‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 60 sur 73 · SL' U L’ 1 N D E · texte numérisé non relu

SL' U L’ 1 N D E

a pour Scringham, vient de la croyance qu'elle renferme la vraie image du dieu Wishnou, qui avait coutume d'itre adoré par le dieu Brama. Ia.'s pèlerins arrivent ici de toutes les parties de la péninsule pour obtenir l'absolution, et aucun ne vient sans offrir de l’argent. Une grande partie du revenu de l'ile est assignée à l’entretien des bramines qui habitent la pagode. Ceux-ci avec leur famille ne formaient pas moins de cinquante mille âmes, entretenues, sans travail, par la libéralité de la superstition. Ici, comme dans toutes les autres pagodes de l'Inde , les bramines vivent dans une subordination qui ne connaît point de résistance, et dorment dans une volupté qui ne connaît pas les besoins

Les autres espèces d'édifices publics dont j'ai fait mention ont été construits pour la défense du pays. Des immenses plaines de lindostan s'élèvent eu différens endroits des éminences et des rochers formés par la nature pour être des places fortes. Les naturels s'en emparèrent d’abord , et en les fortifiant par des ouvrages de différentes espèces, les rendirent des postes presque imprenables.

Il semble qu’il y a eu anciennement dans l'Inde un période de trouble générai et de danger pendant lequel ces retraites étaient censées essentiellement nécessaires à la sûreté publique ; car parmi les devoirs des magistrats prescrits par les pundits, en voici un : «qu'il sera élevé un fort considérable dans la place où le magistrat choisit sa résidence; qu'on bâtira un mur sur les quatre allés avec des tours , des créneaux , et que l’on fera autour un fossé profond s. » Plusieurs de ces forteresses subsistent ; et par leur construction ainsi que par la tradition, on juge qu'elles doivent avoir été bâties dans des temps très éloignés. M. Ilodges en a publié trois plans , l'un de Chunar Gur, situé sur le fleuve du Gange, environ six millesau-dessus de Bénarès3; le second de Gwallior, près de huit milles au sud d'Agra4; le troisième de Bidjegur, dans le territoire de Bénarès s. Ces forteresses sont toutes, particulièrement Gwallior , desouvrages d'une étendue et d'une force considérables. Dans le Bengale cependant , elles ne sont pas comparables à plusieurs qu'on voit dans le Deccan. As-

1 Orme, N ut- des Irons, mitit. de l'/nd.,r. I,p. 178.

' /idroduction au Code des lois indiennes, p. 111.

• IV s. - * N° n. - 1 N- ni.

seergur, Burhampour et Dowlatabad sont regardées par les naturels comme imprenables 1 ; et un bon connaisseur m'a assuré qu'Assecrgur est certainement un ouvrage très étonnant , et dans une position si avantageuse, qu'il serait difficile de le réduire par la force.

Ce n'est pas seulement d’après l’examen de leurs travaux publics, que nous sommes autorisés à attester les anciens progrès des Indiens dans les arts utiles et agréables; nous sommes conduits à tirer la même conclusion â la vue des productions de leur industrie, qui étaient les principaux articles de leur commerce avec les nations étrangères. Parmi ces productions , les ouvrages indiens au métier et à l'aiguille ont été les plus renommés dans tous les âges, et il y a lieu de conjecturer avec quelque probabilité que la belle toile a été appelée Sindon par les anciens, du nom de la rivière Indus ou Sindus , près de laquelle on la travaillait avec le plus de perfection -. Les manufactures de coton des Indes paraissent avoir été autrefois aussi admirées qu'elles le sont â présent, non-seulement pour la délicatesse de son tissu , mais par l’élégance des broderies , et les belles nuances des fleurs qui en ornent d’autres. Depuis le temps le plus ancien du commerce des Européens avec les Indiens, cette contrée s’est distinguée par le nombre et l’excellence des substances dont elle abonde pour teindre en différentes couleurs 3. La teinture de cette couleur bleu foncé, si estimée chez les Romains , portait le nom d 'indien m*. I a substance employée à teindre d’un

1 Rcunel , Mémoires, p. 133 , 139.

■ M. Jones, troisième discours, p. 428.

1 Strab., lib. xv, p. 1018, A. 1024, B.

* Pline, But. naturelle, lib. inr, c. vi. S mm. — l.'lnde, dit Sirabon, produit une variété de substanret qui donnent des teintures dans les plus admirables couleurs. L 'indicum, qui produit la belle couleur bleue, parait être l'indigo des modernes ; nous pouvons le conclure non -seulement de la ressemblance du Dont et de l’identité des effets , mais encore de la description donnée par Pline , dans le passage que j'ai cité dans le leste. Il tarait que c'était une préparation d'une substance végétale, quoiqu’il fût mal informé et relativement à la plante elle-même , et sur le procédé par lequel on la préparait pour l'usage; ce qui ne paraîtra pas surprenant quand nous nous rappellerons l'ignorance étrange des anciens par rapport A l'origine et A l’apprêt de la soie. Quelques auteurs nomment l’indigo , A cause de sa couleur dans la forme qu'il était importé , ai rainent u/n indicum , encre indienne, et indicum nigrum, noir indien (balmas., Eierc., p. 180); et on en parle, tous ces derniers noms,

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rouge vif, parait aussi avoir été importée de l'Inde 1 ; et l'on sait bien que dans les étoffes de soie et deeoton, le rouge et le bleu sont des couleurs d'une beauté et d’un lustre très éclatant. Mais quelque grande que soit l'admiration des anciens pour ces productions de l’art des Indiens, quelques circonstances dont j'ai déjà fait mention rendirent leur goût pour les manufactures de colon des Indes bien moindre que celui des temps modernes ; c'est ce qui a été cause de la connaissance très imparfaite que nous en ont laissée les écrivains grecs et romains: nous pouvons conclure cependant dp la ressemblance étonnante de l’état ancien de l'Inde avec l'état moderne , que dans tous les temps leurs ouvrages au métier étaient aussi beau! que variés. I <es anciens auteurs rappellent avec éloge l'industrie des Indiens dans d'autres espèces d'ouvrages, particuliérement en métaux

parmi tel articles d'importation de l’Inde. P mol. Mar. F.rylhr , p. 22. ) La couleur de rfwJigo moderne sans élre délayé ressemble à celle de l’iiidicum ancien , si fortement coloré qu'il parait noir. ( Délavai . Expér., Ilecherche sur la cause et les chaageinens des couleurs . préface , p. 23.) la nomme laque , employée dans la teinture rouge, était aussi connue des anciens et sous le même nom qu’elle porte aujourd'hui, (Salmas., Exerc .,

р. 810.) Cette substance précieuse d'une utilité si étendue pour la peinture, la teinture, le remis du Japon , pour les ternis et dans la manufacture de cire h racheter, est le produit d’un très petit insecte. Ces insectes se fixent aux extrémités succulentes des branches de oerlains arbres , et sont aussitôt rolléa i la place oit ils s'attachent, par une liqueur épaisse et Irauspareittc , qui transsude de leurs corps ; l'arcumulatiau graduelle de celte liqueur forme pour chaque insecte une cellule complète qui sert de tombeau à la mère et de berceau à sa postérité. Cette substance gtulincwr, dont les brauches d'arbres sont entièrement couvertes, est le gomme laque, pu a donné d'une manière concise, exarte et satitfaisanlc , le détail de sa formatiou.de sa uature cl de sou usage dans les Transactions philosophique (v. LXX1, part. t|, p. 374.) Clésiaa parait avoir reçu une description assex claire de l'insecte qui produit ta gomme laque , et il célèbre la beauté de U couieuc rue sa tciulurc fournit. ( Exccrpta ex lndir ad cale. Uerodot., édit. Wesseling. p 840.) Teinturiers iudteus était l'aucicu nom de ceux qui teignaient soit eu beau bleu, suit en beau rouge; ce qui indique la contrée d'où les matières qu'ils employaient étaient apportées iSalmas., Ib , p. 810.) Leurs étoffes de cptou, feinte» de différentes couleurs, prouvent que les juiens Indiens doivent avoir fait des progrès considérables dans la science de la chimie. Pline ( lib. xxxv,

с. il , S hji ), donne une relation de cet art tel qu'il était connu anciennement. C’est précisément le même que Cf lui que l'ou emploie maintenant pour les toiles primes.

1 baliu , Exerc. sur Solia., 180, etc., 810-

et en ivoire, mais sans donner aucune description particulière de leur nature '. Il y a maintenant en Europe quelques modèles des anciens ouvrages des artistes indiens , d’après lesquels il parait qu'ils avaient connaissance de la méthode de graver sur les substances les plus dures , et que, par l'élégance de leurs dessins et la finesse de l'exécution, ils étaient arrivés à un degré remarquable de perfection. Un auteur ingénieux soutient que l’art de graver sur les pierres précieuses était probablement une invention indienne, qu'elle y fut certainement cultivée de bonne heure , et il soutient cette opinion par plusieurs argumens plausibles *. Les pierres gravées indiennes dont il a publié les descriptions, paraissent l’ouvrage d'uu période de temps très éloigné , puisque leurs légendes sont en sanskrit 3.

Ce n'est pas seulement des progrès des arts mécaniques dans l'Inde que nous concluons que ses habitans ont été très civilisés ; noos cil avons encore une preuve plus convaincante dans des ouvrages anciens , fruit de leur génie dans les beaux-arts. Cette preuve devient plus intéressante , parce qu'elle émane d'une source de connaissance que la louable curiosité de nos concitoyens a ouverte aux peuples de l’Europe dcpuisquclques années. C’est un fait connu depuis long-temps, que toute la science et la littérature desbramines était renfermée dans des livres écrits en une langue entendue par un petit nombre des plus savans d'entre cnx , et tous les Européens, établis dans l'Iode duraut trois cents ans, se sont plaints que |cs bramines refusassent d'instruire qui que ce soit dans cette langue. Mais à la fin, par adresse , par de bons traitemens et par la persuasion que l’ardeur avec laquelle on sollicitait l'instruction ne procédait d'aucune intention de tourner leur religion en ridicule, mais du désir d'acquérir une connaissance parfaite de leurs sciences et de leur littérature , leurs scrupules ont été levés. Quelques gentilshommes anglais |iossèdent maintenant le sanskrit parfaitement. Le voile mystérieux, autrefois impénétrable, est levé, et dans le cours de cinq ans , la curiosilé du public a été salis-

1 Sirab.Jib.xv, p. 1044, B. Dyon. Perieflcles, vers 101 .

* Introduction de Raspe à la de script, de Tasslc , Calai, des pierres gravées , etc., p. 12, elc.

* Ibid., vol, I, p. 74, vol. 11. pl. xin.

SUR L’INDE ANCIENNE

faite par deux publications aussi singulières qu’inattendues. La première est une traduction par M. Wilkins, d’un épisode du Mahabarat, poème épique très estimé des Indiens, composé, selon leur tradition, par Kreeshna Dwypaycn Ycias, le plus éminent de tous leurs bramines , trois cents ans environ avant l’ère chrétienne. L’autre est intitulé Sacontala, poème dramatique,écrit cent ausenviron avant la naissance de J. C. , et traduit par M. Jones. J'essaierai de donner une analyse dn sujet et de la composition de ces deux ouvrages pour mettre mes lecteurs en état d’apprécier le degré de mérite de chacun.

le Mahabarat est un poème volumineux de cinq cent mille vers. M. Wilkins en a traduit plus d'un tiers ; mais il en a seulement publié jusqu’ici un épisode très court, intitulé Baghiat- Geeta, et par cet essai nous pouvons porter tm jugement sur le tout. Le aijct du poème est une fameuse guerre civile entre deux branches de la maison royale de Bhaurat. Lorsque les troupes de chaque côté furent rangées en ordre de bataille, prêtes à décider l'objet de la contestation par l’épée , Arjoon, le favori et le pupille du dieu Kreeshna qui l’accompagnait dans cette heure de danger, lui dit de faire avancer son chariot entre les deux années ennemies. Il les regarda l’une et l’autre , et ne vit de chaque côtéque grands-pères, oncles, cousins, tuteurs, fils , frères , parais et amis intimes ; et quand il eut regardé flxément pendant quelque temps, et qu’il eut vu ceux-ci préparés au combat , il fut saisi d’attendrissement et de componction, et exprima sa douleur en ces termes : « O Kreesh- «na, à la vue de mes enfans ainsi agités dans «l’attente du combat , mes membres n’ont plus «de force, mon visage plût , le poil se hérisse «sur mon corps, et tout mon être frémit d’hor- « reur ! ma peau est brûlée et desséchée. Lorsque •j’aurai détruit mes parens , n'attendrai-je pas « long-temps le bonheur * Je n’ambitionne pas « la victoire , A Kreeshna ; je ne manque point de «puissance, je n’ai pas besoin de plaisir; car «qu'est-ce que l’empire et les jouissances de la «vie, ou la vie elle-même, quand ceux pour qui «on enviait la puissance, le plaisir et le bon- «heur, méprisant la vie et la fortune, sont ici «sur le champ de bataille prêts à combattre ? «Tuteurs, fils et pères, grands-pères et petits- «fils, oncles, neveux, cousins, proches et amis,

«quand ils voudraient me tuer, je ne voudrais «pas les combattre, non, pas même pour l’em- «pirc des trois grandes régions de l'univers; «encore moins pour ce petit coin déterré1.» Pour écarter scs scrupules , Kreeshna lui apprend quel était , dans une telle conjecture, le devoir d’un prince de la Chehtcrie ou caste militaire, et l’excite à le remplir par diverses raisons morales et philosophiques que j’aurai occasion de considérer en particulier dans une autre partie de cette dissertation. Plusieurs passages de ce dialogue entre Kreeshna et son pupille donnent une haute idée du génie du poète. Le discours d' Arjoon que j'ai cité, et où il exprime l’angoisse de son âme, doit avoir frappé tous les lecteurs par sa beauté et le pathétique des sentimens ; dans la suite de ces notes je rapporterai une description sublime de l'Etre suprême et du respect avec lequel il était adoré. Mais tandis que ces morceaux excitent notre admiration et nous confirment dans l’idée que la civilisation devait être très perfectionnée dans un pays qui avait produit un tel ouvrage , nous sommes surpris de trouver si peu de goût et d’art dans la manière d’amener cet épisode. Deux armées puissantes sont rangées en ordre de bataille, empressées de combattre; un jeune héros et son instituteur sont représentés debout dans un chariot de guerre au milieu d'elles; ce n 'était sûrement pas là le moment de lui enseigner les principes de la philosophie, et de lui expliquer dix-huit leçons de métaphysique et de théologie.

Quant il la poésie, soit dramatique, soit épique des Indiens, nous sommes obligés de nous en former une opinion d’après un simple morceau de l’un et de l’autre ; et même nous ne pouvons avoir qu’une idée bien imparfaite du dernier genre, puisque nous ne connaissons qu'un fragment d’un grand poème. Cependant , si nous pouvons hasarder quelque décision sur de si faibles débris , c’est que des deux poésies, le drame parait avoir été conduit avec le goût le plus épuré; on en jugera par les observations que je me propose de faire sur Sacontala.

Ce n’est que pour les nations fort avancées dans la civilisation que le drame est un amusement public. Les Gréa, depuis long-temps, étaient un peuple policé ; Alcée et Sapho avaient composé leurs odes; Thalês et Anaximandrc

* B'içkial-GteUt.

APPENDICE DES RECHERCHES

avaient ouvert leurs écoles avant que la tragédie eût fait ses premiers et grossiers essais sur le chariot de Thespis ; et un long espace de temps s'écoula avant qu'elle parvint à quelque degré de perfection. Ainsi, d'après le drame de Sacontala, nous devons nous former une idée avantageuse des progrès d'une société à laquelle un pareil ouvrage était assorti. Néanmoins, en appréciant son mérite, nous ne devons pas lui appliquer les règles de la critique tirée de la littérature et du goût des nations , inconnues à son auteur ; nous ne devons pas y chercher le principe des unités du théâtre grec; nous ne devons pas le juger d'après nos modèles et nos convenances. Il faut avoir égard aux coutumes locales et aux maors particulières, fruits d'un état de société domestique, d’un ordre de politique civile et d'un système d'opinions religieuses , très différens de ceux qui sont établis en Europe. Sacontala n'est pas un drame régulier; mais, comme quelques-unes des pièces représentées autrefois sur les théâtres espagnols et anglais , c’est une histoire en dialogue où se trouvent racontés des événemens arrivés en différens endroits, et qui occupent plusieurs années ; sous ce point de vue , la fable , en général , est bien arrangée ; les incidcns sont heureusement choisis, et les révolutions dans la situation des principaux personnages sont touchantes et inattendues. I.e dénoûment de la pièce cependant, quoique quelques-unes des circonstances préparatoires soient introduites avec adresse, est à la fin amené par l'intervention d'êtres supérieurs , qui a toujours un mauvais effet et décèle le défaut d’art. Mais, comme Sacontala était née d'une nymphe du ciel , et sous la protection d'un saint ermite, cette entremise céleste peut paraître moins merveilleuse; elle est d'ailleurs parfaitement conforme au goût oriental. Dans plusieurs endroits ce drame est d'un ton simple et sensible ; dans quelques-uns il est pathétique, dans d'autres c’est un mélange de comique avec ce qu’il y a de plus sérieux. On peut donner des exemples de l'un et de l'autre genre. Je citerai quelques traits du premier, et parce que la simplicité et la tendresse sont les beautés caractéristiques de la pièce, et parce qu’ils ont peu du style figuré et enflé de la poésie orientale.

Sacontala , l'héroïne du drame , princesse de grande naissance , avait été élevée par un saint

ermite dans un petit l>ois consacré, et avait passé la première partie de sa vie dans les occupations rurales et l'innocence pastorale. Quand elle fut sur le point de quitter cette retraite chérie , et d'aller à la cour d'un grand monarque avec qui elle avait été mariée, Cana, son père nourricier, et scs jeunes compagnes déplorent ainsi leur perte et expriment leurs vœux pourson bouheur avec une énergie de sentiment et dans un langage parfaitement analogue à leur caractère pastoral.

« Écoutez , û vous arbres de cette sainte forêt , «écoutez et annoncez que Sacontala va au [valais «de son époux, elle qui ne voulait pas boire, «quoique altérée, avant que vous fussiez ar- « rosés; elle qui ne voulait point cueillir, par af- «fcclion pour vous, une seule de vos feuilles «nouvelles, quoiqu'elle eût aimé à en orner ses «beaux cheveux; elle, dont le plus grand plai- «sir était de voir la saison où vos branches sont a parées de fleurs ! »

Le chœur îles nymphes du bois. « Puisse le «bonheur l'accompagner dans sa route! puis- «sent les zéphirs propices parfumer les airs sur «son passage de la poussière odoiiférante des «fleurs! puissent les réservoirs d'une eau liin- «pide, verdoyant des feuilles du lotos, la ra- « fraîchir dans sa marche; et puissent lesbran- «ches des arbres, par leurombrage, la défendre «des rayons brfilans du soleil!»

Sacontala, â peine sortie du bocage, se tourne vers Cana : «Permets-moi, û père vénérable, «de consacrer ce mad-havi, dont les fleurs « rouges semblent embrasser ce bocage. »

Cana. « Mon enfant, je connais ton affec- « tion pour cet arbrisseau. »

Sacontala. «O la plus radieuse des plantes, «reçois mes embrassemens , et rends -les-moi «avec tes bras flexibles! Quoique éloignée de «toi, je te serai toujours dévouée. — O père « chéri! considère cette plante comme moi-même! » A mesure qu'elle s’avance, elle s'adresse encore â Cana : « O mon père ! lorsque celte gazelle, «qui maintenant marche lentement, â cause du «poids des petits dont elle est pleine, aura mis « bas , envoie-moi , je t’en supplie , un doux mes- « sage avec des nouvelles de sa santé. — Ne l'ou- «bliepas.» — Cana. «Ma bien -aimée! je ne « l'oublierai pas. » Sacontala (s’arrêtant ). « Ah ! « qu'esl-ce qui s'attache aux pans de ma robe «et me relient?» — Cana. «C’est ton enfant

SUR L’hNDE

oattoptif, le petit faon, dont la bouche blessée «en broutant les pointes aiguës du cusa, a été «si souvent fiottéc par toi de l'huile salutaire «d'Ingudi; que tu as nourri tant de fois d'une «poignée de graines de Sumac, et qui mainte- «nanl ne veut pas abandonner les traces de sa « protectrice. »

Sacontala. — « Pourquoi gémis tu, teudre « foon , à cause de moi qui dois quitter notre «commune demeure? Je t'élevai , lorsque tu eus «perdu ta mère, qui mourut aussitôt après ta «naissance; mon père nourricier te servira de « même et avec des soins aussi tendres , quand « nous serons séparés. — Retourne , pauvre pe- « tit , retourne. — Nous allons partir. » (Elle fond en larmes). — fana, «'les larmes, mon rn- « font , sont déplacées dans cette occasion. Aies «du courage; vois la route droite devant toi, et «suis-la. Quand la grosse larme se cache au des- «sousde tes beaux yeux abattus, que ta réso- «lution réprime ses premiers efforts pour se dé- « gager. Dans ton passage sur cette terre, où les «sentiers sout tantôt «auts, tantôt bas, et où le «vrai sentier est rarement distingué, les traces « de les pieds doivent être inégales, mais la vertu « te dirigera dans le vrai chemin >. »

Tout lecteur de bon goût doit être, cerne semble, satisfait de cet échantillon du drame indien. Ce ne peut être que chez un peuple qui a des mœurs policées et des sentimeus délicats qu’une composition si simple et si correcte a pu être produite et goûtée. J'observe dans ce drame une preuve de l’absurde extravagance si fréquente dans la poésie orientale. I et monarque , en replaçant un bracelet qui était tombé du bras de Sacontala , lui paria ainsi : « Regarde , ma bicn- «aiméc, c’est la nouvelle lunequi a quitté le fir- « marnent pour honorer une beauté supérieure ; «elle est descendue sur son bras enchanteur, et «a réuni descroissans alentour pour former un «bracelet 2 «Voilà le discours d'un jeune homme transporté pour sa maîtresse, et à tout âge, et chez lotîtes les nations, on doit attendre un éloge exagéré de la bouche de tous les amans. Les représentations dramatiques paraissent avoir été l'amusement favori des Indiens, aussi bien que des autres nations civilisées. «les tra- « gëdics , les comédies, les forces et les pièces de «musique du théâtre indien rempliraient tout 1 Act. ir, p. 47, etc. — * Act. ni, p, 36.

ANC1ËMNE. A 60»

«autant de volumes que celles d'aucun peuple de « l'Europe ancienne ou moderne. Elles sont tou- « tes en vers lorsque le dialogue est élevé, et en «prose quand il est familier; les grands et les «savans sont représentés parlant le plus pur «sanskrit, et les femmes le pracrit , qui n’est «guère que le langage des bramiues adouci par «une articulation délicate jusqu’à la douceur de «l'italien; les personnages inférieurs du drame «emploient lesdialectes vulgaires des différentes «provinccsqu’ils sont supposés habiter1. »

1 La littérature aanskritc ni une acquisition toute récente en Europe, le Bagheal-Geela, qui est la première traduction daus celle langue, n’ayant été publié qu’en 1785 : apré* avoir revu dans ie texte avec un plus grand degré d'attention critique les deux ouvrages du sanskrit tes plus dignes d’être connus, it appartient essentiellement au sujet de mes recherches, et quelques-uns de tnes lecteurs m’en sauront gré , de donner ici un extrait succinct d'autres compositions dans cette langue, qu’on nous a fait connaître. L’usage étendu du sanskrit est une circonstance qui mérite une attention particulière. «La grande source de la littérature indienne, dit M. Halimi (le premier Anglais qui ait acquis la connaissance de cette langue), la mère de presque tous lesdialectes. depuis le golfe Persique jusqu'aux mer» de la Chine, c'est le sanskril , langage de la plus baule et de la plus respec table antiquité, qui, à présent , quoique renfermé d.ms la bibliothèque des braminea, et approprié seulement aux actes de leur religion, parait a»oir été répandu sur la pins grande partie du inonde oriental , et l’on peut découvrir encore les traces de soh étendue primitive dans presque tous les districts de l’Asie. J’ai souvent été étonné de ta similitude des mots sanskrits avec ceux des laogoes perse et arabe, et même ceux du grec et du latin, et cela non setriement dans les termes techniques et métaphoriques, que le changement des arts raffinés et des mœurs cultivées peut avoir accideiitellment introduits . mais même dans le langage de l'agriculture , dans les monosyllabes, dans les onms des nombres, et les dénominations de certains objets qui oni dû être distingués d'abord à l’aurore de la civilisation. La ressemblance que l’on peut observer dans les caractères des lettres, sur les médailles et les cachets de différens districts de l'Asie, la lumière qu’ils réfléchissent réciproquement les uns sur les autres, et l’analogie générale qu’ilt ont tous avec le même grand prototype, offre un autre cbamp à ta curiosité. Le* monnaies d'Assam, de Napaul, de Cachemire, et de plusieurs autres royaumes, sont toutes frappées avec des caractères sanskrits, et le plus souvent renferment des allusions à l'ancienne mythologie sauskrite. J’ai observé la même conformité dans ta gravure des sceaux dt Roman et du Tbibet. On peut aussi tirer une conclusion parallèle de l'arrangement particulier de l’alphabet sanskrit, très différent de ceux des antres parties du monde. Ce mode extraordinaire de combinaison existe encore dans ia plus grande partie de l'orient, de l’Indu» jusqu’au Pégu, daus des dialecte» un» liaison apparenie et eutiè-

610 APPENDICE DES RECHERCHES

V. Les progrès des Indiens dans le$ sciences , ftinmissent de nouvelle* prrùves de leuf antique dfflisation. tous reut qui ont visité l’fhde dans les temps anctèhs et modertiés , penserit que ses habitans, soit dans les affaires domestiques, soit dans la conduite des affaires politiques, n’ont été inférieurs à aucun autre peuple cri sagacité, en pénétration d’esprit , ou en industrie. De

reraeut différons par les lettres; c'est un puissant argu ment qu'ils sont tous dérivés de la même source. Uii autre objet de spéculation se présente dans les noms dés personnes, des lieux , des titres et des dignités . et dans lesquels, jusqu'aux limites les plus reculées de l’Asie, on trouve des traces manifestes du sanskrit ( Préface à la grammaire de la langue du Bengale . p. 3 ). Apres ce curieux tableau de la langue sanskrite, je continue de faire l’énumération des ouvrages qui ont été traduits de cet idiome, outre les deux meuliouués dans le texte. — 1° Nous sommes redevables i M. Wilkins de l7/?/o- Pade , nu instruction amicale, en une suite de fables, entremêlées de maximes morales , civile* et politiques. t.et ouvrage est dans une si haute estime daus tout l'orient , qu'il a été traduit dans toutes les langues que l’on y parle. Il n'échappa pas aux soins de l'empereur Akbcr, attentif A tout ce qui pouvait contribuer A éteudrt la science utile. Il ordonua A son visir Ahoul-Kazcl d mettre cet ouvrage à la portée de tout le inonde ; ce qu'il Ht, et il lui donna le titre d' Épreuve de la sagesse. F.nfin ces labiés »c répandirent en Europe et y ont circulé avec des additions et des changemens sous les noms de Pilpay et d’Esope. Plusieurs apologues du sanskrit sont ingénieux et beaux, et ont été copiés ou imités par 1rs fabulistes des autres nalRm*. Mais daus quelques-uns les caractères des animaux sur la scène sont très mal soutenus. La description d’un tigre extrêmement dévot, et pratiquant la charité et les autres devoirs religieux, p. 10; et une vieille souris qui a beaucoup lu dans le Neete Salras, ou système de morale et de politique, p. 24; un cbat qui lit les livres religieux, p.35, découvre un grand défaut de goût et de convenance. Plusieurs des sentence» ; morales, si on les considère comme maximes détachées, sont fondées sur une connaissance parfaite de la yie et des mœurs et offrent l’instruction avec une élégante simplicité. Mais les efforts de l'auteur pour faire de son ouvrage une suite de fable* liées, et sa maniéré de les entremêler d'un iiombre égal de réflexions morales en prose et en ver*, rend la composition totale si recherchée que la lecture en devient souvent désagréable. Akber y fut si sensible que, parmi d’autres instructions, il avertit son visir d’abréjjer les longues digression* de al ou vrage. Je suis loin de vouloir ici déprimer le moius du monde le mérite de M. Wilkins. Sou pays lui est très re- , dcvable de ce qu'il a ouvert une source nouvelle de science et de goût. La célébrité de X Hilo-Pade et sou propre mérite, malgré les défauts dont j’ai parlé, justifie le choix qu'il en a fait comme d’un ouvrage digue d’être connu en Europe dans sa forme originale. En lisant cette ■ traduction et les autres du même auteur, personne ne lui j refusera l’éloge auquel il borne modestement se# prétentions, u d'avoir dessiné un portrait que nous supposons

l'Application de ces lalens à la culture des & iences on pouvait attendre un degré extraordinaire d’avancement. Aussi, les Indiens ont-ils été autre fois célèbres par leurs connaissances ; et quelques-uns des plus êminens philosophes de la Grèce, qui avaient voyagé dans l’Inde, y avaient puisé une partie des lumières qui ont fait ieur réputation 1 . Les détails , cependant , que les

«être trè» ressemblant, quoique nnu* ne connaissions f»AX « l'original » ( Préface , p. 4. ) — 2° Dan# le premier numéro de* Nouveaux mélanges asiatiques, non» avons une traduction d'un ouvrage fameux dan* l'orient . connu sous le titre de* Cinq pierres précieuses. Il e*t composé de «tance* faites par cinq poète* qui suivaient la cour d'Abissure, roi de Bengale. Plusieurs de ce* «tance* sont simples et élégante*. — 3° Une ode traduite de Wulli, où n abonde que trop cettè extravagance d’ima gination , ces pensée* recherchée* et afffcctéê* qui dégoûtent si souvent le* Européens de* compositions poétiques de l'orient. L'éditeur ne nous a pas appris A quelle personne, versée dans la connaissance du sanskrit, nous devons ces deux traductions — 4° Quelque* baux de terre originaux . de dates très ancienne*, traduit* par M. Wilkins II doit paraître singulier qu'une charte de cession légale de propriété soit rangée parmi le» compositions Jiiléi aires d’une nation. Mai* le* mœurs des Indien* <J"Tèrent si Fort de celle* de l'Europe, que comme nos avocat* multiplient le* mot* et lé* clause* aiin de compléter un acle et de prévenir tout a* qui pourrait l’annuler, les pundil* paraissent expédier avec brièveté la partie légale d'un acte; mais dan* un long préambule cl û la conclusion , ils font un étalage extraordinaire de. leur savoir, de leur éloquence et des ressource* de la composition soit en ver»/ soit en prose. Lr préambule d'un de ce* contrat* est un éloge du uioqarque qui accorde la terre, écrit avec toute l’exagération orientait ; «Quand sou armée iunordbrible marchait, le* èieux « étaient si remplis de la poUMtère de lotir* pied*, qbé Te* « oiseaux de l’air pouvaient s’ÿ fixer. » « Scs eléplnn* s’a- «v auraient comme des montagnes, et la terre, oppressée «de leur pesanteur, te brisait en poudre. » L'auteur termine ci- préambule, eu vouant A la vengeance ceux qdi se hasarderaient A rompre ce contrat : « |jes richesses et la «vie de l'homme sont aussi passagère* que les goutte* « d'eau sur la feuille du lotus alizier. Apprends cette vé- «rité, û homme! de ne point entreprendre de priver « autrui de sa propriété. » (Recherches asiatiques, vol. I. p. 125, elc.J L'autre acte de ec*rffoh, qoi parait encore plu* ancien, n’est pas moins mnarquabte. Ils étalent gravés l’un et l'autre sur des planches de cuivre ( fbid, p. 367, elc — 5° La traduction d*one partie du Si ! t aster, publiée parle colonel Dow en 1768, devrait peutétre avoir été citée la première. Mai* tomme il lie fa pas faite du sanskrit, mais reçue de la boorhe d'un bratnine qui expliquait le Schuster en persan, ou dans la langue vulgaire du Bengale, il sera plus convenable d’en faire mention, lorsque nous en viendrons A rechercher Pétât des science* chez le* Indiens , qu'ici où non* essayons de donner quelque idée de leur goût dan* la composition.

1 Brucker, Uisloire philosophique, vol. 1, p 190.

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SUR L’INDE

Grec* k les Romains nous ont laissé sur les sciences qui fixaient particulièrement l'attention fies philosophes indiensel des decouvertes qu'ils y avaient faites, sont très imparfaits. Nous sommes redevables d'une connaissance plus ample et plus authentique aux recherches d'un petit nombre de personnes éclairées , cui ont visité flndc durant le émirs des trois derniers siècles. Mais, attendu la répugnance avec laquelle les brandîtes communiquent leurs connaissances aux étrangers , et le peit de thoVens qu'avaient les Européens polir s’en instruire plus à fond , ptilsque , semblables aux mystères dé leur religion , elles sont cachées aux yeux du vulgaire , dans une langue inconnue , celte connaissance : ne s'aequil que lentement et avec grande il if fi- , culte. Cependant la même observation que j’ai ; faite sur nos lumières, relativement il l’état des beaux-arts chez les Indiens, est applicable à celle tle leurs progrès dans la philosophie; et notre siècle est le premier qui ait eu des lumières suf- j lisantes pour établir un jugement décisif sur l’état de l'un et l’aulfe objet.

lai philosophie, en l’envisageant comme séparée de la religion , que je me réserve de considérer ailleurs, est employée à contempler soit les opérations dé l’entendement , soit l'exercice de nos facultés morales, Soit là nature et lés qualités des objets extérieurs. I j première classe est appelée logique . la seconde morale , là troiliétne physique ou connaissance de la nature : pour juger des plus anciens progrès des Indiens dans là culture de chacune de ces sciences, nous possédons des faits qui Sont dignes d'attention.

Maisavant dé les ebnsidércr, il convient d’examiner les idées des bramines par rapport à l’esprit en lui-mèmè : car si celles-ci n'étaient (tas justes, toutes leurs théories concernant ses opérations seraient erronées et illusoires. l.a dis- 1 tiiict ion entre la matière ei l'esprit parait avoir été anciennement cotltuie dés philosophes de l'Inde ; ils attribuaient à l'esprit plusieurs facultés dont ils jugeaient que ia matière était incapable ; et lorsque nous nous rappelons combien sur chaque objet qui ue tombe pas sous nos sens , nos conceptions sont imparfaites , lions pouvons affirmer , cri ayant égard à une notion particulière des Indiens, que nous expliquerons par la suite , qiiaunme description de l’àme humaine n'est plus nmlbrrtie 1 la dignité

de la nature que celle qu'en a donnée l’auteur du Mahabarat. Quelques-uns, dit-il, regardent t’ame comme une merveille, d'autres en entendent parler avec étonnement ; mais personne ne la tonnait. L'épée ne la divise pas, le feu ne la brûle pas, l’eau ne la corrompt pas, le vent ne la desséche pas ; car elle est indivisible , indestructible, incorruptible, éternelle , universelle , permanente , immuable , invisible , inconcevable et inaltérable Après cet examen des sentimens des bramines touchant l'âme elle-même, nous pouvons passer à la considération de leurs idées , par rapport a chacune des sciences dont j’ai fait mention , selon celle triple division.

1°. logique èt métaphysique. II n’y a point, tle sujet qui ait plus exercé l'intelligence humaine que l’analyse de scs opérations, les différentes facultés de l'esprit ont été examinée* et définies. L'on a suivi l'origine et les progrès tle nos idées , et l’on a prescrit des règles convenables pour procéder de r observation des faits à l'établissement des principes , ou de la connaissance des principes aux moyens de former des systèmes de science. Les philosophes tle l'ancienne Grèce furent très célèbres par leurs progrès dans ces spéculations abstraites ; et dans leurs discussions et leurs systèmes , ils découvrirent une si grande profondeur de pensée, tant de sagacité et de pénétration, que leurs systèmes de logique, surtout celui de l'école péripatéticienne ont été regardés comme les efforts lesplusfrappansdc la raison humaine.

Depuis que nous sommes instruits, à quelques égards, de la littérature et de la science des Indiens , nous savons qu'aussitûi que les hommes arrivent à ce période de ia vie sociale où iis peuvent tourner leur attention vers les reclil-rches spéculatives, l’esprit humain dans chaque région de la terre déploie â peu près les mêmes facultés , et procède dans ses recherches et ses découvertes presque par la même marche. 11après l'abrégé de la philosophie 1 des Indien* qu’Aboul Eazel composa comme il nous ('apprend, en s'associant intimement avec les plus savans hommes de la nation ; d'après l'essai de discussion logiques , renfermé dans cette portion du Shaster, publié par le colonel Dow 3 , et

' Baptival-geeta, p. 37.

* Avffll Akiiery. vol lit, p 0-.

: rt»e. ia'lvu . p -JJ ■ li*

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