‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 113 sur 325 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

cester s'est esquivé cette nuit. Ces nouvelles-là ont fait blanchir la barbe de ton père. Vous pouvez acheter des terres à présent aussi bon marché que du maquereau infect.

LE PRINCE HENRY

Alors il est probable, si le mois de juin est chaud, et si cette bousculade civile dure, que nous achèterons les pucelages, comme on achète les gros clous, au cent.

FÀLSTAFF.

Par la messe, enfant, tu dis vrai ; il est probable que nous ferons une bonne aubaine de ce côté-là ! Mais, dis-moi, Hal, est-ce que tu n'as pas une peur horrible? Comme héritier présomptif, l'univers pouvait-il t'offrir trois ennemis pareils à ce démon de Douglas, à ce lutin de Percy et à ce diable de Glendower? Est-ce que tu n'as pas une peur horrible? Est-ce que ton sang n'en frissonne pas?

Pas du tout, ma foi ; il me faudrait un peu de ton instinct.

FALSTAFF

Ah ! tu vas être horriblement grondé demain, quand tu paraîtras devant ton père : si tu m'aimes, prépare au moins une réponse.

LE PRINCE HENRY

Èh bien, joue le rôle de mon père, et examine ma con-^ duite en détail.

FALSTAFF

Tu le veux? J'y consens... Ce fauteuil sera mon trône, cette dague mon sceptre, et ce coussin ma couronne.

LE PRINCE HENRY

Ton trône est une chaise percée; ton sceptre d'or, une dague de plomb; ta précieuse et riche couronne, un. pitoyable crâne chauve !

FALSTAFF

N'importe ; si le feu de la grâce n'est pas tout à fait éteint

en toi, tu vas être ému... Donnez-moi une coupe de Xérès, pour que j'aie les yeux rouges et que je sois censé avoir pleuré ; car il faut que je parle avec émotion, et je le ferai sur le ton du roi Cambyse (43).

LE PRINCE HENRY

C'est bon, voici ma révérence.

FALSTAFF

Et voici mon discours... Rangez-vous, noblesse.

Doux Jésus ! Voilà un excellent spectacle, ma foi.

FALSTAFF

— Ne pleure pas, suave reine, car ce ruissellement de larmes est superflu, —

l'hôtesse.

Oh ! le père ! comme il soutient bien sa dignité!

FALSTAFF

— Au nom du ciel, milords, emmenez ma triste reine, — car les larmes obstruent les écluses de ses yeux. —

l'hotesse.

Doux Jésus! il joue ça comme un de ces ribauds de comédiens que je vois encore.

FALSTAFF

Silence, bonne chopine, silence, bon] gratte-cerveau... Ilarry, je m'étonne non-seulement des lieux oîi tu passes ton temps, mais aussi de la société dont tu t'entoures. Car bien que la camomille pousse d'autant plus vite qu'elle est plus foulée, cependant, plus la jeunesse est gaspillée, plus elle s'épuise. Pourcroirequetu esmon fils, j'ai d'abord la parole de ta mère, puis ma propre opinion ; mais j'ai surtout pour garant cet affreux tic de ton œil, et cette dépression idiote de ta lèvre inférieure. Si donc tu es mon fils, voici ma remontrance. Pourquoi, étantmonfils, te fais-tu ainsi montrer au doigt? Voit-on le radieux fils du ciel faire l'école buissonnière et manger des mûres? Ce n'est pas une ques-

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