SCÈNE III
HASTINGS
— Avec lui, ils le peuvent.
LORD BARDOLPHE.
Oui, parbleu, voilà le vrai. - Mais si, sans lui, nous nous jugeons trop faibles, — mon avis est que nous ne devons pas nous avancer trop loin, — avant d'avoir co secours sous la main, — Car, dans une affaire de si sanglant aspect, — les conjectures, les espérances, les suppositions
— d'auxiliaires incertains doivent être non avenues.
— Vous avez raison, lord Bardolphe ; car c'est là effectivement — le cas du jeune Hotspur à Shrewsbury.
LORD BARDOLPHE.
— Justement, milord ; il s'était bercé d'espérances, —aspirant l'air dans l'attente de secours promis, — se flattant de recevoir des renforts, — qui, en réalité ont été inférieurs à ses plus infimes calculs ; — et c'est ainsi qu'avec la grande imagination — propre aux fous, il a conduit ses troupes à la mort, - et s'est jeté les yeux fermés dans l'abîme.
HASTINGS
— Mais permettez, il n'y a jamais de mal — àcalculerles probabilités et les motifs d'espoir.
LORD BARDOLPHE.
— Il peut y en avoir, si les ressources immédiates de la guerre, — les forces nécessaires à la marche de l'entreprise,
— n'existent qu'en espérance, comme ces boutons que nous voyons — apparaître au commencement du printemps. L'espoir de les voir porter fruit — offre moins de certitude que la crainte — de les voir mordus par la gelée. Quand nous voulons bâtir, — nous étudions d'abord le terrain, puis nous traçons le plan ; — et quand nous voyons le dessin de l'édifice, — alors nous calculons les frais de construction : — si nous trouvons qu'ils dépassent nos moyens, — que faisons-nous ? Nous retraçons notre plan — sur des
proportions moindres ou, enfin, nous renonçons — à bâtir. A plus forte raison, dans cette grande entreprise, — où il s'agit presque d'abattre une royauté — et d'en relever une autre, devons-nous étudier — l'état du terrain, faire le plan,
— choisir des fondations sûres, — consulter les experts, examiner nos propres ressources, — pour savoir si une pareille œuvre est, oui ou non, — au-dessus de nos moyens. Autrement, — nos forces n'existent que sur le papier et en chiffres, — et, au lieu d'hommes, nous n'alignons que des noms d'hommes : — pareils à quelqu'un qui tracerait un plan de maison — trop dispendieux pour lui, et qui, après l'avoir exécuté à demi, — y renoncerait, laissant sa coûteuse ébauche, — exposée nue aux larmes des nuages, —en proie à la brutale tyrannie de l'hiver.
HASTINGS
— Admettons que nos espérances , si bien conçues qu'elles semblent, — doivent aboutir à un avortement, admettons que nous n'ayons plus — un seul homme à attendre ; — je crois encore que nos forces sont assez considérables, — telles qu'elles sont, pour égaler celles du roi.
LORD BÂRDOLPHE.
— Quoi ! est-ce que le roi n'a que vingt-cinq mille hommes ?
HASTINGS
— A nous opposer, pas davantage ; non, pas même autant, lord Bardolphe. — Car, pour faire face aux périls criants, son armée — est divisée en trois corps : un, contre les Français ; — un autre, contre Glendower ; le troisième, forcément — dirigé contre nous. Ainsi, voilà ce roi débile
— partagé en trois; et ses coffres ne rendent plus — que le son creux de la misère,
l'archevêque.
— Qu'il rassemble ses forces éparses — pour nous acca-