SCÈNE IX
Douglas, Mortiraer, — se coalisent contre nous et sont en campagne. — Mais pourquoi te dire ces nouvelles, à toi? — Pourquoi te parler de mes adversaires, à toi, Harry, — qui es mon plus proche et mon plus intime ennemi ! — Peut-être teverra-t-on, cédant à la peur vassale, —à une passion basse, à un accès d'humeur, — combattre contre moi à la solde de Percy, — ramper à ses talons et flatter sa colère — pour montrer à quel point tu es dégénéré !
LE PRINCE HENM.
~ Ne le croyez pas ; vous ne verrez rien de pareil. — Que Dieu pardonne à ceux qui m'ont aliéné — à ce point la bonne opinion de Votre Majesté ! — Je veux racheter tout cela sur la têtede Percy; — et,àlafin deqaelqueglorieusejournée, — je m'enhardirai à vous dire que je suis votre fils ; — alors je porterai un vêtement de caillots, — elje cacherai mes traits sous un masquedesang — qui, une fois lavé, efl'acera ma honte. — Et ce sera le jour, à quelque époque qu'il brille, — oià cet enfant de l'honneur et delà renommée, — ce galant Hotspur, ce chevalier vanté de tous, — et votre Harry méconnu se seront rencontrés. — Puissent toutes les illustrations entassées sur son cimier— se multiplier à l'infini, et sur ma tête — s'accumuler les hontes ! Car le moment viendra — oià je forcerai ce jouvenceau du nord à échanger — sa gloire contre mes indignités. —Mon bon seigneur, Percy n'est qu'un commis — chargé de faire pour moi provision de hauts faits ; — mais j'exigerai de lui un compte si rigoureux — qu'il me restituera jusqu'à la moindre gloire, — jusqu'àla plus légère louange, — dussé-je lui arracher ce compte du cœur ! — Voilà ce que je promets ici, au nom de Dieu : — s'il lui plaît que je tienne parole, - je supplie Votre Majesté de jeter le baume de l'indulgence — sur les plaies invétérées de mon intempérance. — Sinon, la fin de la vie brise tous les liens; — et je mourrai de cent mille morts, — avant de rompre la moindre parcelle de ce vœu.
LE ROI HENRY
— Voilà l'arrêt de mort de cent mille rebelles. — Tu auras de l'emploi et ma souveraine confiance.
Entre Blunt.
— Eh bien, bon Blunt? tu as l'air bien pressé.
BLUNT
— Comme l'affaire, dont je viens vous parler. — Lord Mortimer d'Ecosse a envoyé dire — que Douglas et les rebelles anglais ont fait leur jonction, — le onze de ce mois, à Shrewsbury. — Si tous tiennent leurs promesses, — jamais forces plus imposantes et plus formidables — n'ont menacé un État d'un mauvais tour.
LE ROI
— Le comte de Westmoreland est parti aujourd'hui — avec mon fils lord John de Lancaslre ; — car cette nouvelle est déjà vieille de cinq jours. — Mercredi prochain, Harry, vous partirez ; — jeudi, nous nous mettrons nous-même en marche. — Notre rendez- vous est Bridgenorth : et vous, Harry, — vous vous dirigerez par le Glocestershire. En calculant — ce qui nous reste à faire, il faut une douzaine de jours encore — pour que toutes nos forces soient réunies à Bridgenorth. — Nous avons beaucoup d'affaires sur les bras. En avant ! — Notre ennemi se renforce de nos délais.
Ils sortent.