‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 13 sur 325 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE MARÉCHAL

— Harry de Hereford, de Lancastre et do Derby, — reçois ta lance, et Dieu défende le droit !

BOLINGBROKE, se levant.

— Crénelé dans mon espérance, je crie : Amen !

LE MARÉCHAL, à un officier.

— Allez porter cette lance à Thomas, duc de Norfolk.

PREMIER HÉRAUT d'ARMES.

— Harry de Hereford, Lancastre et Derby,— se présente ici pour son Dieu, son souverain et lui-même, — afin de prouver, sous peine d'être reconnu fourbe et félon, — que le duc de Norfolk, Thomas Mowbray, — est traître à son Dieu, à son souverain et à lui ; — il le somme de s'élancer au combat.

DEUXIÈME HÉRAUT d' ARMES.

— Ici se présente Thomas Mowbray, duc de Norfolk, — pour se défendre et pour prouver, — sous peine d'être reconnu fourbe et félon, — que Henry de Hereford, Lancastre et Derby, — est déloyal à Dieu, à son souverain et à lui; — déterminé et plein d'ardeur, — il n'attend que le signal pour commencer.

LE MARÉCHAL

— Sonnez, trompettes; et élancez-vous, combattants.

On sonne la charge.

Le roi jette dans le champ clos son bfiton de commandant (5) .

— Arrêtez ! le roi a jeté son bâton.

— Que tous deux déposent leurs heaumes et leurs lances — et retournent à leurs sièges.

A Jean de Gand et aux seigneurs assesseurs.

— Venez conférer avec nous... Et que les trompettes

sonnent — jusqu'au moment oii nous signifierons h ces ducs

ce que nous aurons décrété.

Longue fanfare.

Aux combattants.

Approchez, — et écoutez ce que nous avons arrêté avec notre conseil. — Attendu que la terre de notre royaume ne doit pas être souillée — de ce sang précieux qu'elle a nourri ;

— que nos yeux abhorrent l'atroce spectacle — des plaies civiles creusées par des épées voisines ; — que, dans notre pensée, l'orgueil aux ailes d'aigle — d'une ambition qui aspire à la nue — et la rancune d'une jalouse rivalité vous provoquent — à réveiller la paix qui, dans le berceau de notre pays, — sommeille avec la calme et douce respiration d'un enfant endormi, — attendu que l'alarme causée par le rauque ouragan des tambours, — par le cri terrible des trompettes stridentes — et par le choc discordant des armes furieuses — pourrait chasser la noble paix de nos tranquilles contrées — et nous réduire à marcher dans le sang de nos parents ; — en conséquence, nous vous bannissons de nos territoires. — Vous, cousin Hereford, sous peine de mort, — jusqu'à ce que deux fois cinq étés aient enrichi nos champs, — vous ne reverrez pas nos beaux domaines, — mais vous foulerez les sentiers étrangers de l'exil.

— Que votre volonté soit faite ! Une chose doit me consoler : —c'est que le soleil, qui vous réchauffe ici, luira aussi pour moi ; — c'est que les rayons d'or qu'il vous prête ici

— brilleront sur moi et doreront mon exil.

— A toi, Norfolk, est réservé un arrêt plus|rigoureux, — que j'ai quelque répugnance 'à prononcer. — Les heures furtives et lentes ne détermineront pas — la limite indéfinie de ton douloureux exil. — Cette sentence désespérante : « Ne reviens jamais, — sous peine de mort! » je la prononce contre toi.

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