SCÈNE XV
WORCESTER
— Ecoutez-moi, mon seigneur. — Pour ma part, je serais bien aise — de passer le tardif reste de ma vie — dans des heures tranquilles; car je proteste — que je n'ai pas cherché ce jour de discorde.
LE ROI
— Vous ne l'avez pas cherché! Comment donc est-il venu?
FALSTÂFF.
— La rébeUion était sur son chemin, et il l'a rencontrée.
LE PRINCE HENRY
— Paix, chouette, paix!
AYORCESTER.
— Il a plu à Votre Majesté de détourner — de moi et de toute notre maison les regards de sa faveur ; — et pourtant, je dois vous le rappeler, milord, — nous avons été les premiers et les plus dévoués de vos amis. — Pour vous, je brisai mon bâton d'office — au temps de Richard ; je courus nuit et jour — afin de vous rejoindre et de baiser votre main, — alors que vous étiez, par la position et le crédit, — beaucoup moins puissant et fortuné que moi. - C'est mon frère, son fils et moi-même — qui vous ramenâmes dans vos foyers, affrontant hardiment — tous les dangers du moment. Alors vous nous jurâtes, — et vous fîtes ce serment à Doncaster, — que vous ne méditiez rien contre l'Etat, — et que vous ne réclamiez que votre nouvelle succession, — l'héritage de Jean de Gand, le duché de Lancastre : — pour cela nous vous promîmes assistance. Mais bientôt — la fortune fit pleuvoir ses faveurs sur votre tête, —et un déluge de prospérités tomba sur vous : — notre secours, l'absence du roi, ~ les abus d'une époque de désordre, — les souffrances que vous aviez apparemment supportées, — et les vents contraires, qui retenaient le roi — dans sa malheureuse guerre d'Irlande, depuis si longtemps — que toute l'Angleterre le croyait mort, — tout
cela était pour vous un essaim d'avantages ; — vous en prîtes occasion pour vous faire prier au plus vite — de prendre en main le pouvoir suprême. — Vous mîtes en oubli le serment que vous nous aviez fait à Doncaster . — Elevé par nous, vous nous avez traités — comme ce nourrisson ingrat, le coucou, — traite le passereau; vous avez bouleversé notre nid. — Votre hauteur, alimentée par nous, est devenue telle
— que notre dévouement même n'a plus osé s'offrir à votre vue — de peur d'être dévoré; et nous avons été forcés, — dans l'intérêt de notre sûreté, de fuir à tire d'ailes — votre présence et d'improviser cette résistance, — forts désormais des armes — que vous-même avez forgées contre vous-même
— par vos iniques procédés, par votre attitude menaçante, — et par la violation de tous les vœux et de tous les serments — que vous aviez faits dans la jeunesse de votre entreprise.
LE ROI
— Toutes ces choses-là, vous les avez débitées, — proclamées aux croix des marchés, lues dans les églises, — pour lustrer le vêtement de la rébellion — de quelques belles couleurs qui puissent plaire aux yeux — des esprits capricieux et changeants, de ces pauvres mécontents — qui restent bouche béante et se frottent les mains — à la nouvelle de tout bouleversement nouveau. — Jamais insurrection n'a été à court — de fausses couleurs pour décorer sa cause, —ni de gueux turbulents, affamés - de trouble, de dévastation et de confusion.
LE PRINCE HENRY
— Plus d'une âme, dans nos deux armées, — paiera cher cette rencontre, — si une fois elles en viennent aux prises. Dites à votre neveu — que le prince de Galles se joint au monde entier — pour louer Henry Percy. J'en jure par mes espérances, — l'entreprise présente mise décote, —je ne crois pas qu'il existe aujourd'hui un gentilhomme plus brave, — plus activement vaillant, plus vaillamment jeune,