‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 47 sur 73 · IA R LES- OC INT · texte numérisé non relu

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mens d’un édifice qui réunissait les trois objets de son vœu; et le même principe qui avait dicté ce vœu , présida à l'exécution; car le bâtiment fut construit dans la forme d'un gril qui , suivant la légende , avait été l’instrument du martyre de saint Laurent. Malgré la multitude de projets vastes et dispendieux où l’ambition inquiète de ce prince l’entraîna, Philippe travailla avec tant de persévérance, pendant vingt-deux ans, â l'achèvement de cet édifice, il sacrifia tant d'argent à ce monument de sa vanité et de sa dévotion , qu’il laissa enfin aux souverains d'Espagne une maison royale qui est certainement, sinon la plus élégante , au moins la plus somptueuse et la plus magnifique qu'il y ait en Europe1.

La première nouvelle du revers funeste que les Français avaient éprouvé à Saint-Quentin fut portée à Rome par le courrier que Henri avait expédié pour rappeler le duc de Guise. Comme le pape, même avec le secours des troupes françaises, avait à peine été en état d’arrêter les progrès des armes espagnoles , il prévit aisément que, lorsqu’il serait privé de la protection de ses auxiliaires , ses domaines seraient envahis sur-le-champ. Il fil donc les représentations les plus pressantes contre le départ de l’armée française , il reprocha au duc de Guise scs fautes qui le réduisaient dans une si malheureuse situation, et il se plaignit amèrement de Henri qui l'abandonnait avec si peu de générosité dans le péril oû il se trouvait. Mais les ordres de Guise étaient positifs; Paul, tout inflexible qu’il était, fut obligé de conformer sa conduite â l’état de ses affaires, et d'employer, pour obtenir la paix, la médiation des Vénitiens et de Côme de Médicis. Philippe, qui avait été forcé de rompre malgré lui avec le pape, et qui. dans le temps même où le succès couronnait ses armes, doutait si fort de la justice de sa cause qu’il avait fait de fréquentes ouvertures de paix, écouta avec empressement les premières propositions de cette nature que Paul lui fit faire, et montra dans ses demandes une modération qu'on n’avait guère lieu d’attendre d'un prince si fier de ses Victoires.

Le duc d’Albe. plénipotentiaire de Philippe, et le cardinal Carnffc, chargé des pouvoirs de Paul, son oncle, s'abouchèrent âCavi; comme ils

* Colmenar, Annales d'Espagne, t. Il, p. ]36.

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étaient l’un et l’autre également disposés à faire la paix, après uue courte conférence, ils terminèrent la guerre par un traité qui contenait les conditions suivantes. Paul renonçait à sa ligue avec la France et s'engageait à conserver 1 l’avenir la neutralité qui convenait au père commun de la chrétienté; Philippe promettait de rendre sur-le-champ toutes les places de l’état ecclésiastique dont il s'était emparé; les prétentions de Caraffe au duché de Paliano et aux autres domaines des Colonnes devaient être soumises A la décision de la république de Venise; enfin le ducd’Albe devait se rendre en personne à Rome , et après avoir demandé pardon à Paul , au nom de son maître et au sien propre, pour avoir envahi le patrimoine de l'église, il devait recevoir du pape l’absolution de ce crime. Ainsi Paul, par la timidité scrupuleuse de Philippe, mit fin aune guerremalheureu.se, sans aucun préjudice pour le siège papal. Le conquérant s’humilia et reconnut sa faute, tandis que le vaincu, conservant sa fierté accoutumée, fut traité avec toutes les marques de la supériorité1 .

I.e duc d’Aibc , suivant les conditions du traité, alla à Rome, et dans la posture d’un suppliant, baisa les pieds et implora la miséricorde de celui-là même que ses armes avaient réduit à la dernière extrémité. Telle était la vénération scrupuleuse des Espagnols pour le caractère pontifical, que d'Albe, quoique l’homme le plus orgueilleux de son siècle , et accoutumé dès son enfance à vivre familièrement avec les princes, convint qu’en approchant du pape il se sentit si fort intimidé, que la voix lui manqua et sa présence d’esprit l’abandonna -.

Quoique celte guerre, qui, dans son origine, semblait annoncer de grandes révolutions, se trouvât terminée sans avoir occasioné aucun i haugeincnt dans les états qui en étaient l'objet immédiat , elle eut des suites très importantes en d'autres parties de l’Italie. Comme Philippe avait un grand empressement de finir le plus promptement qu’il pourrait sa querelle avec Paul, il était disposé à faire tous les sacrifices nécessaires pour gagner les princes, qui, en joignant leurs troupes à celles du pape et des

1 Patlavic., tih. xm, p. 183. Fra-Paoto, p. 380. Ilorrcra , vot. ! , p. 310.

’ Pallavic., lib. xm, p. 185. Sunmxmle, Jtloria di ffiipvli, t. IV, p. 286.

Français , auraient pu prolonger la guerre. Dans cette vue, il entama une négociation avec Octave Farnèse, duc de Parme, et afin de le détacher de sou alliance avec les Français, il lui rendit la ville de Plaisance et le territoire qui en dépendait, pays dont Charles-Quiut s’était emparé en 1547 , qu'il avait gardé depuis ce terops-là et transmis avec ses autres possessions à son fils.

Philippe, parcelle démarche, laissa pénétrer son caractère et scs vues à Côme de Médicis, le plus habile et le plus fin des princes d’Italie. Côme. profitant de cette découverte, conçut l’espérance d’accomplir enfin sou plan favori, celui de réunir Sienne avec son territoire aux domaines qu’il possédait en Toscane. Comme le succès de cette entreprise dépendait entièrement de l’adresse avec laquelle elle serait conduite, il employa tous les artifices de la politique dans la négociation qu’il entama pour cet objet. 11 commença par solliciter Philippe, dout il savait bien que le trésor était épuisé par les dépenses de la guerre , de lui rembourser des sommes considérables qu’il avait avancées à l’empereur pendant le siège de Sieune. Philippe cherchant à éluder une demande à laquelle il n’était pas en état de satisfaire, Côme. en parut fort mécontent , et ne faisant aucun mystère de son mécontentement , il envoya à son ambassadeur à Rome des instructions pour ouvrir avec le pape une négociation qui paraissait être une suite du refus de Philippe. L’ambassadeur exécuta sa commission avec tant de dextérité, que le pape, imaginant que Côme était absolument détaché des intérêts de l’Espagne, lui proposa une alliance avec la France, laquelle serait cimentée par le mariage de son fils allié avec l'une des filles de Henri. Côme reçut cette ouverture avec les apparences d’une satisfaction si vraie et avec tant de protestations de reconnaissance pour l’honneur distingué qu’on lui offrait, que non -seulement les ministres du pape , mais, même l'envoyé de France à Rome, parlaient déjà sans aucune réserve de l’acquisition d'un allié si important, comme d’une affaire certaine! et décidée, lai nouvelle en parvint bientôt àl Philippe; Côme, qui avait prévu combien ce monarque en serait alarmé, avait dépêché son neveu, Louis de Tolède, dans les Pays-Bas, pour qu’il y fôt à portée d’observer la consternation de Philippe et d’en tirer avantage avant

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