‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 127 sur 325 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

sans portée. - Me faisant voir rarement, je ne pouvais bouger, — sans provoquer l'étonnement, ainsi qu'une comète : — les uns disaient à leurs enfants : C'estlui! — d'autres s'écriaient : où cela? lequel est Bolingbroke? — Et alors je dérobais au ciel tous les hommages ; — et je me drapais dans une telle humilité — que j'arrachais l'allégeance de tous les cœurs, — les acclamations et les vivats de toutes les bouches, — en présence même du roi couronné. —C'est ainsi que je conservais mon prestige frais et nouveau; — ma présence, comme une robe pontificale, — était toujours remarquée avec étonnement ; et c'est pourquoi mon apparition, — événement toujours éclatant, faisait l'efîet d'une fête, — et gagnait par la rareté une telle solennité ! — Quant au roi ambulant, il trottait de tous côtés — avec de plats bouffons, esprits extravagants, feux de paille — aussitôt éteints qu'allumés; il jetait de côté sa dignité, — il commettait sa majesté avec des bateleurs, des fous, — et laissait profaner son grand nom par leurs sarcasmes; — en dépit de ce nom, il encourageait — de ses rires les plaisanteries des pages, et s'offrait en butte — aux vains quolibets du premier imberbe venu. — Il était le familier de la rue, — il s'inféodait à la populace, — et, comme chaque jour il — rassasiait les hommes de sa présence, —tous étaient écœurés de ce miel, et le prenaient — en dégoût, comme une chose douce qui, pour peu — qu'elle devienne fastidieuse, devient fastidieuse à l'excès. — Aussi, quand il avait occasion de se montrer, — il était comme le coucou en juin, — qu'on entend sans y prendre garde ; s'il était vu, c'était par des yeux — qui, lassés et blasés par l'habitude, —ne lui accordaient pas cette attention extraordinaire — qui se fixe sur le soleil de la royauté, — quand il ne brille que rarement à la vue des admirateurs, — par des yeux endormis qui baissaient leurs paupières — somnolentes devant lui, et lui présentaient cet aspect morne — qu'un homme ombrageux a

pour un adversaire, — tant ils étaient saturés, gorgés, fatigués de sa présence ! — Et toi, Harry, tu es exactement dans le même cas. — Tu as perdu ta prérogative princière

— par d'avilissantes associations. Tous les yeux — sont las de ta banale présence, — excepté les miens qui auraient désiré te voir davantage, — et qui maintenant encore, en dépit de moi-même, — sont aveuglés par une folle tendresse.

LE PRINCE HENRY

— A l'avenir, mon trois fois gracieux seigneur, je saurai

— mieux être moi-même.

LE ROI

Par l'univers, — ce que tu es à cette heure, Richard l'était, alors — qu'arrivant de France, je débarquai à Ravenspurg ; —et ce que j'étais alors, Percy l'est aujourd'hui.

— Ah ! par mon sceptre, et par mon âme, — il a plus de titres au pouvoir — que toi, fantôme d'héritier ; — car, sans droit, sans couleur même de droit, — il couvre de harnais les campagnes du royaume, — il affronte la gueule armée du lion ; — et, sans devoir à l'âge autant que toi, — il conduit de vieux lords et de vénérables évêques — aux batailles sanglantes et- aux mêlées meurtrières. — Quelle impérissable gloire n'a-t-il pas acquise — contre cet illustre Douglas qui, par ses hauts faits, — ses incursions hardies et sa grande renommée militaire, — a conquis le rang suprême parmi les soldats — et le titre de premier capitaine

— dans tous les royaumes qui reconnaissent le Christ! — Trois fois cet Hotspur, ce Mars au maillot, — ce guerrier enfant, a déconfit le grand Douglas — en ses entreprises; il l'a fait prisonnier, — l'a mis en hberté et en fait son ami ; — et le voilà qui, haussant la voix profonde du défi, — ébranle la paix et la sûreté de notre trône! — Que dis-tu de cela? Percy, Northumberland, — Sa Grâce l'archevêque d'York,

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