SCÈNE XI
BOUNGBROKE.
Royalement ! — Mais il ne renferme pas un roi ?
PERCy.
Si fait, mon bon lord, — il renferme un roi. Le roi Richard est — dans cette enceinte de ciment et de pierre : — et avec lui sont lord Aumerle, lord Salisbury, —sir Stephen Scroop ; en outre, un ecclésiastique — de sainte dignité, je n'ai pu savoir qui.
— C'est probablement l'évêque de Carlisle.
BOLINGBROKE, à Northumberland.
Noble lord, — avancez-vous jusqu'aux flancs rudes de cet ancien château ; — par la trompette de cuivre envoyez la fanfare de parlementaire — à ses oreillons délabrés, et transmettez-lui ce message. — Henry Bonglibroke — baise à deux genoux la main du roi Richard, — et offre l'allégeance et le loyal dévouement de son cœur — à sa trèsroyale personne. Je suis venu ici — pour déposer à ses pieds mes armes et ma puissance, — pourvu que la révocation de mon bannissement — et la restauration de mes terres soient pleinement concédées. — Sinon, je prendrai avantage de ma force, — et j'abattrai la poussière de l'été sous des averses de sang — qui pleuvront des blessures des Anglais égorgés. — Combien il répugnerait à l'âme de Bolingbroke — d'inonder de cette tempête cramoisie — le giron frais et vert de la belle terre du roi Richard, — mon hommage agenouillé le démontrera tendrement. — Allez lui déclarer cela, tandis que nous marcherons — sur le tapis gazonné de cette plaine...
Northumberland s'avance vers le château, précédé d'un trompette.
— Marchons sans faire bruire le menaçant tambour, — que des créneaux chancelants de ce château — nos loyales propositions soient pleinement entendues. — Ma rencontre avec le roi Richard ne doit pas, il me semble, - être moins
formidable que la rencontre des deux éléments contraires,
— le feu et l'eau, alors que leur choc foudroyant — déchire la joue nébuleuse des cieux, — Qu'il soit le feu, je serai l'eau flexible. ~ Qu'il soit tout à la rage, tandis que sur la terre je ferai pleuvoir — mes eaux ; sur la terre et non sur lui ! — Avançons et observons la contenance du roi Richard.
Le héraut de Northomberland sonne une chamade; an autre trompette
y répond du château. Fanfare.
Richard paraît sur les remparts, avec I'évéqûE de Carlisle, Admerle, Scroop et Salisbury.
YORK
— Voyez, voyez, le roi Richard lui-même apparaît : — tel que le soleil rougissant de colère, — alors que, du portail enflammé de l'orient, — il aperçoit les nuages envieux conjurés — pour ternir sa gloire et pour obscurcir la trace — radieuse de sa course vers l'occident. — Il a toujours l'air d'un roi ; regardez, son œil, — brillant comme celui de l'aigle, rayonne — d'une majesté souveraine! Hélas! hélas ! quel malheur — qu'aucune offense assombrisse tant de splendeur !
RICHARD, à Northumberland.
— Nous sommes Stupéfaits ; nous avons attendu jusqu'ici
— que tu fléchisses un genou tremblant — devant nous qui croyions être ton roi légitime. — Si nous le sommes, comment tes jarrets osent-ils oublier — de rendre à notre présence leur respectueux devoir? — Si nous ne le sommes pas, montre-nous la main divine — qui nous a destitué de notre office ; car nous savons bien que nulle main de chair et d'os — ne peut saisir la poignée sacrée de notre sceptre,
— sans profanation, vol ou usurpation. — Peut-être croyezvous que, comme vous, tous — ont fait violence à leur âme pour la détourner de nous, — et que nous sommes isolé et dénué d'amis; — mais sachez que mon maître, le Dien