‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 224 sur 325 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

WARWICK

— Faites venir la musique dans la chambre voisine.

LE ROI

~ Mettez-moi la couronne sur mon oreiller, ici.

aARENCE.

— Ses yeux se creusent, et il change beaucoup,

WARWICK

— Moins de bruit, moins de bruit.

Entre le Prince Henry.

LE PRINCE HENRY

Qui a vu le duc de Clarence?

CLARENCE, les larmes aux yeux.

— Me voici, frère, accablé.

— Comment ! de la pluie sous notre toit, et pas dehors !

— Comment va le roi ?

HUMPHREY

Excessivement mal.

LE PRINCE HENRY

A-t -il appris les bonnes nouvelles? — Dites-les lui.

HUMPHREY

— C'est en les apprenant qu'il a changé si fort.

HENRY

S'il est malade de joie, — il se rétablira sans médecine.

AVARAVICK.

— Pas tant de bruit, milords... Cher prince, parlez bas.

— Le roi votre père est disposé à s'endormir.

CLARENCE

— Retirons-nous dans l'autre pièce.

WARWICK, au prince Henry.

— Votre Grâce daignera-t-elle venir avec nous?

LE PRINCE HENRY

— Non ; je vais m'asseoir ici et veiller près du roi.

Tous sortent, excepté le prince Henry.

414 HENRY IVi

— Pourquoi la couronne est-elle là, sur son oreiller, — elle, l'importune compagne de lit ? — 0 splendide perturbation ! anxiété d'or, — qui tiens les portes du sommeil toutes grandes ouvertes ~ étant de nuits inquiètes!... Sire, vous dormez avec elle à présent, — mais pas aussi profondément, certes, ni aussi doucement — que celui qui, le front ceint d'un humble béguin, — ronfle toute la nuit. 0 Majesté ! — tu étreins celui qui te porte, — comme une riche armure, portée dans la chaleur du jour, — qui brûle en protégeant!... Aux portes de son haleine — voici une plume qui ne bouge pas : — s'il respirait, ce duvet léger et impondérable — remuerait forcément... Mon gracieux lord ! mon père!.. — Ce sommeil est profond, en vérité; c'est le sommeil — qui a fait divorcer tant de rois anglais — avec ce nimbe d'or. Ce que je te dois, moi, — ce sont des larmes, ce sont les accablantes afflictions du sang ; — la nature, l'amour, la tendresse filiale, — ô cher père, te paieront largement cette dette. — Ce que tu me dois, toi, c'est cette impériale couronne — qui m'échoit d'elle-même, comme à l'héritier immédiat — de ton titre et de ton sang.

Il met la couronne sur sa tête.

La voilà mise : — que Eiieu la garde! Quand toutes les forces de l'univers seraient concentrées — en un bras géant, elles ne m'arracheraient pas — cet insigne héréditaire. Cette couronne reçue de toi, —je la laisserai aux miens, comme tu me l'as laissée.

II sort avec la couronne.

LE ROI, s'éveillant.

— Warwick ! Glocester ! Clarence !

Rentrent WarVi^ick et les autres.

CLARENCE

Le roi appelle?

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