‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 122 sur 325 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

qu'une femme bougonne, — pire qu'une maison enfumée. J'aimerais mieux vivre — de fromage et d'ail dans un moulin à vent, bien loin, — que de faire la meilleure chère et de l'entendre causer, — dans n'importe quelle maison de plaisance delà chrétienté.

MORTIMER

— Ma foi, c'est un digne gentilhomme, — parfaitement instruit et initié — à d'étranges mystères ; vaillant comme un lion, — et prodigieusement affable, et aussi généreux — que les mines de l'Inde. Vous le dirai-je, cousin? — il a pour votre caractère de grands égards, — et il fait même violence à sa nature, - quand vous contrariez son humeur; oui, ma foi. - Je vous garantis qu'il n'y a pas un homme vivant — qui aurait pu le provoquer comme vous l'avez fait, — sans essuyer une terrible rebuffade. — Mais ne recommencez pas souvent, je vous en conjure.

WORCESTER

— En vérité, milord, vous vous obstinez trop dans votre tort ; — depuis votre arrivée ici, vous en avez assez fait — pour pousser sa patience à bout. — Il faut que vous appreniez, milord, à vous corriger de ce défaut-là, — Bien que parfois il atteste de la grandeur, du courage, de la noblesse, — (et c'est là la grâce suprême qu'il vous donne,) — souvent néanmoins il décèle l'emportement brutal, — le défaut de ma-» nières, le manque de retenue, ~ l'orgueil, la hauteur, la présomption et le dédain ; — et le moindre de ces travers, quand il hante un gentilhomme, — lui aliène les cœurs, et fait tache — à la beauté de toutes ses vertus, — en leur retirant le charme.

HOTSPUR

— Bon, me voici à l'école ! que les bonnes manières vous soient en aide ! — Voici venir nos femmes ; prenons congé d'elles.

Glendower revient avec Lady Mortimer et Lady Percy.

MORTIMER

— Une contrariété qui m'agace mortellement, — c'est que ma femme ne sait pas l'anglais, et que je ne sais pas le welche.

GLENDOWER

— Ma fille pleure; elle ne veut pas se séparer de vous;

— elle veut être soldat, elle aussi ; elle veut aller ù la guerre.

MORTIMER

— Cher père, dites-lui qu'elle et ma tante Percy — nous rejoindront promptement sous votre escorte.

Glendower parle à sa fille en welche et elle lui répond dans la même langue.

GLENDOWER

— Elle n'en veut pas démordre; une revêche et obstinée coquine, — sur qui le raisonnement ne peut rien !

Lady Mortimer parie en welche à Mortimer.

MORTIMER

— Je comprends tes regards ; ce joli welche — que tu verses de ces cieux gonflés, — je ne l'entends que trop parfaitement ; et, n'était la timidité, — je te répliquerais dans ce parler-là.

Lady Mortimer parle en l'embrassant.

— Je comprends tes baisers, et toi les miens, — et voilà une discussion sentie. — Mais je n'aurai pas de repos, amour, -que je n'aie appris ta langue; car, dans ta bouche

— le welche est aussi suave que les plus belles stances, — chantées sur le luth, avec de ravissantes modulations, —par une belle reine, sous un bosquet d'été.

GLENDOWER

— Ah ! si vous vous attendrissez, elle va devenir folle.

Lady Mortimer parle de nouveau.

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