‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 69 sur 325 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

BOLINGBROKE

— La faute est-elle en projet ou commise? - Si elle est encore en projet, quelque odieuse qu'elle soit, — afin de conquérir ton dévouement à venir, je te pardonne.

ÂUMERLE.

— Permettez-moi donc de tourner la clef, — que personne n'entre avant que mon récit ne soit fini.

BOLINGBROKE

— Comme tu voudras.

Aumerle ferme la porte.

YORK, da dehors.

— Méfie-toi, mon prince, tiens-toi sur tes gardes ! — Tu as un traître, là, en ta présence.

BOLINGBROKE, dégainant.

— Scélérat ! je vais m'assurer de toi.

Retiens ta main vengeresse ; — tu n'as rien à craindre.

YORK, du dehors.

— Ouvre la porte, roi follement imprudent et confiant ! — Faut-il que par amour je te parle en rebelle ! — Ouvre la porte ou je vais l'enfoncer.

BOLINGBROKE ouvre la porte. York entre.

BOLINGBROKE

— De quoi s'agit-il, mon oncle? parle; — reprends haleine ; dis-nous d'oij le danger nous menace, — que nous nous armions pour y faire face.

YORK

— Parcours cet écrit, et tu connaîtras — la trahison que ma hâte m'empêche d'expliquer.

AUMERLE, au roi,

— Souviens-toi, en lisant, de ta promesse. — Je me repens : ne lis pas mon nom là ; —mon cœur n'est point complice de ma main.

YORK

— Il l'était, scélérat, avant que ta main eût signé. —Roi, j'ai arraché cela de la poitrine du traître ; — c'est la crainte et non l'amour qui cause son repentir. — Oublie toute pitié pour lui, de peur que ta pitié ne devienne — un serpent qui te perce le cœur.

BOLINGBROKE

— 0 hideux, énorme et audacieux complot! — 0 loyal père d'un fils félon! — Source argentine, limpide et immaculée, — d'oii ce ruisseau n'est sorti - que pour se souiller dans de fangeux méandres ! — Le bien débordé de toi est devenu le mal ; — aussi, c'est ton excessive bonté qui excusera — cette mortelle noirceur de ton coupable fils.

— Ainsi, ma vertu sera l'entremetteuse de son vice! —Il dépensera mon honneur à son infamie, — comme un enfant prodigue, l'or d'un père avare! — Ah! mon honneur doit vivre par la mort de son déshonneur, — ou son déshonneur fera la honte de ma vie ! — Tu me tues en l'épargnant : en lui laissant le souffle, — tu fais vivre le traître et mourir l'honnête homme.

LA DUCHESSE d'yORK, de l'extérieur.

— Holà, mon prince ! au nom du ciel, que j'entre ! .

BOLINGBROKE

— Quelle est l'inquiète suppliante qui pousse ce cri strident?

LA DUCHESSE

— Une femme, ta tante! grand roi, c'est moi! — Écoutemoi, ouvre la porte, - exauce une mendiante qui n'a jamais mendié.

• BOLINGBROKE

—Là scène change : d'une chose sérieuse — nous passons h l'intermède de h Mendiante et du Roi (23). -Mon dange-

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