SCÈNE VIL
tion à poser : verra-t-on le fils d'Angleterre se faire voleur et escamoter les bourses? Voilà la question. Il est une chose, Harry, dont tu as souvent ouï parler et qui est connue à bien des gens dans notre pays sous le nom de poix : cette poix, selon le rapport des anciens auteurs, est salissante : la société que tu fréquentes est de même. Car, Harry, en ce moment je te parle dans les larmes, et non dans l'ivresse, dans le désespoir, et non dans la joie, dans les maux les plus réels, et non en vains mots!... Pourtant il y a un homme vertueux que j'ai souvent remarqué dans ta compagnie, mais je ne sais pas son nom.
LE PRINCE HENRY
Quelle manière d'homme est-ce, sous le bon plaisir de Votre Majesté?
FALSTÀFF.
Un homme de belle prestance, ma foi, corpulent, l'air enjoué, le regard gracieux, et la plus noble attitude; âgé, je pense, de quelque cinquante ans, ou, par Notre-Dame, inclinant vers la soixantaine. Et je me souviens maintenant, son nom est Falstaff. Si cet homme est d'humeur libertine, il me trompe fort; car, Harry, je lis la vertu dans ses yeux. Si donc l'arbre peut se connaître par Wirnii, comme le fruit par l'arbre, je déclare péremptoirement qu'il y a de la vertu dans ce Falstaff : attache-toi à lui et bannis le reste. Et dismoi maintenant, méchant vaurien, dis-moi, oii as-tu été tout ce mois-ci?
LE PRINCE HENRY
Est-ce là parler en roi! Mets-toi à ma place, et je vais jouer mon père.
FALSTAFF
ïu me déposes !... Ah ! situ as seulement la moitié de ma gravité et de ma majesté, en parole comme en action, que je sois pendu par les talons, comme un lapereau ou un lièvre chez un marchand de volailles !