‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 201 sur 325 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

[Le palais du roi à Londres.]

Entre le Roi Henry, en robe de chambre, accompagné d'un Page,

LE ROI

— Va appeler les comtes de Surrey et de Warwick ; — mais, avant qu'ils viennent, dis-leur de lire ces lettres, —et de bien les examiner. Dépêche-toi.

Le page sort.

— Combien de milliers de mes plus pauvres sujets— sont à cette heure endormis ! 0 sommeil, ô doux sommeil, — tendre infirmier de la nature, quel effroi t'ai-je causé, — que tu ne veux plus fermer mes paupières — et plonger mes sens dans l'oubli ! — Pourquoi, sommeil, te plais-tu dans les huttes enfumées, — étendu sur d'incommodes grabats, — où tu t'assoupis au bourdonnement des mouches nocturnes, — plutôt que dans les chambres parfumées des grands, — sous les dais de la pompe somptueuse, — caressé parles sons de la plus suave mélodie? — 0 dieu stupide ! pourquoi reposes-tu avec le misérable — sur des lits infects , et abandonnes-tu la couche royale , — comme la guérite du veilleur, comme le beffroi de la cloche d'alarme? — Quoi ! tu vas au haut des mâts vertigineux — fermer les yeux du mousse et bercer sa tête — dans le rudo berceau

de la vague impérieuse, — sous le souffle des vents — qui prennent par la crête les lames furieuses, — frisent leurs monstrueuses chevelures et les suspendent — aux nuées fugitives avec des clameurs assourdissantes — dont le vacarme réveille la mortelle-même ! — Peux-tu donc, ô partial sommeil, accorder le repos, — dans une heure si rude, au pauvre mousse mouillé, — et, par la nuit la plus calme et la plus tranquille, — en dépit de toutes les sollicitations et de toutes les ressources du luxe, — le refuser à un roi ! Repose donc, heureux d'en bas ! — Inquiète est la tête qui porte une couronne!

Entrent Warwick, Surrey et sir JoHN Blunt. WARWICK.

— Mille bonjours à Votre Majesté !

LE ROI

— Quoi ! bonjour déjà, milord?

WARWICK

Il est plus d'une heure du matin.

LE ROI HENRY

— Eh bien donc, bonjour à vous tous, milords. — Avezvous lu les lettres que je vous ai envoyées ?

WARWICK

Oui, mon suzerain.

LE ROI

— Vous voyez donc dans quel triste état — est le corps de notre royaume ; de quelle maladie violente — et dangereuse il est atteint près du cœur.

WARWICK

— Ce n'est encore qu'une constitution troublée, — à laquelle on peut restituer toute son énergie — avec de bons avis et une médecine légère. —Milord Northumberland sera bientôt refroidi.

— Mon Dieu ! que ne peut-on lire le livre du destin, —et

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