‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 219 sur 325 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

COLEVILLE

Oui, milord.

LE PRINCE JOHN

— Tu es un fameux rebelle, Coleville.

FALSTÂFF.

— Et c'est un sujet fameusement fidèle qui l'a pris.

COLEVILLE

— Je ne suis, milord, que ce que sont mes supérieurs, — qui m'ont conduit ici. S'ils s'étaient laissé guider par moi, — ils vous eussent vendu plus cher leur existence. —

FALSTÂFF.

Jenesaispascombienilsrontvendue;maistoi,tuasdonné la tienne gratis, comme un bon garçon, et je t'en remercie.

Rentre Westmoreland.

LE PRINCE JOHN

— Eh bien, avez-vous arrêté la poursuite?

WESTMORELAND

— On a fait retraite et suspendu le carnage.

LE PRINCE JOHN

— Envoyez Coleville, ainsi que ses confédérés, — à York, pour y être exécutés sur-le-champ. ~ Blunt, emmenez-le, et tenez-le sous bonne garde.

On emmène Coleville.

— Et maintenant dépêchons-nous de partir pour la cour, milords. — J'apprends que le roi mon père est gravement malade. —La nouvelle de nos succès nous précédera auprès de Sa Majesté - et lui fera du bien : vous, cousin, vous la porterez, —et nous vous suivrons avec une sobre célérité. —

FALSTAFF

Milord, permettez-moi, je vous en conjure, dépasser par le Glocestershire; et quand vous arriverez à la cour, je vous en prie, soyez bon prince pour moi dans votre bon rapport. XI. 26

LE PRINCE JOHN

— Adieu, Falstaff ; en ma qualité suprême, —je parlerai de vous mieux que vous ne le méritez. —

Il sort.

FALSTAFF, seul.

Je voudrais seulement que vous eussiez de l'esprit; cela vaudrait mieux que votre duché... Sur mon âme, ce jeune gars à sang-froid ne m'aime pas (77) ; et personne ne peut le faire rire ; mais ça n'est pas étonnant, il ne boit pas de vin ! Ces garçons rigides ne viennent jamais à bien ; car leur boisson maigre, jointe à leurs nombreux repas de poisson, leur refroidit tellement le sang qu'ils sont atteints d'une espèce de chlorose masculine ; et alors, quand ils se marient, ils font des femmelettes ; ils sont généralement niais et couards ; comme le seraient plusieurs d'entre nous, sans quelque stimulant. Un bon vin de Xérès a un double effet. Il vous monte au cerveau, y dessèche toutes les sottes, stupides et acres vapeurs qui l'environnent, le rend sagace, vif, inventif, et le remplit de conceptions légères, ardentes et délectables, lesquelles, transmises à la voix, à la langue qui leur donne naissance, deviennent d'excellentes saillies. La seconde propriété de votre excellent Xérès est de réchauffer le sang qui, auparavant froid et rassis, laissait le foie blanc et pâle, ce qui est Tinsigne de la pusillanimité et de la couardise ; mais le Xérès le réchauffe, et le fait courir de l'intérieur aux extrémités. Il illumine la face qui, comme un fanal, donne à toutes les forces de ce petit royaume, l'homme, le signal de s'armer; et alors toute la milice vitale, tous les petits esprits internes se rallient en masse autour de leur capitaine, le cœur, qui, dilaté et fier de ce cortège, ose toute espèce d'exploit; et toute celte valeur vient du Xérès! En sorte que la science des armes n'est rien sans le vin ; car c'est lui qui la met en action. L'instruction n'est qu'une mipe d'or gardée par un diable, jusqu'à

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