‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 6 sur 73 · HARLES-QUINT · texte numérisé non relu

HARLES-QUINT

prendre l’exécution de ce système et la presser avec vigueur , dis que la résistance des nobles se relâchait ou devenait moins redoutable. Les justices royales dans le commencement n'avaient point de résidence constante, ni de temps fixe pour la tenue de leurs assemblées; les princes fixèrent à chacune un lien et un temps de l'année pour exercer leur juridiction; ils s'attachèrent à choisir des juges plus éclairés et plus habiles que ceux qui présidaient aux tribunaux des barons , à donner plus de dignité S leur emploi, et plus d’éclat à leurs assemblées. Ils cherchèrent les moyens de mettre plus de régularité dans la forme des procédures, plus d'accord et de suite dans les jugemens. Toutesces attentions ne pouvaient manquer de procurer aux tribunaux delà couronne la confiance et la vénération publique. Le peuple, abandonnant les juridictions partiales des barons, s’empressait de porter 1rs objets de contestation sous les yeux plus pénétrons et moins corrompus des juges que le souverain avait choisis pour administrer la justice en son nom. I.es rois devinrent donc encore une. fois les chefs de la communauté , et reprirent le droit de rendre la justice à leurs sujets. Dans quelques royaumes , les barons abandonnèrent l’exercice de leur juridiction, parce qu’elle était tombée dans le mépris; en d’autres états, les juridictions territoriales, restreintes par des règlemens qui en prévenaient les abus, furent entièrement abolies par des ordonnances expresses. Ainsi l'administration de la justice, découlant alors d'une source unique et n'ayant qu'une seule direction, prit dans les différrns pays un cours plus réglé, plus uniforme et m même temps plus rapide (23).

les formes et les principes du droit canonique, qui étaient devenus respectables par leur influence dans les tribunaux ecclésiastiques, ne conlribnèrent pas prit il avancer les progrès de la jurisprudence. Si l’on considère le droit canonique sous un point de vue purement politique, soit comme un système combiné pour faciliter au clergé l'usurpation d'une puissance et d’une juridiction aussi opposée à la nature de ses fonctions qtte incompatible avec la police du gouver- 1 ncincnt, soit comme le principal instrument de ' l’ambition des papes, ambition qui pendant plusieurs siècles a ébranlé les trimes et a failli d'envahir les libertés de toute l’Europe, on doit ie

INTRODUCTION. 27

regarder comme un des plans les plus formidables qu’on ait jamais formas contre le bonheur de la société civile. Mais si nous ne l'envisageons que comme un code de lois relatives aux droits et aux propriétés des individus, et si nous ne faisons attention qu'aux effets civils qui en résultent , nous en jugerons bien différemment et d’une manière bien plus favorable. Dans les siècles d’ignorance et de crédulité, les ministres de la religion sont les objets d’une vénération superstitieuse. lorsque les barbares qui inondèrent l'empire romain commencèrent A embrasser la religion chrétienne, ils virent que les ecclésiastiques jouissaient d'un pouvoir fort étendu, et ils ftirenl naturellement disposés A rendre A ces nouveaux guides le respect et la profonde soumission qu’ils étaient accoutumés d’avoir pour les prêtres de la religion qu’ils avaient abandonnée. Ils regardèrent leurs personnes comme aussi sacrées que leurs fonctions; et ils auraient trouvé de l'impiété à prétendre les soumettre A la profane juridiction des laïques. Les ecclésiastiques ne négligèrent pas de profiler des avantages que leur présentait la stupidité des peuples. Ils établirent des tribunaux auxquels ils firent ressortir toutes les discussions qui concernaient leur caractère, leurs fonctions et leurs biens. Ils entreprirent et vinrent A bout de s'affranchir presque entièrement de l’autorité des juge* civils. Bientôt, sous différens prétextes et par des artifices multipliés, ils communiquèrent ce privilège A tant de personnes, et étendirent leur juridiction sur un si grand nombre do cas, que la plus grande partie des objets de litige furent réservés A la connaissance seule des tribunaux ecclésiastiques.

Pour disposer les laïques A souffrir sans murmures et sans résistance ces usurpations, il était nécessaire de leur persuader que la juridiction ecclésiastique rendrait plus parfaite l’administration de la justice, et cela n’était pas difficile dans un temps oA le clergé osait tout tenter sans danger et presque sans obstacles. Le peu de lumières qui servait A guider les hommes dans ces siècles de ténèbres était en dépôt citez les ecclésiastiques; eux seuls étaient accoutumés A lire, à raisonner, A réfléchir, A faire des recherches ; ils possédaient seuls les restes de la jurisprudence ancienne, qui s'claicnl conservés, soit par la tradition , soit dans les livres échap-

pés aux ravages des Barbares. Ce fut sur les maximes de cet ancien système qu’ils formèrent un code de lois conformes aux grands principes de l’équité. Guidés par des règles constantes et connues, ils fixèrent les formes de leurs tribunaux , et mirent dans leurs jugemens de l’accord et de l'unité : ils avaient d’ailleurs toute l’autorité qui leur était nécessaire |K>ur faire respecter leurs décrets; l’excommunication et les autres censures ecclésiastiques étaient des chAtimcns plus redoutables qu’aucun de ceux que les juges civils pouvaient infliger en exécution de leurs sentences.

Il n’est donc pas surprenant que la jurisprudence ecclésiastique fôt devenue l’objet de l'admiration et du respect des peuples, et que l'exemption de la jurisdiction civile fôt sollicitée comme un privilège , et accordée comme une faveur. Il n’est pas surprenant qu'aux yeux mêmes d’un peuple ignorant et grossier les principes du droit cationique aient paru plus équitables que cette jurisprudence informe qui réglait toutes les procédures dans les tribuuaux civils. Suivant celle-ci, tous les différends qui s'élevaient entre les barons se terminaient , comme dans l’état de nature, par la violence; suivant la loi canonique, toutes les contestations étaient soumises A la décision des lois fixes. L’une, en permettant le combat judiciaire, établissait le hasard et la force pour arbitres du vrai et du faux, du juste et de l'injuste; l'autre en décidait par les principes de l'équité et les rapports des témoins. Une erreur ou une injustice dans une sentence prononcée |>ar un baron A qui appartenait la juridiction féodale ne pouvait plus alors se réparer, parce qu’on ne pouvait en appeler A aurun tribunal supérieur. La loi ecclésiastique établit une gradation régulière de tribunaux différons, auxquels une cause pouvait être successivement portéeau moyen des appels, jusqu’A ce qu’elle fôt jugée définitivement par célul auquel l'Église avait attribué .l’autorité suprême pour cet objet. Ainsi le génie et les principes du droit canonique disposèrent les esprits A approuver les trois grands changemens dans la jurisprudence féodale que je viens d’exposer. Mais ce ne sont pas 1rs seuls changemens avantageux A la société, dont on est redevable A ce système de lois. Plusieurs des règlentens qu'on regarde aujourd'hui comme les barrières de la

sûreté personnelle, ou comine la sauve-gardc des propriétés particulières, sont contraires à l'esprit et aux principes de la jurisprudence civile qui régna en Europe pendant plusieurs siècles, et ils ont été empruntés aux règles et à la pratique des tribunaux ecclésiastiques. Ce fut en observant la sagesse et l’équité des jugemens rendus par ces tribunaux, que les peuples commencèrent à sentir la nécessité d’abandonner les juridictions militaires des barons ou de travailler à les réformer (24).

Une autre cause concourut avec celle que j’ai déjà exposée , pour donner aux hommes des idées plus justes et plus étendues sur la nature du gouvernement et sur l’administration de la justice : je veux parler de l’étude et de la connaissance du droit romain. Parmi toutes les calamités qui suivirent les inondations et les ravages des Barbares, une des plus déplorables fut le renversement du système de la jurisprudence romaine , le plus sublime monument de la sagesse de ce grand peuple , formé pour subjuguer et pour gouverner le monde. Les lois et les règlemens d’un état civil étaient absolument opposés aux moeurs et aux idées des guerriers farouches du nord. Ces règlemens étaient fondés sur des objets absolument étrangers à un peuple grossier, et appropriés à un état de société qu’il ne pouvait pas connaître. Aussi, partout où les Barbares s'établirent , la jurisprudence romaine tomba bientôt dans l’oubli , et resta pendant plusieurs siècles ensevelie sous le poids de ces institutions bizarres que les peuples d’Europe ont honorées du nom de lois. Vers le milieu du douzième siècle, on découvrit par hasard en Italie on exemplaire des /Vïneét’cfcs de Justinien. L'état politique de la société avait déjà fait alors de grands progrès, et l'expérience de plusieurs siècles avait étendu et rectifié les idées des hommes sur cet objet ; ils furent frappés d'admiration en examinant ce système de jurisprudence que leurs ancêtres n’auraient pu comprendre. Quoiqu'ils ne fussent pas encore assez instruits pour emprunter des anciens le goût de la vraie philosophie et des sciences spéculatives, et quoiqu'ils ne fussent pas en état de sentir les beautés et l’élégance de leurs compositions littéraires, ils étaient cependant assez éclairés puur juger du mérite d'un système de lois, où tout ce qui intéresse essentiellement le genre humain dans

tous les âges était fixé avec autant de sagacité que de justice et de précision. les hommes de lettres se livrèrent avec ardeur à l’élude de cette nouvelle science; et peu d’années après la découverte des Pandectes on nomma , dans la plupart des états de l’Europe , des professeurs de droit civil , chargés d’en donner des leçons publiques.

L’étude et l'imitation d’un modèle si parfait ne pouvaient manquer de produire les plus heureux effets. Les hommes n’avaient besoin que de connaître les lois constantes et générales pour en sentir toute l’utilité ; ils s'empressèrent de fixer les principes et les formes sur lesquels les tribunaux devaient régler leurs procédures et leurs jugemens. Cette entreprise, si importante pour le bien de la société, fut poussée avec tant de zèle et d'ardeur, qu'avant la fin du douzième siècle , la loi féodale fut réduite en un système régulier; le code du droit canon fut étendu et disposé dans une forme méthodique, et les coutumes vagues et incertaines des différentes provinces ou des royaumes divers furent recueillies et arrangées avec unordre et une exactitude qu'on ne devait qu’à la connaissance de la jurisprudence romaine. Dans quelques pays d'Europe, on adopta le droit romain pour servir de supplément aux lois municipales; et tous les cas sur lesquels celles-ci n’avaient pas prononcé étaient jugés suivant les principes du premier. Chez d’autres peuples, les maximes aussi bien que les formes de la jurisprudence romaine se mêlèrent et se confondirent avec les lois du pays, et contribuèrent aussi, quoique d’une manière moins sensible, à y perfectionner la législation (25).

Ces divers perfectionnemens dans le système de jurisprudence et dans l'administration de la justice occasionèrent dans les merurs des cliangemens d une grande importance et dont les effets s'étendirent fort loin. Il en résulta une distinction marquée dans les professions. Les hommes furent obligés de cultiver des talens divers et de s’exercer à des occupations différentes, afin de se mettre en état de remplir les différeus emplois qu’exigeaient les besoins multipliés de la société ’. Chez les peuples non civilisés, il n’y a qu’une profession honorable : c’est celle des

: Dr. Kitrussoii, Essay on the MstorrofciiU society, l>art. iv, secl. I.

INTRODUCTION

armes. Toute l’activité de l’esprit humain se borne à acquérir la force et l’adresse qu'exigent les exercices militaires. Les occupatioasen temps de paix sont simples cl en petit nombre; et l'on n'a pas besoin , pour se mettre en état de les remplir, de suivre un plan d’éducation ou d'étude: tel fut l’étal de l’Europe pendant plusieurs siècles. Tout gentilhomme naissait soldat et méprisait toute autre occupation ; il n’apprenait d'autre science que celle de la guerre; ses exercices et ses amusemens étaient des faits de prouesse militaire. Le caractère même de juge , qui appartenait aux nobles seuls, ne demandait pas des connaissances plus étendues que celles que des soldats sans éducation pouvaient acquérir. Tout ce qu'un baron regardait comme nécessaire pour rendre la justice se réduisait à recueillir quelques coutumes de tradition que le temps avait confirmées et rendues respectables, à fixer, avec les formalités requises, les préparatifs d’un combat, à en observer l'issue, et à prononcer si tout s'était passé conformément aux lois des armes.

Mais lorsqu'on eut fixé les formes des procédures légales, lorsqu'on eut rédigé par écrit et recueilli en un corps les règles qui devaient guider les jugemens . la jurisprudence devint alors une science qu'on ne put acquérir que par un cours régulier d’études, et par une longue expérience de la pratique des différons tribunaux, les nobles , qui ne respiraient que la guerre et savaient il peine écrire, n’avaient ni le loisir ni le désir d'entreprendre un travail si pénible et en même temps si étranger aux seules occupations qu'ils regardaient comme intéressantes ou comme convenables il leur rang. Ils abandonnèrent par degrés les places qu'ils avaient dans les cours de justice, oil leur ignorance les exposait au mépris. Ils se lassèrent d’entendre des discussions d’affaires, qui devenaient trop compliquées pour qu'ils pussent en embrasser tous les détails. Il fallut donc s’en rapporter à des personnes exercées par des études préliminaires et par la connaissance des lois, non -seulement pour la décision judiciaire des points qui formaient le sujet de la contestation, mais encore pour la conduite des opérations et des procédures qu’exigeait l'instruction du procès Une classe d'hommes à qui tous les citoyens étaient obligés d’avoir sans cesse recours pour avoir

!.cur avis sur les objets les plus intéressans , et dont les opinions décidaient de la fortune , de l’honneur et de la vie, ne pouvait mauquer d’acquérir bientôt de la considération et de l'influence dans la société. Ils obtinrent les honneurs qui avaient été regardés jusque-là comme les récompenses propres des talcns et des services militaires. On leur confia des emplois distingués par la dignité et la puissance qui y étaient attachées. II s'éleva ainsi parmi les laïques uue nouvelle profession honorable , autre que celle des armes. Les fonctions de la vie civile méritèrent l'attention du public, et l'on cultiva les talcns nécessaires pour les bien remplir. Une nouvelle route s’ouvrit à l'émulation des cïtoycus, et les conduisit à la richesse et aux honneurs. Les arts et les vertus de la paix furent mis à leur place, et reçurent les récompenses qui leur étoient dues (26).

Tandis que ces changement, si importans pour l’étal de la société et pour l'administration de la justice, s'établissaient par degrés en Europe, la noblesse commençait à prendre des idées plus grandes et des sentimens plus généreux; ce fut un effet de l'esprit de la chevalerie, qu’on ne regarde ordinairement que comme une institution bizarre, née du caprice, et comme une source d’extravagances, mais qui était le produit naturel des circonstances où se trouvait la société, et qui contribua puissamment à |K>lir les moeurs des nations de l'Europe. Le gouvernement féodal était un état perpétuel de guerre, de rapine et d'anarchie, dans lequel les hommes faibles et désarmés étaient sans cesse exposés aux insultes de l'insolence et de la force. Le même esprit guerrier qui avait engagé tant de gentilshommes à prendre les armes |tour la défense des pèlerins opprimés dans la Palestine, en excita d'autres à se déclarer les protecteurs et les vengeurs de l'innocence opprimée en Europe ; ce fut le seul objet digne d'exercer le courage et l'activité de ces nobles aventuriers, lorsque l'entière réduction de la Terre-Sainte, sous la domination des infidèles , eut mis fin aux expéditions des croisades. Réprimer l'insolence des oppresseurs puissans, secourir les malheureux , délivrer les captifs , protéger ou venger les femmes, les orphelins, les ecclésiastiques, et tous ceux qui ne pouvaient pas prendre les armes pour se défendre eux -mêmes, enfin rc-

dresser les loris et réformer les abus, telles étaient les occupations les pins dignes d'exercer leur valeur et leur vertu, (.'humanité, la bravoure, la justice et l'honneur étaient les qualités distinctives de la chevalerie, qualités que la religion, qui se mêlait à toutes les institutions et à toutes les passions de ce tcmps-Iâ , exaltait encore par un mélange d'enthousiasme, et qu’elle portait jusqu'à cet excès romanesque qui nous étonne aujourd’hui. On se préparait alors à la chevalerie par des exercices longs et pénibles; et I on y était admis avec des solennités où il entrait autant de pompe que de dévotion. Il n’y avait point de noble qui ne sollicitât l'honneur d’ètrc fait chevalier. Celait une distinction qui paraissait en quelque sorte supérieure à la royauté; et les souverains se faisaient gloire de la recevoir des mains d’un simple gentilhomme.

Cette singulière institution, où la valeur, la galanterie et la religion se confondirent d'une manière si étrange , était merveilleusement appropriée au goût et au génie d’une noblesse guerrière ; et scs effets sur les mœurs se manifestèrent bientôt de la manière la plus sensible. La guerre se fit avec moins de férocité , lorsque l’humanité devint, autant que le courage, l’ornement de la chevalerie. Les mœurs se polirent et s’adoucirent , lorsque la courtoisie fut regardée comme la vertu la plus aimable d'un chevalier. La violence et l’oppression produisirent moins d’excès , lorsqu’on se fit un mérite et un devoir de les prévenir ou de les punir. Le respect le plus scrupuleux pour la vérité, et l'exactitude la plus religieuse à remplir tous ses engagemens, formèrent le caractère distinctif d’un gentilhomme, parce que la chevalerie était regardée comme l’école de l'honneur , et quelle exigeait à cet égard la plus grande délicatesse.

L’admiration que méritaient ces qualités brillantes, jointe aux distinctions et aux prérogatives que la chevalerie obtint dans toutes les parties de l’Europe, put inspirer quelquefois à des esprits ardens une sorte de fanatisme militaire qui les porta à des entreprises extravagantes; mais elle contribua toujours à graver profondément dans les âmes les principes de l'honneur et de la générosité. Ces principes étaient fortifiés d’ailleurs par tout ce qui peut affecter les sens et toucher le cœur. Les roma-

nesques exploits de ces chevaliers errans, qui couraient le monde à la quête des aventures, sont assez connus, et ont été justement l'objet de la satire et du ridicule; mais on n’a pas assez observé les effets politiques et permanens de la chevalerie. Ccsl peut-être à cette singulière institution , en apparence si peu utile au bonheur du genre humain, qu'on doit en grande partie et les raffinemrns de la galanterie et les délicatesses du point d'honneur, cl celte humanité qui vient se tnèlcr quelquefois aux horreurs de la guerre ; ce sont là les trois traits les plus frappans qui distinguent les mœurs modernes des mœurs anciennes. Pendant le douzième, le treizième, le quatorzième et le quinzième siècle, les sentimensque la chevalerie inspira eurent une influence bien sensible sur les mœurs et sur la conduite des hommes; et ils avaient jeté des racines si profondes que leurs effets durèrent encore après que l’institution même, qui en était le principe, eut perdu sa vigueur et son crédit sur l’opinion des peuples. On trouvera dans l'histoire que j’ai entrepris d’écrire des faits importons , qui ressemblent plus aux valeureuses expéditions de la chevalerie qu’à des «((éditions bien concertées d’une saine politique; et quelques-uns des principaux caractères que j’ai tracés étaient fortement empreints de cet esprit romanesque. François I,T ambitionnai! la gloire d’ètre regardé comme un parfait chevalier; il voulait en avoir l’audace et la bravoure dans la guerre, la magnificence et la courtoisie dans la paix. La réputation qu’il se fit par ses qualités brillantes éblouit son rival, plus flegmatique, au point de le faire sortir de sa prudence et de sa modération naturelles, et de lui inspirer le désir d’égaler François par quelques actions de prouesse et de galanterie (27).

Les progrès de la raison et la culture des lettres contribuèrent beaucoup aussi à changer les mœurs des nations européennes , et à y introduire la politesse et le goût qui les distinguent aujourd'hui. Les Romains , après la destruction de leur empire, avaient à la vérité perdu ce goût pur qui faisait des productions de leurs ancêtres des modèles de perfection et des objets d’imitation pour les siècles et les peuples qui devaient leur succéder; mais ils avaient conservé l'amour de la littérature, et ils cultivaient encore les arts avec beaucoup d’ardeur, Des peu-

INTHODLCTION.

pies barbares et grossiers étaient bien éloignés d'admirer ces perfeelions raffinées, qu'ils ne connaissaient pas nu qu'ils méprisaient ; ils n'étaient pas encore arrivés à cet état de société où l'esprit luimain commence à exercer ses facultés sur les objets de l’imagination et du goût. Ils étaient étrangers aux besoins et aux désirs qui donnent naissance aux inventions de l'esprit ; et comme ils ne sentaient ni le mérite ni l'utilité des arts, ils s'occupèrent à en détruire les monumens avec autant de zèle que leur postérité en a mis à les découvrir ou à les conserver. I-es secousses violentes occasionécs par l'établissement des Barbares dans l'empire romain, les révolu ions uumbrcuscs et, violentes qu'ils excitèrent dans tous les royaumes qu'ils formèrent, et les vices essentiels qui se trouvaient dans la forme de gouvernement qu'ils ont introduite, étaient autant de causes qui , eu banissaut le loisir et la sécurité, avaient suspendu la naissance du goût et la culture des lettres, et qui, pendant plusieurs siècles, avaient tenu l'Luropc dans l'état d'ignorance dont un a déjà vu la peinture ; mais les événemens et les institutions diverses dont j'ai tracé l'histoire ont produit successivement dans la société les changemens les plus essentiels. Dès qu'on eut commencé à éprouver les bons effets de la révolution qui rendit à une grande partie de la nation la liberté et l'indépendance ; dès que tous les membres de la société eurent commencé à sentir le prix des avantages qui résultaient du commerce, de l'ordre public, de la sûreté personnelle , alors l'esprit humain commrnça à sentir ses forces et prit un nouvel essor; les hommes se livrèrent à des occupations et à des recherches dont auparavant ils n'avaient pas même l'idée. C'est vers la fin du onzième siècle qu'ou observe ce premier réveil des esprits, qui, sortant de la profonde léthargie où ils avaient été si longtemps plongés , portèrent leur attention et leur curiosité sur des objets nouveaux.

Cependant les premiers efforts des peuples de l'Europe vers les objets df littérature et de philosophie furent très mal dirigés. Il en est des nations comme des individus: les facultés de l'imagination ont déjà acquis de la vigueur avant que celles de l’esprit se soient exercées sur les matières abstraites et spéculatives. Les hommes sont poètes avant que d'èlre philoso-

phes. Ils sentent vivement et savent peindre avec force, lors même qu'ils n'ont fait encore que peu de progrès dans le raisonnement. Ije siècle d'IIomèrc et d'Hésiode précéda de beaucoup celui de Thaïes et de Socrate; mais, malheureusement pour la littérature, nos ancêtres, s'écartant de celte marche des esprits, indiquée par la nature même , se jetèrent dans les profondeurs de la métaphysique et des études les plus abstraites. A peine étaient-ils établis dans les pays qu'ils avaient conquis, qu'ils furent convertis à la religion chrétienne ; mais ils ne la reçurent pas avec toute sa pureté. Des hommes présomptueux avaient mêlé à la doctrine instructive et simple du christianisme les subtilités d'une vaine philosophie, qui osait entreprendre de pénétrer des mystères et de décider des questions inaccessibles aux facultés trop bornées de l'esprit humain. Ces téméraires spéculations s'étaient incorporées avec le système même de la religion , et eu avaient été enfin regardées comme la partie la plus essentielle. Dès que la curiosité cul porté les hommes à réfléchir et à raisonner, ces objets durent être les premiers qui îe présentèrent à eux et attirèrent leur attention, la théologie scolastique, avec son cortège immense de discussions hardies et de distinctions subtiles sur des (xoints qui ne sont pas à la portée de la raison humaine , fut la première production de l'esprit philosophique, lorsqu'il reprit quelque activité en Europe.

Celte circonstance ne fut pas la seule qui servit à donner une fausse direction aux esprits, lorsqu'ils recommencèrent à s’exercer sur des objets qu'ils avaient négligés si long-temps. La plupart de ceux qui concoururent à la renaissance des lettres, dausle douzième et le treizième siècle, avaient reçu leurs connaissances et leurs principes dephilosophieoudesGrecsdansreinpired'Orient ou des Arabes eu Espagne et en Afrique; mais ces deux peuples avaient corrumpu , par un excès de raffinement, les sciences qu'ils avaient cultivées. Les Grecs avaient fait de la lliéologie un système de futilités spéculatives et de controverse interminable; les Arabes avaient dégradé la philosophie par les vaines subtilités dunl ils renveluppéreut : de semblables guides n'étaient propres qu a égarer. Ceux qui les premiers étudièrent la philosophie errèrent sans but dans un labyrinthe de recherches embarras*

sées;au lieu d'abandonner leur imagination à son essor naturel et de l'appliquer à des ouvrages d'invention qui auraient épuré leur goût et étendu leurs idées ; au lieu de cultiver les beauxarts qui embellissent la vie et en adoucissent les peines, ils se laissèrent enchaîner par l'autorité et égarer par l’exemple ; ils épuisèrent la force et l'ardeur de leur génie dans des spéculations aussi frivoles que pénibles.

Mais ces spéculations, quoiqu'inutiies et mal dirigées, excitaient les esprits par leur nouveauté, elles intéressaient par leur hardiesse. I.'ardcur avec laquelle les hommes se livrèrent à des études si peu attrayantes est extraordinaire. Jamais dans les siècles les plus éclairés on ne cultiva avec plus de zèle la bonne philosophie. On ouvrit dans toutes les cathédrales, et presque dans tous les monastères un peu considérables, des écoles sur le modèle de celles qu'avait établies Charlemagne. On fonda des collèges et des universités, qui formèrent des communautés ou corporations, avec le droit de se gouverner par leurs propres lois, et d'exercer sur leurs membres une juridiction particulière et fort étendue. On accorda aux maîtres et aux étudians des privilèges importans; et, pour récompenser les uns et les autres , on inventa des titres et des distinctions académiques de toute espèce. Ce n'était pas dans les écoles seules que la supériorité de connaissances conduisait aux honneurs et à l’autorité; la science devint un objet respectable dans la société, et un moyen de fortune et d’avancement ; tous ces avantages réunis attirèrent dans lesuniversités et dans les collèges une foule incroyable d'éludiaus. On s'empressa d’entrer dans une carrière nouvelle, qui conduisait A la gloire et aux distinctions.

Quelque ardeur et quelque activité qu'on remarque dans ces premiers efforts de l'esprit humain , il n'eu résulta pas cependant d’aussi grands avantages qu'on avait lieu de l'attendre; une circonstance particulière en arrêta les effets ; toutes les langues d'Europe, pendant le siècle dont nous parlons, étaient harltarcs, dénuées d’élégance , de force et même de clarté ; et l'on n'avait fait jusqu'alors aucune tentative pour les perfectionner ou les poiir. L'Église avait consasacré à la religion la langue latine; et la coutume, dont l'autorité n’était guère moins respectée que la religion, avait approprié cette

même langue A la littérature. Toutes les sciences qu'on cultivait dans le douzième et le treizième siècle n’étaient enseignées qu'en latin. Tous les livres où l’on en traitait étaient écrits dans le même idiome. On aurait cru dégrader un sujet important si ou l'eût traité dans la langue vulgaire; ce préjugé resserrait les connaissances dans un cercle fort étroit. Il n’y avait que 1er savans qui pussent être admis dans le templ de la philosophie; les portes eu étaient fermée; au commun des hommes, forcés de rester ensevelis dans leur première ignorance.

Quoique cet obstacle, en bornant l’influence des lumières, eût empêché qu’elles ne se répandissent dans la société , cependant les progrès des connaissances doivent être comptés parmi les causes principales qui introduisirent un changement de moeurs chez les peuples d’Europe. Cette ardeur de recherche que j'ai décrite , quoique dirigée par un faux principe , mit en mouvement et excita l’industrie et l’activité des esprits; elle apprit aux hommes à faire de leurs facultés un usage qu'ils trouvèrent aussi agréable qu'intéressant. Elle les accoutuma à desexercices et à des occupations propres à adoucir leurs mo'urs et A leur donner le goût des vertus aimables qui distinguent les nations chez qui les sciences sont cultivées avec succès (28).

Le commerce, qui faisait chaque jour des progrès sensibles, concourut aussi à polir les mœurs des peuples d’Europe et A y introduire une saine jurisprudence, une police régulière et des principes d'humanité. Dans la naissance et l’état primitif de la société, les besoins des hommes sont en si petit nombre , et leurs désirs si limités, qu'ils se contentent aisément des productions naturelles de leur climat et de leur sol , et de ce qu'ils peuvent y ajouter par leur simple et grossière industrie. Ils n'ont rien de superflu A donner, rien de nécessaire A demander. Chaque petite communauté subsiste du fondsquilui appartient ; et, satisfailcdecequ'clle possède , ou elle ne connaît point les états qui l’environnent, outelle est en querelle avec eux. Il faut , pour qu’il s'établisse une libre communication entre des peuples différens, que la société et les mœurs aient acquis un certain degré de perfection , et qu'il y ait déjA des règlemens pour affermir l'ordre public et la sûreté personnelle. Nous voyous aussi que le premier

Di<

I INTRODUCTION

effet de l'établissement des Barbares dans l'empire fut de diviser les nations que la puissance romaine avait unies. L’Europe fut morcelée en plusieurs états distincts, et, pendant plusieurs siècles , toute communication entre ces étals divisés fut presque entièrement interrompue, des pirates couvraient les mers et rendaient la navigation dangereuse; et en arrivant dans des ports étrangers il y avait peu desecoursct même de sûreté à attendre de la part de ces peuples féroces. Les habitans des parties éloignées du même royaume ne pouvaient même que difficilement avoir quelque communication entre eux. Un voyage un peu long était une expédition périlleuse, dans laquelle on avait à craindre et la violence des bandits qui infestaient les chemins, elles exactions insolentes des nobles, presque aussi redoutables que les brigands. Ainsi la plupart des habitans de l'Europe, enchaînés par toutes ces circonstances réunies au lieu où le sort les avait fixés, ignoraient jusqu'aux noms, à la situation, audimat et aux productions des pays éloignésd’eux.

Differentes causes se réunirent pour ranimer l'esprit de commerce et pour rouvrir en partie la communication entre les nations diverses. Les Italiens , par leurs relations avec Coaslantinople et les autres villes de l'empire grec, avaient conservé quelque goût pour les arts et pour les précieuses productions de l'Orient; ils en communiquèrent la connaissance à d’antres peuples voisins de l'Italie. Cependant il ne se faisait encore qu’un commerce médiocre, qui n'établissait entre les différens états que des liaisons très bornées. Les croisades, en conduisant en Asie des armées nombreuses tirées de toutes les parties de l'Europe . ouvrirent entre l'Orient et l’Occident une communication plus étendue, qui subsista pendant plusieurs siècles ; et quoique les conquêtes et non le commerce fussent l’objet de ces expéditions; quoique l’issue en eût été aussi malheureuse que le motif en avait été bizarre et déraisonnable , il en résulta cejtendant , comme on l’a déjà vu , des effets très heureux et très durables pour les progrès du commerce. Tant quedura la manie descroisades, les grandes villes d’Italie et des autres pays de l'Europe acquirent la liberté , et avec elle des privilèges qui les rendirent autant de communautés indépendantes et respectables. Ainsi l'on

vit se former dans chaque royaume un nouvel ; ordre de citoyens, qui se vouèrent au commerce et s'ouvrirent par là une route aux honneurs et à la richesse.

Peu de temps après la fin de la guerre sainte on découvrit la boussole, qui , en rendant la navigation plus assurée et en même temps plus audacieuse, facilita la communication entre les nations éloignées, et les rapprocha pour ainsi dire l’une de l'autre.

Pendant la même période de temps, les états d’Italie établirent un commerce régulier avec l'Orient par les ports d’Égypte, et en tirèrent toutes les riches productions des Indes. Ils introduisirent en même temps dans leur territoire des manufactures de différentes espèces, qu’ils encouragèrent et soutinrent avec beaucoup de vigueur et de soin. Ils inventèrent de nouvelles branches d'industrie, et transplantèrent de l’Orient différentes productions naturelles, nées sous des climats plus chauds , et qui fournissent encore aujourd'hui les matériaux d’un commerce étendu et lucratif. Les Italiens tirèrent de grands avantages du débit de ces marchandises, qu’ils importaient d’Asie, ou qui étaient le fruit de leur propre industrie ; ils les vendirent aux autres peuples d'Europe qui commençaient à acquérir des goûts de luxe et d'agrément, inconnus ou méprisés de leurs ancêtres.

Pendant le douzième et le treizième siècle, le commerce d’Europe fut presque entièrement entre les mains des Italiens, plus connus alors sous le nom de Lombards. On vit dans les différons états s’établir des compagnies ou sociétés de négocians lombards qui se mirent sous la protection immédiate de gouvernemens divers. Elles obtinrent des privilèges et des immunités considérables, et l'on suspendit à leur égard l’exécution des anciennes lois barbares contre les étrangers. Ces négocians devinrent bientôt les voituriers, les manufacturiers et les banquiers de tout le continent.

Tandis que les Italiens, au midi de l’Europe, étendaient et perfectionnaient le commerce avec tant d’activité et de succès, le même esprit d’industrie agitait le nord vers le milieu du treizième siècle. Iz's pays voisins delà mer Baltique étaient alors habités par des peuples féroces qui infestaient cette mer de pirates; les villes de Hambourg et de Lubeck ayant commencé à commercer

avec ces peuples furent obligées de former entre elles une ligue défensive pour repousser Je* brigands. Elles retirèrent tant d’avantages de cette union , que d’autres villes s'empressèrent d’entrer dans la confédération , et bientôt quatre-vingts des cités les plus considérables , dispersées dans ces vastes contrées qui s’étendent du fond de la mer Baltique jusqu'à Cologne sur le Rhin , se réunirent pour former cette fameuse ligue anséatique devenue dans la suite si formidable, qu’on a vu les plus grands monarques rechercher son alliance et redouter son inimitié.

Les membres de cette association puissante formèrent le premier plan systématique de commerce qui ait été connu dans le moyen-âge , et le continuèrent en suivant des lois communes faites dans leurs assemblées générales. Ils fournirent au reste de l'Europe des provisions de marine, rt choisirent différentes villes, dont la plus considérable était Bruges en Flandre, pour y établir des magasins où leur négoce se faisait avec beaucoup d’exactitude et de régularité. C'était U que les Lombards apportaient les denrées de Tlude avec les produits des manufactures d'Italie, qu'ils échangeaient coutrc les marchandises plus volumineuses mais non moins utiles , qui venaient du nord. Les négocians anséatiques portaient ensuite dans les ports de la mer Baltique lescargaisons qu'ils recevaient des I/imbards , ou bien ils les transportaient en remontant les grandes rivières jusque dans l’intérieur de l'Allemagne.

Cette communication régulière, qui s’était ouverte entre les peuples du nord et du sud de l’Europe, leur apprit à connaître leurs besoins réciproques; ia consommation extraordinaire qui se fit bientôt de marchandises de toute espèce excita l’émulation des babitans des Pays-Bas; ils s'appliquèrent avec plus de vigueur à perfectionner et à étendre les deux grandes manufactures de laine et de coton pour lesquelles ce pays était déjà renommé dès le siècle de Charlemagne. Comme Bruges devint le centre de communication entre les négocians Lombards et ceux des villes anséatiques , les Flamands commerçaient dans cette ville avec les uns et les autres; l’étendue et le progrès de ce commerce firent naître parmi ce peuple une habitude générale d’industrie , qui fit pendant long-temps de la

Flandre et des provinces adjacentes le pays le plus riche , le plus peuplé et le mieux cultivé de l’Europe.

Edouard 111, roi d’Angleterre, frappé de l'état florissant de. ces provinces, n'eut pas de peine à en démélcr la véritable cause. Il s'occupa des moyens d'encourager l'industrie parmi ses sqjels, lesquels, méconnaissant alorslesavantages de leur situation et ignorant la source d'où la richesse devait un jour se répaodre dans leur Ile, négligeaient entièrement le commerce, et n'essayaient pas même d'imiter lesmauufaclures dont iis fournissaient les matériaux aux étrangers. Edouard engagea des ouvriers flamands à venir s’établir dans son royaume , et il fit plusieurs bonnes lois pour l'encouragement et le règlement du commerce ; ce fut à ses soins que l’Angleterre dut l'établissement de ses manufactures de laine : ce prince tourna le génie actif et entreprenant de son peuple vers la culture de ces arts qui ont élevé les Anglais au premier rang parmi les nations commerçantes.

Les progrès du commerce et la communication qui s’établit cuire 1rs différons peuples paraîtront peu considérables si ou les compare à la rapidité et à l'étendue de ceux qui sr sont faits depuis deux siècles ; mais on les trouvera prodigieux si l'on fait attention à l'étal de l'Europe avant le douzième siècle. Ce changement ne pouvait manquer de produire de grands effets. Le commerce tend à affaiblir les préjugés qui entretiennent la séparation et l'animosité réciproque des nations ; il adoucit et polit les mœurs des hcnmics, qu'il unit par un des liens les plus forts de l'humanité . celui de satisfaire leurs besoins mutuels; il les dispose à ia paix, en formant dans chaque état un ordre de citoyens, personnellement intéressés au maintien de la tranquillité générale. Dès que l'esprit de commerce commence à acquérir de la vigueur et de l'ascendant dans un état, on voit aussitôt un nouveau génie animer son gouvernement , cl y diriger les alliances, les guerres, les négociations. On en trouve les preuve» les moins équivoques dans l'histoire des états d'Italie , de la ligue anséatique et des villes des Pays-Bas, pendant le période dont nous parlons. A mesure que lecommerce pénétra chez les différons peuples de l'Europe , on les vit successivement tourner leur attention vers les objets qui occupent toutes les

INTRODUCTION

sociétés policées, et adopter les mœurs qui forment le caractère des nations ,29).

Page 1