‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 212 sur 325 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MOWBRAY

— Qu'avait donc perdu mon père dans son honneur, — qui eût besoin de revivre et d'être ranimé en moi? - Le roi qui l'aimait, par une raison d'Etat — fut forcé, impérieusement forcé de le bannir. — Et c'était le moment où Henry Bolingbroke et lui, — tous deux en selle, dressés sur leurs arçons, — leurs coursiers hennissant comme pour agacer l'éperon, — leurs lances en arrêt, leurs visières baissées, — leurs yeux de flamme étincelant à travers les jours de l'acier, — allaient s'entrechoquer dans une éclatante fanfare ! — A ce moment, au moment m.ême oii rien ne pouvait protéger — contre l'élan de mon père la poitrine de Bolingbroke, — oh ! à ce moment le roi précipita contre terre son bâton; ~ et en même temps il se précipita lui-même, ainsi que tous ceux — qui, soit par jugement, soit à coups d'épée, — ont depuis succombé sous Bolingbroke.

WESTMORELAND

— Vous affirmez là, lord Mowbray, ce que vous ne savez pas. - Le comte de Hereford était alors réputé — le plus vaillant gentilhomme d'Angleterre. — Qui saitauquel desdeux la fortune eût alors souri?— Mais, quand même votre père eût obtenu là la victoire, — il ne serait pas sorti triomphant de Coventry; — car le pays entier, d'une voix unanime, — criait anathème sur lui, et concentrait toutes ses prières, — tout son amour sur Hereford qu'il adorait, — et bénissait, et révérait plus que le roi. — Mais ceci n'est qu'une digression hors de mon sujet. — Je viens ici de la part du prince, notre général, — pour connaître vos griefs, pour vous dire de la part de Sa Grâce — qu'elle est prête à vous donner audience. — Toutes celles de vos demandes qui paraîtront justes, — vous les obtiendrez; et l'on mettra à néant — jusqu'à la supposition de votre inimitié.

MOWBRAY

— Mais cette offre, il nous a forcés à la lui imposer ; —et elle procède de la politique, non de la sympathie.

WESTMORELAND

— Mowbray, vous êtes par trop présomptueux de le prendre ainsi. — Cette offre émane de la clémence, non de la peur. — Car, tenez! voici notre armée en vue; — et, sur mon honneur, elle est trop confiante — pour donner accès à une pensée de crainte. — Nos lignes comptent plus de noms illustres que les vôtres; — nos hommes sont plus habiles au maniement des armes; — nos armures sont toutes aussi fortes, et notre cause est la meilleure. — Ainsi, la raison veut que nos cœurs soient aussi braves. — Ne dites donc pas que notre offre est forcée.

MOWBRAY

— Eh bien, si l'on m'en croit, nous n'admettrons pas de pourparler.

WESTMOREUND.

— Cela prouve uniquement la confusion que vous cause votre offense. — Un cas véreux ne veut pas même être effleuré.

HASTINGS

— Le prince John a-t-il des pleins pouvoirs, — aussi vastes que l'autorité même de son père, — pour nous entendre et déterminer absolument — les conditions qui nous seront faites ?

WESTMOREUND.

— Cela est sous-entendu dans le titre de général. — Je suis surpris que vous fassiez une si frivole question.

l'archevêque.

— Eh bien, milord Westmoreland, prenez cette cédule ; — car elle contient nos doléances générales. — Que chacun de ces articles obtienne un redressement ; — que tous les membres de notre cause qui, ici et ailleurs, — sont engagés

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