SCÈNE X
lettres, — vous dont les blancs vêtements figurent l'innocence, — colombe et esprit saint de la paix, — pourquoi, dans votre coupable égarement, traduisez-vous ainsi — la parole de paix qui recèle une telle grâce, — par le langage rauque et furibond de la guerre, — faisant de vos livres des tombes, de votre encre du sang, — de vos plumes des lances et de votre langue divine — le bruyant clairon, la fanfare de la guerre !
l'archevêque.
— Pourquoi j'agis ainsi (74)? telle est votre question. — Voici brièvement dans quel but. Nous sommes tous malades;
— nos excès et notre extravagant régime — nous ont donné une fièvre brûlante — qui nous rend nécessaire une saignée. C'est de cette maladie — que notre feu roi Richard, étant atteint, mourut. — Mais, mon très-noble lord Westmoreland, — je ne suis pas venu ici comme médecin ; — et ce n'est pas comme ennemi de la paix — que je campe dans les rangs des hommes d'armes ; — je me borne à déployer un moment l'effrayant appareil de la guerre, — pour traiter les esprits malades, écœurés de bonheur, — et pour purger les obstructions qui commencent à embarrasser — en nous les veines essentielles de la vie. Pour parler plus nettement, — j'ai scrupuleusement pesé dans une juste balance—les maux que peuvent causer nos armes et les maux que nous subissons, — et je trouve nos souffrances moins légères que nos offenses. — Nous voyons quelle direction suit le cours des choses, — et nous sommes arrachés à notre paisible retraite — par le brusque torrent des circonstances.
— Nous avons le sommaire de tous nos griefs, — que nous produirons en détail au moment favorable. — Nous l'aurions depuis longtemps présenté au roi, — mais toutes nos démarches n'ont pu nous obtenir audience. — Quand nous sommes lésés et que nous voulons expliquer nos griefs, — l'accès de sa personne nous est refusé — par les hommes
même qui nous ont le plus lésé. ~ Les dangers d'une époque toute récente, — dont le souvenir est écrit sur la terre
— en lettres de sang encore visibles, et les exemples — multipliés par chaque minute qui s'écoule —nous ont réduits à revêtir ces armes malséantes, — non pour rompre la paix ni aucun de ses rameaux, — mais pour établir ici une paix réelle — qui existe à la fois de nom et défait.
WESTMORELÂND.
— Quand a-t-on jamais repoussé VOS réclamations? —En quoi avez -vous été froissés par le roi ? — Quel pair a-t-on suborné pour VOUS blesser ? — Pour quel motif scellez-vous d'un sceau divin — le livre sanglant et illicite d'une rébellion menteuse, — et consacrez -vous la lame acérée de l'émeute ?
^ l'archevêque.
— Des griefs de l'Etat, notre frère commun, — comme de la cruauté exercée, dans ma famille, sur mon frère de naissance, - je fais ma querelle personnelle.
WESTMORELAND
— Il n'y a pas là de redressement à faire ; — ou, s'il en est, cette tâche ne vous appartient pas.
MOWBRAY
— Et pourquoi ne lui appartiendrait-elle pas, en partie, ainsi qu'à nous tous, — qui sentons encore les meurtrissures du passé — et qui voyons le temps présent — appesantir une main oppressive et inique — sur nos honneurs?
WESTMORELAND
Omon bon lord Mowbray (75), - jugez le temps d'après ses nécessités, — et vous direz alors vraiment que c'est le temps, — et non le roi, qui cause vos maux. — Quant à vous, pourtant, il me semble — que ni le roi ni le temps présent
— ne vous ont donné lieu — de bâtir le moindre grief, N'avez-vous pas été réintégré — dans toutes les seigneuries du duc de Norfolk, — votre noble père de digne mémoire?