RECHERCHES SUR L’INDE ANCIENNE
NOTE 1", Suer, i", pag. 509.
Le scepticisme et la crédulité sent les deux extrêmes contraires où se perdent ceux qui examinent les événemeus attribués aux premiers siècles de l'antiquité. Il peut m’être permis, sans être soupçonné de pencher vers le premier de ces partis, de conserver des doutes sur l’expédition de Sésostris dans l'Inde et la conquête qu’il fit de ce pays. — 1. Il est peu de fait* mieux établis dans l’histoire ancienne que le dégoût que les Egyptiens témoignèrent de bonne heure pour la vie maritime. Le despotisme lui-même, avec toute sa puissance, ne saurait changer en un instant les idées et les mœurs d’une nation surtout lorsqu'elles ont été confirmées par une longue habitude, et que la religion les a consacrées. Il me parait extrêmement peu probable que Sésostris, dans le cours d’un si petit nombre d’années , ait pu se rendre maître des préjugé* d’un peuple superstitieux , au point d’équiper quatre cents vaisseaux de guerre dans le golfe Arabique, outre une autre flotte qu’il avait dans la Méditerranée. Des armemens aussi considérables ne pourraient se faire qu’avec les plus grands efforts de la part de la puissance maritime la plus florissante et la plus ancienne. — 2. Il est singulier qu’ilérodotc, qui fit les recherches les plus exactes et les plus soutenues dans l'histoire ancienne de 1' 'Egypte, qui reçut des prêtres de Memphis, d'Héliopolis et de Thèbes tous les renseignemens qu'ils pouvaient lui donner sur cet objet (HérodoL edit. Wesselingii, lib. ti. c. ni ), et qui rapporte l'histoire de Sésostris un peu au long , m: fasse pas la moindre mention de sa conquête de l'Iude (lib. ii, c. eu, etc.). Il est probable que celte fable fut iuveulée dans le période qui s'écoula entre le siècle d'Hérodote cl celui de Diodore de Sicile, qui raconte en détail cette expédition de Sésostris daus l'Inde. Son récit n'a d’autre fondement que l’autorité des prêtres égyptiens ; et ce n’est pas seulement comine son opinion générale que Diodore de Sicile lui-même avance « que dans la plupart des choses qu’ils racontaient, ils consultaient plutôt la gloire de leur pays que le respect pour la vérité (lib. i, p. 34. édit. Wesselingii, Amst., 1746); b mais il cite comme uu fait particulier, que les prêtres égyptiens, aussi bien que les auteurs grecs, different étonnamment l'un de l’autre daus ce qu’ils rapportent des actions de Sésostris (lib. i, p. 62). — 3. Quoique Diodore assure que daus la composition de l’histoire de Sésostris, il avait écarté avec soin tout ce qui lui avait paru improbable et peu conforme aux monuinens de ce monarque qui existaient encore en Égypte, il a mêlé à son récit plusieurs •'ircoustsnccs merveilleuses qui rendent le tout extrême-
ment suspect. !«e père de Sésostris, à ce qu’il raconte, fit rassembler tous les enfans mâles qui étaient nés en Égypte le même jour que son fils, pour les faire élever avec lui d'après un même plan d’éducation et les préparer a l’exécution des grand* desseins auxquels il destinait Sésostris. En conséquence, lorsque Sésostris partit pour l’expédition de l'Inde qui , d’après les circonstances rapportées par Diodore , doit avoir eu lieu la quarantième année de sa vie, on dit qu'il existait encore mille sept cents de* compagnons de sa jeunesse à qui il confia les premiers grades de son armée. Mais si nous appliquons à l’examen de celte histoire les principes invariables d'arithmet ique politique , il est évident que s'il existait mille sept centsdes enfans mâles nés le même jourque Sésostris, à l’époque où commença sa grande expédition, le nombre des enfansqui naissaient en Égypte chaque jour de l’année devait être au moins de dix mille, et la population du royaume excéder soixante millions fGoguet, Origine des lois, des arts, etc. tom. 11 , p. 12, eic. ); proportion qui s’étend fort au-delà des terme* de la vraisemblance , dans un royaume qui , d'après le* excellen* calculs de M. d' An vil le ( Mémoire sur 1‘ Égypte ancienne et moderne, p. 23, etc. ), ne contient pas plu* de onze cents lieues carrées de pays habitable. Une autre circonstance merveilleuse, c’est la description d'un vaisseau de cèdre qui avait quatre cent quatre-vingt-dix pieds de long , couvert d’or à l'extérieur et d’argent en dedans , que Késostris consacra & la divinité qui était le premier objet du culte à Thèbes ( lib. î , p. 67 ) ; telle est encore la description qu’il donne de l’armée égyptienne, qui, outre six cent mille hommes d’infanterie et vingt-quatre mille cavaliers, contenait vingt-sept mille chariots armés {Ibid., P. 64). — 4. Ces détails et quelques autres répugnaient si fort au bon sens de Sirabon le géographe , qu’il n’hésita nullement à rejeter ce que l’on racontait de l’expédition de .Sésostris dans l’Inde; et non-seulement il assure dans les termes les plus positifaque ce monarque ne mil jamais le pied dans l'Inde (lib. xv, p. 1007, C. edit. Casaub. Amst. 1707), mais il range au rang des exploits fabuleux de Bacchus et d’Hercule, tout ce qui s'tst dit de ses opérations dans ce pays ( p. 1007, D. 1009 B. ). L'historien philosophe d’Alexandre -le- Grand paraît avoir eu la même opinion sur les exploits de Sésostris dans l'Inde (Ifist. ind., e. v, Arriau, exped. Alex. edit. Gronov. L. Bat. 1704). — Le peu de renseignemens qu'Uérodote avait eus sur l'Inde et sesbabitans, il parait les avoir tirés non pas des Égyptiens, mai* de* Perses (lib. m , c. cv); circonstance qui ferait croire que de son temps il y avait sbx de rapports entre l’Égypte et l’Inde.
NOTES ET ECJ.AIRC1SSEMENS
NOTE 2, Skci.i, p. 509.
Quand on considère l'étendue et le* effet* du commerce des Phéniciens, on doit s’étonner, au premier coup d’œil, des faible* édaircissemeus que l'on trouve dans les ancien* écrivain* »ur ce commerce. Mai* si l’on se rappelle que tous le* historiens grec* (excepté Hérodote), qui parlent des Phéniciens, publièrent leurs ouvrages longtemps apres la destruction de Tvr par Alexandre-te Grand , on ne s’étonnera plus qu’il nous aient laissé ignorer presque tous le* détails d’un commerce qui avait porté ailleurs sa splendeur, et qui ne suivait plus la même direction. Mais la puissance et la richesse de Tyr dans les jours brillans de son commerce , doivent avoir attiré sur elle tou* les regards. Il n’est point d’auteur ancien ou l'on trouve un compte plus détaillé de la nature et de la variété de* opération* de non commerce, que dans les prophéties d’E/échiel qui fleurit deux cent soixante ans avant la chute de Tyr, et rien ne donne en même temps une plus haute idée de riinineuse puissance de cet état ( ch.