SCÈNE VIII
MORTIMER
Oui, — mais remarquez comme elle poursuit son cours et revient sur moi — en sens inverse, pour votre dédommagement ; — elle supprime d'un côté autant de terrain — qu'elle vous en prend de l'autre .
WORCESTER
~ Oui, mais on pourrait à peu de frais la barrer ici, — et gagner tout ce cap du côté du nord, — en la faisant couler directement et également.
HOTSPUR
— Je le veux ainsi : ce sera fait à peu de frais.
GLENDOWER
— Je ne veux pas de changement.
Vous n'en voulez pas ?
GLENDOWER
— Non, et vous n'en ferez pas.
HOTSPUR
Qui donc me contred ira ?
GLENDOWER
— Eh! ce sera moi.
HOTSPUR
Alors, faites que je ne vous comprenne pas. - Parlez Tvelche.
GLENDOWER
— Je sais parler anglais, milord, aussi bien que vous ; — car j'ai été élevé en Angleterre, à la cour; — tout jeune encore, j'ai composé pour la harpe, — et très-agréablement, nombre de chansons anglaises, — et j'ai ajouté à la langue d'utiles ornements, — mérite qu'on ne vous a jamais connu.
HOTSPUR
— Morbleu, je m'en féUcite de tout mon cœur ; — j'aimerais mieux être chat et crier miaou - que d'être un de
ces faiseurs de ballades ! — J'aimerais mieux entendre tourner un chandelier de cuivre, — ou une roue sèche grincer sur un essieu : — cela ne m'agacerait pas les dents — autant que cette poésie minaudière, — On dirait l'allure forcée d'un bidet éclopé.
GLENDOWER
— Allons, on vous changera le cours delà Trente.
HOTSPUR
-- Peu m'importe, je donnerais trois fois autant de territoire — à un ami vraiment méritant; — mais, en fait de marché, voyez-vous bien, — je chicanerais sur la neuvième partie d'un cheveu. — Les traités sont-ils dressés? partonsnous ?
GLENDOWER
— Il fait un beau clair de lune, vous pouvez partir de nuit. — Je vais presser l'écrivain et, en même temps, — révéler votre départ à vos femmes. — J'ai peur que ma fille n'en devienne folle, — tant elle radote de son Mortimer.
Il sort.
MORTIMER
— Fi, cousin Percy ! comme vous contrecarrez mon père !
HOTSPUR
— Je ne puis m'en empêcher. Parfois il m'exaspère, — en me parlant de la taupe et de la fourmi, — du visionnaire Merlin et de ses prophéties, — et d'un dragon, et d'un poisson sans nageoire, — d'un griffon aux ailes rognées, et d'un corbeau qui mue, — d'un lion couchant et d'un chat rampant, — et de je ne sais quel galimatias — qui me met hors de moi (45). Je vais vous dire, — la nuit dernière encore il m'a tenu neuf heures au moins, — à énumérer les noms des divers diables — qui étaient ses laquais. Je criais humph! bien! continuez! — mais je n'écoutais pas un mot. Oh! il est aussi fastidieux — qu'un cheval fatigué,