhortatious et sa présence de consoler et de ranimer ceux qui restaient ; et, s’occupant lui-mème avec la plus grande activité à faire réparer les fortifications délabrées de la ville, il se prépara ù la défendre contre l'attaque à laquelle il s'attendait. Heureusement pour la France, la timidité de Philippe et l'entreprise funeste de l'amiral de Coligny concoururent non-seulement à mettre la capitale à l'abri du danger dont elle était menacée , mais encore à donner aux Français un court intervalle pendant lequel ils curent le temps de se remettre de la frayeur et de l'abattement où les avait jetés un coup aussi funeste qu'inattendu. Henri en profita pour veiller i la sûreté de son royaume par des mesures vigoureuses et dignes du souverain d'une nation belliqueuse cl puissaute.
Immédiatement après la bataille , Philippe se rendit au camp sous Saint-Quentin, et y fut reçu
1 Thua»., p. 650 ttir.ei , A final. Hrnbnnt., vol II, Uerrcra, p. 2U1.
avec tout l’éclat d’u» triomphe militaire. Les transports de joie que fit naître en lui ce succès, qui jetait un si grand lustre sur le commencement de son règne, furent tels, qu'ils adoucirent pour quelque temps son caractère hautain et sévère , et mirent dans ses manières une politesse qui ne lui était pas naturelle. Le duc de Savoie s'étant approché de lui et voulant se mettre à ses genoux pour lui baiser les mains, Philippe le prit dans ses l>ras, et le serrant avec tendresse : «C'est h moi, lui dil-il, à baiser plutôt vos «mains, qui ont remporté une victoire si glo- « rieuse, et qui nous coûte si peu de sang. »
Dés que les réjouissances et les Félicitations sur l’arrivée de Philippe furent terminées, on tint un conseil de guerre où l'on délibéra sur ce qu'il y avait à faire pour tirer de la victoire le plus grand avantage. la1 duc de Savoie, secondé des plus habiles officiers qui s'étaient formés sous Charles V, opina pour abandonner sur-lechamp le siège de Saint-Quentin, dont la réduction n’était pas un objet digne d'occuper l'armée, et pour aller mettre le siège devant Paris : il disait qu’il n’y avait ni corps de troupes qui pût s'opposer à leur marche , ni ville forte qui pût la retarder; qu’ils pouvaient profiter de l’étonnement et de la terreur que la déroute de farinée française avait inspirés au peuple, pour arriver sans obstacle jusqu'à la capitale et la prendre sans résistance. Philippe, moins hardi ou plus prudent que ses généraux, préféra un avantage modéré mais certain , à une expédition plus brillante, mais d'un succès plus douteux. Il représenta à son conseil les ressources immenses d'un royaume aussi puissantquelaFrance, le courage et l'esprit belliqueux de la noblesse française, et son attachement à ses rois, l'avantage prodigieux qu'il y avait à faire la guerre dans son propre pays, et la ruine inévitable à laquelle ils s’exposeraient en s'enfonçant témérairement dans un pays ennemi avant de s’ètre assuré avec le leur une communication qui pût faciliter leur retraite, si un événement malheureux les forçait de retourner en arriére. D'après ces différentes considérations, il fut d'avis de continuer le siège de Saint-Quentin , cl ses généraux déférèrent d'autant plus volontiers à son sentiment , qu'ils ne doutaient pas qu'on ne fût maître de la ville eu peu de jours ; ils regardèrent ce délai comme une perle de temps de peu de couséqucnce pour
l'exécution de leur plan , et facile à réparer par un redoublement d'activité *.
Le mauvais état des Fortifications, joint au petit nombre des troupes qui composaient la garnison , et qui ne pouvaient plus es|iérer de secours ni de renfort, semblait justifier le calcul des généraux de Philippe; mais en Faisant ce calcul , ils n’avaient pas assez fait d'attention au caractère de l'amiral de Coligny qui commandait dans la place, lin courage indomptable et tranquille au milieu des plus grands dangers, une imagination féconde en ressources, un géuic qui semblait s’élever et prendre unehouvelle force à chaque revers, le talent de subjuguer les esprits et l’art de conserver son ascendant sur eux, même dans les circonstances les plus délicates et les plus fâcheuses, telles étaient les qualités qui distinguaient Giligny et le mettaient au-dessuif de tous les généraux de son siècle. Ces qualités étaient particulièrement propres à la situation où il se trouvait : et comme il sentait l’importance infinie dont chaque moment était pour son pays dans des conjonctures si délicates , il s’occupa avec toute l’activité dont il était capable à chercher des moyens de prolonger le siège et d’empêcher son ennemi de former aucune entreprise plus dangereuse à la France. En effet ,’ il défendit la place avec tant de persévérance et d'habileté , il sut inspirer à la garnison tant de patience et de courage, que le siège, quoique poussé avec la plus grande vigueur par les Espagnols, les Flamands et les Anglais réunis, dont l'ardeur était encore excitée par la jalousie nationale, dura cependant dix-sept jours, la ville fut enfin prise d’assaut; et Giligny, accablé par le nombre , fut fait prisonnier sur la limbe.
Henri sut mettre à profit l'intervalle de temps que la défense opiniâtre de l'amiral lui donna, il nomma des officiers pour recueillir les débris épars de l'armée du connétable; il cx|>édia des ordres jKitir faire des recrues dans toutes les parties du royaume; il convoqua le ban cl l'arrièreban , pour armer toute la noblesse des provinces et la réunirait duc de Ncvers en Picardie; il rappela la plus grande partie des vieilles troupes qui servaient en Piémont sous le maréchal de Brissac; il dépécha courrier sur courrier au duc de Guise, pour lui recommander de revenir
1 Belcar., Comment, de reb. galtk., p.90l.
sur-le-champ avec (ouïe son armée défendre le royaume; il envoya un député au grand-seigneur pour solliciter le secours de la flotte ottomane, et un emprunt d'argent; il en expédia un autre en Écosse, pour exciter les Écossais à faire une invasion dans le nord de l’Angleterre , afin que Marie, forcée déporter son attention de ce côté, ne pftt pas renforcer l'armée de Philippe. Henri trouva dans le zélé de ses sujets des secours pour seconder ces efforts. La ville de Paris lui accorda un don gratuit de trois cent mille livres; toutes les grandes villes du royaume imitèrent la générosité de la capitale et contribuèrent à proportion de leurs moyens; plusieurs gentilshommes de distinction s’engagèrent à défendre à leurs propres dépens les places qui se trouvaient le plus exposées aux insultes de l’ennemi. Ce zèle pour le bien public ne se borna pas aux corps ; il se répandit dans tous les rangs de la société, et chaque individu parut disposé à déployer la même vigueur que si l’honneur du roi et la sûreté de l’état eussent dépendu de ses efforts personnels *.
Philippe n’ignora ni les sages mesures que le roi de France prenait pour la sûreté de ses états, ni l’ardeur que les Français témoignaient pour se bien défeudre; il s'aperçut, mais trop tard, qu’il avait perdu une occasion qui ne pouvait se retrouver, et qu’il n'était plus temps de songer à pénétrer dans le cœur du royaume. Il abandonna donc, sans beaucoup de peine, un plan trop hardi et trop hasardeux pour se concilier parfaitement avec la circonspection de son caractère ; il employa son armée, pendant le reste de la campagne, aux sièges de Ham et du Catelet, dont il se rendit bientôt maître. La réduction de ces deux petites villes et l'acquisition de Saint- Quentin furent les seuls avantages qu’il tira d'une des victoires les plus décisives qui aient été remportées dans ce siècle. Philippe continua cependant de paraître enivré de scs succès; et comme tous ses sentimens avaient une teinte de superstition, il fit vœu, en mémoire de la bataille de Saint-Quentin qu'il avait gagnée le jour de la fête de saint Laurent, de bâtir une église, un monastère et un couvent consacrés 0 ce saint. Avant l’expiration de l’année, il fit faire â l’Escurial, dans le voisinage de Madrid, les fonde-
1 Mémoires de Ribier, t. H, p. 79, 703.