‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 179 sur 325 · scène iii · texte numérisé non relu

scène iii

l'hôtesse.

Mon bon lord, soyez bon pour moi ! je vous conjure de me soutenir.

LE GRAND JUGE

— Eh bien, sir Joiin ? quel tapage faites-vous ici ? — Cela sied-il à votre position, à votre emploi, à votre mission ? — Vous devriez être déjà loin sur la route d'York.

Au recors,

— Lâche-le, l'ami : pourquoi t'accroches-tu à lui? —

L'HOTESSE

0 mon très-vénérable lord, n'en déplaise à Votre Grâce, je suis une pauvre veuve d'East-Cheap, et il est arrêté à ma requête.

LE GRAND JUGE

Pour quelque compte, sans doute ?

L' HOTESSE

Il n'y a là aucun conte, milord, il s'agit de tout mon avoir. 11 m'a tout mangé, maison et le reste ; il a mis toute ma substance dans sa grosse bedaine... Mais va, tu m'en rendras une partie, ou je serai toutes les nuits sur toi, comme ta bête noire.

FALSTAFF

Je crois plus probable que je serai, moi, sur la bête noire, pour peu que j'aie l'avantage du terrain.

Qu'est-ce que ça signifie, sir John? Fi! quel homme de tempérament raisonnable pourrait endurer cette tempête d'imprécations? Est-ce que vous n'avez pas honte de forcer une pauvre veuve à recourir à de telles violences pour ravoir son bien?

FALSTAFF, à l'hôtesse.

Quelle est la somme totale de ce que je te dois ?

l' HOTESSE.

Morguienne ! ta personne et ton argent, si tu étais un

honnête homme. Tu m'a juré, sur un gobelet à figures dorées, assis dans ma chambre du Dauphin, à la table ronde, près d'un feu de charbon, le mercredi de la Pentecôte, le jour où le prince t'a fendu la tête pour avoir comparé son père à un chanteur de Windsor, tu m'as juré, au moment oià je lavaista blessure, de m'épouser et de faire de moi milady ton épouse. Peux-tu nier ça? Est-ce que Dame Réjouissanse, la femme du boucher, n'est pas entrée alors, en m'appeliant commère Quickly? Elle venait m'emprunterun filet de vinaigre, nous disant qu'elle avait un bon plat de crevettes ; sur quoi tu as demandé à en manger ; sur quoi je t'ai dit que c'était mauvais pour une blessure fraîche. Et, quand elle est descendue, est-ce que tu ne m'as pas dit de ne plus êlre si familière avec ces petites gens-là, ajoutant qu'avant peu on m'appellerait madame? Et puis, est-ce que tu ne m'as pas embrassée, en me disant de t'aller chercher trente shillings? Maintenant je te somme de jurer sur le saint livre : nie ça, si tu peux.

FALSTÂFF.

Milord, c'est une pauvre folle ; elle dit par toute la ville que son fils aîné vous ressemble ; elle a été dans une bonne situation, et le fait est que la pauvreté lui a troublé les idées. Mais quant à ces niais d'exempts, permettez, je vous prie, que j'exerce un recours contre eux.

Sir John, sir John, je connais fort bien votre manière de fausser et de torturer la vérité ! Ce n'est ni votre air assuré, ni le tas de paroles que vous laissez échapper avec une effronterie plus qu'impudente, qui peut me faire dévier de la stricte impartialité ; vous avez, il me semble, abusé de la complaisante crédulité de cette femme pour faire servir à vos besoins sa bourse et sa personne.

l'hôtesse.

Oui, vraiment, milord.

SGÈM IV. 341

LE GRAND JUGE

Paix, je te prie ! . . . Payez-lui ce que vous lui devez, et réparez le tort que vous lui avez causé : vous pouvez faire l'un avec de la monnaie sterling, et l'autre avec la pénitence courante.

FALSTÂFF.

Milord, je ne subirai pas cette réprimande sans répliquer. Vous qualifiez d'impudente effronterie une honorable franchise : qu'un homme fasse la révérence sans rien dire, c'est un vertueux personnage. Eh bien, non, milord, sans oublier le respect que je vous dois, je ne vous parlerai pas en suppliant; je vous dis que je demande à être délivré de ces recors, le service du roi me réclamant au plus vite.

LE GRAND JUGE

Vous parlez comme si vous étiez libre de faire le mal : répondez donc d'une manière digne de votre caractère, en satisfaisant cette pauvre femme.

FALSTAFF

Viens ici, l'hôtesse.

Il prend l'hôtesse à part.

Entre GowER.

Eh bien, maître Gower, quelles nouvelles?

GOWER, remettant un papier au grand juge.

- Milord, le roi et Henry, prince de Galles - vont arriver. Ce papier vous dira le reste.

Le grand juge lit le papier.

FALSTAFF, parlant à l'hôtesse.

Foi de gentilhomme !

l'hotesse.

Bah ! vous disiez de même auparavant.

FALSTAFF

Foi de gentilhomme!... Allons, n'en parlons plus.

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