‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 21 sur 325 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

tête ; — et, si petite que soit cette cage, — leurs ravages ont toute l'étendue de ce royaume. — Oh ! si d'un regard prophétique ton aïeul avait — pu voir comment le fils de son fils ruinerait ses fils, — il aurait rais ton déshonneur hors de ta portée ; — il t'aurait dépossédé d'avance en te déposant, — plutôt que de te laisser, possédé que tu es, te déposer toimême. —Oui, cousin, quand tu serais le maître du monde,

— il y aurait déshonneur à affermer ce pays ; —mais quand tu ne possèdes au monde que l'Angleterre, — n'est-il pas plus que déshonorant delà déshonorer ainsi? — Tu es un seigneur d'Angleterre, tu n'en es plus le roi : —ta puissance légale s'est asservie à la loi, — et...

Et toi, chétif esprit, imbécile lunatique, — tu te prévaux du privilège de la fièvre, — pour oser avec ta morale glacée

— faire pâlir notre joue, pour oser, dans ton délire, —chasser le sang royal de sa résidence native ! — Ah ! par la très -royale majesté de mon trône, — si tu n'étais le frère du fils du grand Edouard, — cette langue, qui roule si rondement dans ta tête, — ferait rouler ta tête de tes insolentes épaules !

JEAN DE GAND

— Oh ! ne m'épargne pas, fils de mon frère Edouard, — par cette raison que je suis le fils d'Edouard son père ! — Pareil au pélican, tu as déjà tiré — de ce sang et tu t'en es enivré. — Mon frère Glocester, cette âme si franchement bienveillante, — (veuille le ciel l'admettre à la félicité parmi les âmes bienheureuses !) — peut te servir de précédent, pour témoigner — que tu ne te fais pas scrupule de verser le sang d'Edouard. — Ligue-toi avec mon mal présent; — et que ta cruauté s'associe à la vieillesse crochue — pour faucher d'un coup une fleur depuis trop longtemps flétrie. — Vis dans ton infamie, mais que ton infamie ne meure pas avec toi ! — Et puissent ces

derniers mots être à jamais tes bourreaux î . . . — Portez-moi à mon lit, et puis à ma tombe ! — Que ceux-là aiment la vie qui ont encore l'amour et l'honneur !

Il sortj emporté par ses gens.

— Et que ceux-là meurent qui n'ont plus que la vieillesse et l'humeur sombre ! — Tu n'as plus qu'elles deux, et toutes deux sont faites pour la tombe.

YORK

— Je supplie Votre Majesté de n'imputer ses paroles — qu'à l'humeur d'une sénilité maladive. — Il vous aime, sur ma vie, et vous chérit — autant que Henry, duc de Hereford, s'il était ici.

— C'est juste ; vous dites vrai : son affection ressemble à celle de Hereford ; — la mienne ressemble à la leur. Les choses doivent être comme elles sont.

Entre Northumberland.

NORTHUMBERLAND

— Mon suzerain, le vieux Gand se recommande au souvenir de Votre Majesté.

— Que dit-il?

NORTHUMBERLAND

Rien, vraiment : tout est dit. — Sa langue est désormais un instrument sans corde. — Paroles et vie, le vieux Lancastre a tout épuisé.

YORK

— Puisse York être maintenant le premier à faire ainsi banqueroute ! — Si pauvre que soit la mort, elle met fin à la misère mortelle.

— Le fruit le plus mûr doit tomber le premier ; de là sa

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