SCÈNE XV
LE GRAND JUGE
— Chers princes, ce que j'ai fait, je l'ai fait en tout honneur, — guidé par l'impartiale direction de ma conscience ; — et vous ne meverrez jamais mendier ~ une rémission par de misérables avances; — si la loyauté et la plus droite innocence ne me protègent pas, — j'irai retrouver mon maître, le roi mort, — et je lui dirai qui m'a envoyé le rejoindre.
WARWICK
Voici venir le prince.
EQtre le Roi Henry V.
LE GRAND JUGE
— Bonjour ! et que Dieu garde Votre Majesté !
LE ROI
— Cette parure neuve et splendide, la majesté, — ne m'est pas aussi commode que vous lecroyez. — Frères, vous mêlez quelque crainte à votre tristesse ; — c'est ici la cour d'Angleterre, et non de Turquie ; — ce n'est pas un Amurat qui succède à un Amurat; — c'est Henry qui succède à Henry. Pourtant, soyeztristes, mes bons frères; — car, à vrai dire, cela vous sied bien ; — vous portez si royalement le deuil — que je prétends en consacrer profondément la mode, — et le porter dans mon cœur. Soyez donc tristes ; — mais n'admettez celte tristesse, chers frères, — que comme un fardeau pesant également sur nous tous. — Quant à moi, parle ciel, je vous assure — que je serai à la fois votre père et votre frère. — Entourez-moi seulement de votre amour, je vous entourerai de ma sollicitude. — Oui, pleurez le Henry mort, et je le pleurerai aussi ; — mais il est un Henry vivant qui convertira ces larmes — en autant d'heures d'allégresse.