‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 245 sur 325 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

Entrent le Roi et son cortège dans lequel on distingue le grand juge.

FÂLSTAFF.

Dieu protège Ta Grrâce, roi Hal ! mon auguste Hal !

Les cieux te gardent et te préservent, très-royal rejeton de la gloire !

FALSTAFF

Dieu te protège, mon doux enfant !

LE ROI, désignant Falstaff.

— Milord grand juge, parlez à cet insolent.

LE GRAND JUGE, à Falstaff.

— Avez-vous votre raison ? Savez- vous ce que vous dites?

FALSTAFF

— Mon roi ! mon Jupiter ! c'est à toi que je parle, mon cœur !

LE ROI

— Je ne te'connais pas, vieuxhomme.Mets-toià tes prières!

— Que les cheveux blancs vont mal à un fou et à un bouffon 1

— j'ai longtemps vu en rêve un homme de cette espèce, — aussi gonflé d'orgie, aussi vieux et aussi profane. - Mais, étant réveillé, je méprise mon rêve, — Tâche désormais d'avoir moins de ventre et plus de vertu ; — renonce à la gourmandise ; sache que la tombe s'ouvre — pour toi trois fois plus large que pour les autres hommes. — Ne me réplique pas par une plaisanterie de bouffon. — Ne t'imagine pas que je sois ce que j'étais. — Car, Dieu le sait et le monde s'en apercevra, —j'ai rejeté de moi l'ancien homme,

— et je rejetterai ainsi ceux qui furent mes compagnons. — Quand tu entendras dire que je suis encore cequej'ai été, — rejoins-moi, et tu seras ce que tu étais, — le tuteur et le pourvoyeur de mes dérèglements. — Jusque-là, je te bannis sous peine de mort, —comme j'ai banni le reste de mes corrup-

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teurs, — et je te défends de résider à moins de dix milles de notre personne. — Quant aux moyens d'existence, je vous les fournirai, — afin que le manque de ressources ne vous force pas au mal ; — et si nous apprenons que vous vous êtes réformés , — alors dans la mesure de votre capacité et de votre mérite, -- nous vous donnerons de l'emploi.

An grand juge.

Chargez-vous, milord, — de faire exécuter ponctuellement nos ordres. — En avant !

Sortept le Roi et son cortège.

FALSTAFF

Maître Shallow, je vous dois mille livres .

SHALLOW

Oui, diantre, sir John ; et je vous suppli e de me les laisser remporter chez moi.

FALSTAFF

Ça ne se peut guère, maître Shallow. Ne vous chagrinez poipt de ceci ; il m'enverra chercher en particulier ; voyezvous, il doit feindre ainsi en pubhc. N'ayez pas d'inquiétude sur votre avancement ; je suis toujours homme à faire de vous un gros personnage.

SHALLOW

Je ne vois pas comment, à moins que vous ne me donniez votre pourpoint et que vous ne me rembourriez de paille. Je vous en conjure, bon sir John, sur les mille, rendez-m'en cinq cents !

FALSTAFF

Monsieur, je tiendrai ma parole : ce que vous avez vu n'est qu'une couleur.

SHALLOW

Une couleur, sir John, avec laquelle, j'en ai peur, vous ^erez éteint et teint.

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