SCÈNE III
LE MARÉCHAL
— Sous peine de mort, que personne n'ait l'audace — ni l'insolente hardiesse de toucher les barrières, — excepté le maréchal et les officiers — désignés pour régler ces loyales épreuves.
BOLINGBROKE
— Lord maréchal, permettez que je baise la main de mon souverain — et que je plie le genou devant Sa Majesté ;
— car, Mowbray et moi, nous sommes comme deux hommes
— ayant fait vœu d'un long et pénible pèlerinage. — Prenons donc solennellement congé — de nos amis divers par un affectueux adieu.
LE MARÉCHAL, à Richard.
— L'appelant salue Votre Altesse en toute féauté, — et demande à vous baiser la main et à prendre congé de vous.
RICHARD, se levant.
— Nous voulons descendre et le presser dans nos bras.
— Cousin Hereford, qu'à la justice de ta cause — la fortune réponde en ce royal combat! — Adieu, mon sang! Si tu le répands aujourd'hui , — nous pourrons pleurer, mais non venger ta mort.
BOLINGBROKE
— Oh ! que de nobles yeux ne profanent pas une larme
— pour moi, si je suis transpercé par la lance de Mowbray !
— Aussi confiant que le faucon qui fond — sur un oiseau, je vais combattre Mowbray.
Au lord maréchal.
— Mon aimable lord, je prends congé de vous, — et de vous, mon noble cousin, lord Aumerle. — Je ne suis pas malade, quoique aux prises avec la mort ; — mais je suis alerte et jeune, et je respire la joie.
Se tournant vers Jean de Gand.
— Eh ! c'est comme aux festins anglais ! j'aborde - le
meilleur en dernier, pour finir par le plus doux ! — 0 toi, auteur terrestre démon existence, — dont l'ardeur juvénile, en moi régénérée, - m'exalte par une double énergie — au niveau d'une victoire trop haute pour ma tête, — donne à mon armure la trempe de tes prières, — acère de tes bénédictions la pointe de ma lance, — en sorte qu'elle pénètre, comme la cire, la cotte de Mowbray, — et fourbis à neuf le nom de Jean de Gand — par la prouesse même de son fils !
JEAN DE GAND
— Le ciel te fasse prospère en ta bonne cause ! —Sois à l'exécution prompt comme l'éclair; — et que tes coups, doublement redoublés, — tombent comme un écrasant tonnerre sur le casque — de ton perfide ennemi ! — Surexcite ton jeune sang, sois vaillant et vis.
BOLINGBROKE
— Mon innocence et Saint-Georges à la rescousse !
Il s'assied.
NORFOLK
— Quel que soit le sort que me réserve Dieu ou la fortune, — ici doit vivre ou mourir, fidèle au trône du roi Richard, — un loyal, juste et intègre gentilhomme. — Jamais captif n'eut plus de joie - à secouer les chaînes de la servitude et à ressaisir — une liberté d'or sans contrôle — que n'en a mon âme palpitante à célébrer — cette fête martiale avec mon adversaire. — Très-puissantsuzerain,et vous, compagnons, mes pairs, — recevez de mabouche un souhait d'heureuses années. — Serein et joyeux, comme à une parade, — je vais au combat. La loyauté a un cœur tranquille.
— Adieu, milord : je vois avec sécurité — luire dans ton regard la vertu et la valeur. — Maréchal , ordonnez l'épreuve, et faites commencer.
Le roi et les lords retournent à leurs sièges.