‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 225 sur 325 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

WARWICK

— Que voudrait Votre Majesté ? Comment se trouve Votre Grâce?

— Pourquoi m'avez-vous laissé seul ici, milords ?

CLARENCE

— Mon suzerain, nous avons laissé ici le prince, mon frère, — qui a désiré s'asseoir et veiller près de vous.

LE ROI

— Le prince de Galles! où est-il? que je le voie! — Il n'est pas ici.

WARWICK

— Cette porte est ouverte; il est parti de ce côté.

HUMPHREY

— Il n'a point passé par la chambre oii nous nous tenions.

LE ROI

— Où est la couronne ? Qui l'a ôtée de mon chevet ?

WARWICK

— Quand nous nous sommes retirés, mon suzerain, nous l'avons laissée ici.

LE ROI

— Le prince l'aura prise. Allez à sa recherche. — Est-il donc si pressé qu'il prend — mon sommeil pour ma mort ?

— Trouvez-le, milord de Warwick ; ramenez-le vivement.

Warwick sort.

— Ce procédé de sa part se joint à mon mal — pour hâter ma fin... Voyez, enfants, ce que vous êtes î — Comme la nature se met vite en révolte, — dès que l'or latente!

— Voilà donc pourquoi les pères follement vigilants — ont rompu leur sommeil par des préoccupations, leur cervelle par des soucis, — leurs os par le labour ! — Voilà donc pourquoi ils ont thésaurisé et empilé — d'impurs monceaux d'or étrangement acquis ! - Voilà pourquoi ils ont

pris soin d'élever ~ leurs fils dans les arts et dans les exercices guerriers ! ~ Comme les abeilles enlevant à chaque fleur - son suc généreux, — les cuisses chargées de cire et la bouche de miel, — nous rapportons notre butin h la ruche; et, comme les abeilles, — nous sommes frappés à mort pour notre peine. Voilà l'amer déboire — que sa prévoyance vaut au père expiçant.

Rentre Warwick.

— Eh bien, oii est-il, ce fils qui ne veut pas attendre — que la maladie, son alliée, en ait fini avec moi ?

WARWICK

— Milord, j'ai trouvé le prince dans la chambre voisine, — son doux visage inondé de larmes sympathiques, — dans une attitude de si profonde douleur — que la tyrannie, qui ne s'abreuve que de sang, — aurait, en le voyant, lavé son glaive — avec des larmes de compassion. Il vient ici.

LE ROI

— Mais pourquoi a-t-il pris la couronne?

Rentre le Prince Henry.

— Ah! le voici. Approche, Harry. — Vous, quittez la chambre : laissez-nous seuls.

Sortent tous les princes et tous les seigneurs, excepté le prince Henry.

LE PRINCE HENRY

— Je ne croyais pas devoir vous entendre encore.

— Ton désir, Harry, était le père de ta croyance. — Je tarde trop longtemps près de toi, je te fatigue. —Es-tu donc affamé de mon trône vide, — au point de vouloir à toute force revêtir mes insignes , — avant que ton heure soit mûre? 0 jeunesse folle ! —Tu aspires à la grandeur qui doit l'écraser. — Attends un peu : le nuage de mon pouvoir, —

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