‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 7 sur 73 · SECTION · texte numérisé non relu

SECTION

Progrè* de la lociété relativement à l’erercic* de ta force nationale , necessaire dans les opérations du deiiors.

Nous avons observé les événemens et les institutions dont l'influence puissante a contribué à introduire par degrés un gouvernement plus régulier et des mœurs plus douces dans les différentes nations de l'Europe. Lorsqu'après avoir étudié l'état de la société et les mœurs des individus au commencement du quinzième siècle , on remonte plus haut (tour examiuer la condition des peuples d'Europe, au temps où les Barbares qui détruisirent l'empire romain s'établirent dans les pays qu’ils venaient de conquérir, on ne peut s'empêche rd admirer les progrès immenses que les hommes avaient déjà faits vers la perfection de la jiolice et de la sociabilité.

Cependant le gouvernement était encore loin d'èlre parvenu à cet état de solidité qui met de vastes monarchies en état d’exercer et de réunir tous leurs moyens, et de poursuivre de grandes entreprises avec constance et avec succès. Il est facile à de petites tribus d'agir de concert et avec toute la force dont elles sont capables; elles ne sont animées dans leurs entreprises que par l’impression des objets préseus , et jamais par cette prévoyance de l'avenir, ou par ces spéculations réfléchies qui affectent et intéressent les hommes dans les sociétés policées. Les insultes d'un ennemi allument le ressentiment de tonte la tribu; le succès d'une nation rivale excite l'émulation ; ces sentimens se communiquent et passent dans toutes les âmes ; tous les membres de la communauté s'unissent avec une égale ardeur , et courent au champ de bataille, ou pour satisfaire leur vengeance, ou pour se distinguer. Mais dans les pays fort étendus , tels qu'étaient les grands royaumes d'Europe au commencement du quinzième siècle, les membres de l'état sont trop éloignés les uns des autres pour avoir beaucoup de communication entre eux , et l'on ne peut former une grande entreprise sans un concert général et de longs préparatifs; aussi rien ne peut exciter et réunir leurs forces, que l'autorité absolue d’un despote ou t'influence puissante

d’un gouvernement régulier. Les vastes empires de l'Orient nous offrent des exemples du premier ; les ordres sacrés du souverain s'étendent jusqu'aux provinces les plus éloignées de ses domaines , et tous ceux de ses sujets qu'il lui plait de convoquer sont forcés de suivre ses étendards, las royaumes d’Europe , tels qu'ils sont aujourd'hui , fournissent des exemples du dernier. Le prince , en dirigeant avec moins de violence, mais avec autant d’efficacité, l'action des lois et d'une administration bien réglée, peut facilement réunir toutes les forces de son état, et les employer dans des entreprises qui demandent de la vigueur et de la persévérance.

Mais, au commencement du quinzième siècle, la constitution politique de tous les royaumes de l'Europe était bien éloignée de ces deux es- 1 pèces de gouvernement. Quoique les différens monarques eussent un peu reculé les bornes de' leurs prérogatives par quelques heureuses usur-l palioas sur les immunités et les privilèges de la noblesse , cependant leur autorité était encore très limitée, les lois et l’administration intérieure des royaumes, quoique perfectionnées par les événemens et les institution» que j’ai déjà exposés, étaient encore dans on état sensible de faiblesse et d’imperfection. Partout le corps nombreux de la noblesse, toujours formidable, malgré les expédions divers qu'on avait employés pour l’affaiblir , observait tous les mouvemeus des souverains avec une jalousie inquiète, qui arrêtait leur ambition , et prévenait les projets qu’ils pouvaient former pour étendre leur autorité, ou eu traversait l’exécution.

las revenus ordinaires des princes étaient trop modiques pour suffire aux frais d'une entreprise importante; ils étaient forcés, pour se procurer des subsides extraordinaires, d'avoir recours à la bonne volonté des peuples , qui leur en accordaient souvent avec répugnance, et toujours avec économie.

Avec des revenus si bornés, les souverains ne pouvaient mettre en campagne que des armées peu propres à nn service long et pénible. Au lieu de soldats formés, par une discipline régulière , à la subordination et à l'art de la guerre, ils n'avaient d'autres troupes que celtes que des vassaux devaient Ifur fournir suivant les conditions de la tenure militaire. Ces combattais n’étaient obligés de rester en campagne

HISTOIRE DE Cil ARLES-QUINT.

que pendant un temps fort court , et l'on ne pouvait pas les fbreer de marcher loin de leur résidence ordinaire : plus attachés A leurs seigneurs particuliers qu'au monarque qu'ils servaient, ils étaient souvent plus disposés A contrarier ses vues qu'A les seconder; et quand même ils auraient été plus soumis A l'autorité du prince, ils n'auraient encore été que des instrumens peu propres A l'exécution d'une grande et difficile expédition. Ij force d’une armée, destinée pour la conquête ou [tour la défense, consiste dans l'infanterie. Ce fut A la fermeté et A la discipline des légions, composées principalement d'infanterie, que les Romains, pendant le temps de la république, durent toutes leurs victoires. Lorsque, sous les empereurs , ces peuples, oubliant les maximes qui avaient conduit leurs ancêtres A la domination universelle , changèrent entièrement leur système militaire, et mirent leur principale confiance dans une nombreuse cavalerie, ils ne purent résister A l'impétuosité sans discipline des nations barbares qui combattaient presque toujours A pied. Ces nations ne profitèrent pas de la faute qui avait été si fatale aux Romains; peu de temps après leur établissement dans les pays qu’elles avaient conquis , elles abandonnèrent les usages de leurs ancêtres , et convertirent en cavalerie toute la force de leurs années. Ce changement fut occasioné chez les Romains par la mollesse des soldats , qui n'étaient plus en état de supporter les fatigues du service que soutenaient sans effort leurs pères plus robustes et plus vertueux. R parait que , chez les peuples qui ont fondé les nouvelles monarchies entre lesquelles l'Europe s’est trouvée partagée, la même innovation dans la constitution militaire cul sa source dans l’orgueil des nobles, qui , craignant de se trouver confondus avec des hommes d’un ordre inférieur, voulurent en être distingués A la guerre comme en temps de paix. Ce qui donna encore plus de considération A la cavalerie, ce fut l'institution de la chevalerie et la fréquence des tournois, où les chevaliers armés de pied en cap entraient dans la lice, montés sur des chevaux magnifiquement équipés, et sc signalaient A l'envi par leur valeur, leur force et leur adresse. Le goût pour ce genre de service devint si général que, dans le treizième et le quatorzième siècle . les armées européennes

étaient presque entièrement composées de cavalerie. lln gentilhomme n'aurait pas voulu paraître au camp sans avoir un cheval, et il aurait cru déroger Asa qualité s'il avait combattu A pied. I,i cavalerie était, par une distinction particulière . appelée la bataille , cl c'était d'elle seule que dépendait le sort de toutes les actions. On ne comptait [tour rien l'infanterie, qui n'était qu'un ramas de populace mal armée et plus mal disciplinée encore.

La réunion de ces circonstances, ne permettant pas aux étals différons de mettre dans leurs opérations militaires de la vigueur et de la suite, empêcha long-temps les souverains d'Europe de veiller avec attention sur les démarches et les desseins des princes voisins, et de chercher A former un système régulier de sûreté générale. Ils ne pouvaient ni s'unir par des confédérations, ni agir de concert [tour établir une balance de pouvoir entre les états divers, et empêcher que les uns ne prissent un degré de supériorité alarmant pour la liberté et l'indépendance des autres. Il parait que les nations d’Europe se sont regardées pendant plusieurs siècles comme des sociétés séparées, A peine liées ensemble par quelque intérêt commun , et fort indifférentes sur les affaires et les opérations les unes des autres. Les princes n’avaient |>as entre eux un commerce étendu et régulier qui leur donnât une occasion d'observer et de pénétrer leurs vues et leurs projets réciproques, lis n'avaient point d'ambassadeurs qui , en résidaut constamment dans chaque cour, fussent A portée d'épier tous ses mouvemrns et d'en donner surle-champ avis A leurs maîtres. L'espérance de quelques avantages éloignés , ou la crainte de quelques dangers incertains ou possibles , n'étaient pas des motifs suffisans pour faire prendre les armes A une nation. 11 n'y avait que celles qui se trouvaient exposées A un danger im minent, ou A des insultes inévitables , qui se crussent intéressées A intervenir dans une querelle, ou A prendre des précautions pour leur propre sûreté.

Quiconque veut écrire l'histoire de quelqu'un des grands états de l’Europe pendant les deux derniers siècles, est obligé d'écrire l'histoire de l'Europe entière. Depuis cette époque, les dif— férens royaumes n'ont formé qu'un seul et vaste système si étroitement uni que chacun d"eu-

INTRODUCTION

trerux ayant un rang déterminé, les opérations de l'un se font sentir à tous les autres assez puissamment pour influer sur leurs conseils et diriger leurs démarches. Mais, avant le quinziéme siècle, les affaires et les intérêts des différens pays se mêlaient rarement , excepté lorsque le voisinage de territoire rendait les occasions de querelles fréquentes et inévitables, ou lorsque les jalousies nationales fomentaient et envenimaient l’esprit de discorde et de (pierre. 11 arrivait dans chaque royaume des événemens importans, et des révolutions que les autres puissances regardaient avec l’indifférence de spectateurs désintéressés, qui ne craignent pas que les suites de ces événemens s’étendent jamais jusqu'à eux.

Les querelles sanglantes qui s'élevèrent entre la France et l'Angleterre semblaient tendre à réunir ces deux grands royaumes sous la domination d'un même prince : malgré ce qu’une pareille réunion avait d'alarmant pour les autres puissances de l’Europe, on ne les vit prendre , pour détourner ce coup funeste , aucune mesure qu’on pût regarder comme le résultat d’une politique sage et réfléchie. Les ducs de Bourgogne et de Bretagne s'engagèrent , il est vrai , dans ces querelles; mais leur situation ne leur permettait pas de rester neutres, et ils prirent bien plus souvent le parti que leur suggéraient leurs propres passions , que celui que leur aurait dicté un juste discernement du danger qui menaçait la tranquillité de l'Europe et leur propre sûreté. Les autres souverains, paraissant s'inquiéter peu des succès et des revers réciproques des parties belligérantes, restèrent spectateurs de ces guerres, ou ne s’v intéressèrent que par des négociations faibles et sans succès.

Malgré les troubles perpétuels où les différens royaumes d'Espagne furent plongés pendant plusieurs siècles: malgré les circonstances successives qui préparaient visiblement la réunion de ces royaumes séparés en une seule et grande monarchie, les autres souverains de l’Europe ne parurent pas donner la moindre attention à une révolution si importante. Ils virent tranquillement s'élever et se fortifier par degrés une puissance qui devint bientôt formidable à tous ses voisins.

Au milieu des violentes convulsions qu’excitèrent dans l’empire l’esprit de domination de

la cour romaine, et l’ambition turbulente des nobles d’Allemagne , ni l'autorité des papes soutenue par les artifices et les intrigues, ni les sollicitations des empereurs , ne purent déterminer aucun des monarques poissons qui régnaient alors en Europe à entrer dans ces querelles ni à profiter de plusieurs occasions favorables pour interposer leur médiation avec succès et avec avantage pour eux-mêmes.

Cette inaction extraordinaire des princes dans des occasions si intéressantes ne peut pas être imputée à un défaut de lumières et de discernement pour prévoir les conséquences politiques des événemens. La faculté déjuger avec sagacité et d’agir avec vigueur appartient aux hommes de tous les siècles. Les souverains qui gouver naient les différens royaumes de l'Europe, pendant le temps dont nous parlons , n'étaient ni assez aveugles ni assez stupides pour méconnaître leur intérêt particulier, pour négliger la sûreté publique ou pour ignorer les moyens de maintenir l'un et l'autre. S’ils n'adoptèrent pas ce système salutaire, qui apprend aux politiques modernes à prévenir un danger éloigné et à s’opposer aux premières usurpations de toute puissance redoutable, et qui rend chaque état en quelque sorte le gardien des droits et de l’indépendance de tous ses voisins, il ne faut en attribuer la cause qu’aux imperfections et aux abus qui subsistaient dans le gouvernement civil de chaque état; ces abus ne laissaient pas aux princes les moyens de conformer leurs démarches aux vues et aux principes que la situation des affaires et leurs propres observations leur auraient suggérés.

Mais , dans le cours du quinzième siècle , plusieurs événemens successifs concoururent à mettre les princes en état de disposer avec une autorité plus absolue des forces de leurs domaines respectifs, à former des entreprises plus grandes et plus vigoureuses. Ce changement établit des liaisons plus fréquentes et en même temps plus intimes entre les affaires des différens royaumes, qui s'accoutumèrent par degrés à se liguer pour agir de concert , et furent conduits insensiblement à former un système politique pour affermir et maintenir la balance de pouvoir la plus propre à établir la sûreté générale.

Ce fut sous le règne de Charles Y que ion

commença A bien sentir le* principes qui servent de base à ce système, et les maximes d’après lesquelles il s'est constamment soutenu depuis cette époque ont été dès lors universellement adoptées. I * 'examen des causes et des évéuemens qui ont contribué a établir ce plan de politique, le plus vaste et le plus salutaire de tous ceux qui ont jamais influé sur la conduite des choses humaines, est donc non-seulement une introduction nécessaire A l'ouvrage que j'écris, mais encore un objet essentiel dans l’histoire de l’Europe.

Le premier événement qui produisit quelque changement considérable dans la situation des affaires de l’Europe fut celui qui réunit A la couronne de France les domaines étendus que l’Angleterre possédait sur le continent. Tant que les Anglais furent maîtres de plusieurs des plus fertiles et des plus riches provinces de France, et tinrent engagés sous leurs drapeaux une grande partie des plus braves habitans de ce royaume , ils se regardèrent plutôt comme les rivaux que comme les vassaux du souverain de qui ils relevaient, las rois de France , arrêtés danslcurs projets , et traversés dans toutes leurs opérations par un ennemi aussi jaloux que redoutable , n’osaient se hasarder A former aucune entreprise importante ou difficile. Ils trouvaient les Anglais toujours prêts A s’v opposer. Ce peuple leur disputait jusqu'A leur droit A la couronne; et comme il lui était facile de pénétrer dans le e<rur de la France, il pouvait armer contre ces souverains les mêmes mains qui auraient dû être employées A les défrndre. la timidité dans les conseils et la faiblesse dans les opérations étaient la suite nécessaire de cette situation. La France, démembrée et contrainte par une puissance rivale , ne put pas prendre le rang qu’elle devait naturellement avoir dans le système de l’Europe ; mais heureusement pour ce royaume, et peut-être aussi pour l’Angleterre elle-même, la mort de Henri V sauva les Français du malheur de voir un prince étranger placé sur leur trône. La faiblesse d’une longue minorité, les dissensions qui s'élevèrent A la cour d’Angleterre, le défaut de fermeté et d'accord qui en fut la suite, tout cela fournit aux Français une occasion favorable de recouvrer ce qu’ils avaient perdti. Les nobles de France, dont la valeur naturelle fut encore exallée jus-

qu'A l’enthousiasme par l’intervention prétendue du ciel en faveur de leur cause , se mirent en campagne sous des chefs expérimentés; un sage monarque dirigea avec prudence les opérations du conseil , et il profita de cette conjoncture favorable avec tant d'habilelé et de succès, que non-seulement les Anglais perdirent leurs nouvelles conquêtes , mais qu’ils furent encore dépouillés de leurs antiennes possessions et se trouvèrent bientôt resserrés dans les bornes étroites de Calais et de son petit territoire.

Les rois de France, dont la puissance se trouvait considérablement augmentée par la réunion de ces provinces A leurs domaines, commencèrent A former des plans plus hardis, tant pour l’amélioration de la police intérieure que pour les entreprises du dehors. Flientôt ils se rendirent redoutables à leurs voisins, qui virent la nécessité de fixer toute leur attention sur les mouvemens d'une puissance dont les démarches intéressaient de si près leur sûreté, la France dès lors, profitant des avantages uaturrls qu'elle doit A la situation et A la contiguïté de tous ses domaines, aussi bien qu’au nombre et A la valeur de ses habitans, prit une nouvelle influence en Europe ; elle fut la première puissance dont la force excita la jalousie et les alarmes des états qui l'environnaient.

la réunion des provinces reconquises sur les Anglais ne fut cependant pas la seule cause de l'augmentation de la puissance française. Cette réunion fut suivie d'une circonstance qui , quoique moins Importante et moins marquée, ne contribua pas peu A donner plus de vigueur et d'audace aux opérations de cette monarchie. Pendant les querelles opiniâtres qui régnèrent si long-temps entre l'Angleterre et la France, on sentit vivement tous les défauts que le système féodal avait introduits dans la constitution militaire. Une guerre de longue durée ne pouvait se soutenir qu’avec langueur, lorsqu’on la faisait avec des troupes autorisées et accoutumées A ne rester en campagne que pendant quelques semaines. Des troupes principalement composées d’une cavalerie pesamment armée n’étaient guère propres ni pour la défense ni pour l’at-î laque des villes et des chAleaux qu'il fallait t garder ou réduire. Afin de se procurer des ferres effectives et permanentes, telles que l’exigeait la longueur des guerres, les rois de

KNTROD

France furent obligés de prendre â leur solde des corps nombreux de mercenaires, qu'ils levaient en partie dans leurs propres états, en I partie dans les pays étrangers. Mais comme dans un gouvernement féodal on ne donnait pas au souverain des fonds suffisans pour subvenir à cette dépense extraordinaire , ces aventuriers étaient licenciés â la fin de chaque campagne ou âl'approche d’un accommodement; et peu accoutumés à observer la moindre discipline, souvent ils tournaient leurs armes contre le même pays pour la défense duquel ils avaient été payés, et le ravageaient avec autant de fureur que l'auraient pu faire ses ennemis mêmes.

Un corps de troupes subsistant et régulièrement exercé à la discipline militaire aurait suppléé à ce qui manquait dans la constitution féodale , et aurait donné aux princes les moyens d’exécuter des entreprises jusqu’alors au-dessus de leurs forces. Mais cet établissement était si opposé à l'esprit féodal , et si incompatible avec les privilèges et les prétentions de la noblesse, que pendant plusieurs siècles il ne se trouva aucun monarque assez puissant ou assrz hardi pour entreprendre une semblable innovation. Enfin Charles VII, profitant de la réputation que lui avaient acquise ses succès contre les Anglais, et tirant avantage des impressions de terreur que ces ennemis redoutables avaient laissées dans l’âme de ses sujets , exécuta ce que ses prédécesseurs n’avaient pas même osé tenter. Sous prétexte d'avoir toujours sur pied des forces suffisantes pour défendre le royaume contre une invasion subite des Anglais, ce prince, en licenciant ses autres troupes, conserva un corps de neuf mille hommes de cavalerie et de seize mille d’infanterie. Il assigna des fonds pour la solde de ces troupes; il les distribua i son gré dans les différentes places de son royaume, et nomma des officiers pour les commander et les discipliner. Les plus distingués des nobles s' empressèrent d'entrer dans ce service, où ils s'accoutumèrent à dépendre de leur souverain , i exécuter ses ordres et à le regarder comme le juge de leur mérite et la source des grâces. La milice féodale, composée de vassaux que les nobles sommaient de suivre leur bannière , ne pouvait être comparable à un corps de soldats constamment exercés â la guerre; elle |ierdit insensiblement sa réputation

Page 1