SCÈNE XIII
— Car il est bienveillant à qui le cultive ; — il a des larmes pour la pitié, et la main — généreuse , comme la lumière, dans l'effusion de la charité. — Et cependant, une fois irrité, il est de pierre ; — aussi sombre que l'hiver, aussi brusque — que les bourrasques déchaînées par une journée printanière. — Il faut donc bien observer sa nature ; — gronde-le pour ses fautes, mais respectueusement, —quand tu t'apercevras qu'il est disposé à l'enjouement ; — mais, s'il est de mauvaise humeur, donne-lui carrière — jusqu'à ce que ses passions, comme une baleine à terre, — se soient consumées en efforts. Retiens cela, Thomas, ~ et tu seras une égide pour tes amis ; —tu seras le cercle d'or rattachant tes frères ; — si bien que le vase, oii leur sang se confond,
— sera inattaquable au poison des suggestions — que l'âge y versera forcément, — quand ce poison serait aussi violent
— que l'aconit, aussi impétueux que la poudre !
CLÂRENCE.
— Je le cultiverai avec toute ma soUicitude et toute ma tendresse.
LE ROI
— Pourquoi n'es-tu pas à Windsor avec lui, Thomas?
CLARENCE
— Il n'est pas là aujourd'hui ; il dîne à Londres.
LE ROI
— Et en quelle compagnie? peux-tu le dire ?
CLÂRENCE.
— Avec Poins et ses autres camarades habituels.
LE ROI
— Le sol le plus riche est le plus sujet aux mauvaises herbes ; — et lui, la noble image de ma jeunesse, — il en est obstrué. Voilà pourquoi mon anxiété — s'étend par delà l'heure de la mort. — Mon cœur pleure des larmes de sang, quand je me représente — en traits imaginaires les jours d'égarement, — les temps de corruption que vous verrez,
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— quand je dormirai avec mes ancêtres. —Car, lorsque son dévergondage obstiné n'aura plus de frein, — lorsque la rage et l'ardeur da sang le conseilleront seuls, — quand le pouvoir se combinera avec la prodigalité, — oh ! avec quelles ailes ses passions l'emporteront, — au milieu de périls menaçants, vers la fatale catastrophe !
WARWICK
— Mon gracieux lord, vous allez beaucoup trop loin. — Le prince ne fait qu'étudier ses compagnons, —comme une langue étrangère. Pour posséder un idiome, — il est nécessaire d'avoir vu et appris — les mots les plus immodestes ; dès qu'on y est parvenu, — Votre Altesse le sait, on ne les connaît plus — que pour les éviter. De même, — quand il sera éclairé par le temps, le prince rejettera ses compagnons, —ainsi que des termes grossiers ; et leur souvenir—sera comme Un échantillon, comme une mesure vivante, — dont Sa Grâce se servira pour estimer la conduite des autres, — mettant ainsi à profit les fautes passées !
LE ROI
— Il est rare que l'abeille abandonne le rayon — qu'elle a déposé dans une charogne... Qui vient là? Westmoreland.
Entre Westmoreland.
WESTMORELAND
— Salut à mon souverain ! et que de nouveaux bonheurs — s'ajoutent pour lui à celui que je viens annoncer ! —Le prince John, votre fils, baise la main de Votre Grâce. — Mowbray, l'évêque Scroop, Hastings, tous — ont subi les rigueurs de votre loi. — Il n'y a plus une épée rebelle hors du fourreau, — mais la paix porte partout son olive. —Comment ce succès a été obtenu, — Votre Altesse pourra le lire, plus à loisir, — dans le rapport complet et détaillé que voici.
Il loi remet un papier.