SCÈNE XVI
reux cousin, faites entrer votre mère. —Je sais qu'elle vient intercéder pour votre noir forfait.
YORK
— Si tu pardonnes à la prière de qui que ce soit, — cette indulgence fera peut-être prospérer de nouveaux forfaits. — Coupe ce membre gangrené, et le reste reste sain ; — laissele, et tout le reste se corrompt.
Entre LA DUCHESSE d'york. Li DUCHESSE.
— 0 roi ! ne crois pas cet homme au cœur dur : — qui ne s'aime pas soi-même ne peut aimer personne.
YORK
— Femme frénétique, que fais-tu ici ? — Est-ce que tes vieilles mamelles veulent encore nourrir ce traître ?
LA DUCHESSE
— Patience, cher York!... Écoute-moi, mon doux seineur.
EUe s'agenouille.
BOLINGBROKE
— Relevez-vous, ma bonne tante.
LA DUCHESSE
Pas encore, je t'en conjure. — Je veux ne jamais cesser d'être à genoux, —je veux ne jamais voir le jour visible aux heureux, — que tu ne m'aies rendu la joie, que tu ne m'aies prescrit d'être joyeuse — en pardonnant à Rutland, mon coupable enfant.
ÂUMERLE, s'agenouHlant.
— Je me joins à genoux aux prières de ma mère.
YORK, s'agenouiUant.
— Et moi j'oppose à leurs instances ma loyale génuflexion. — Puisse-t-il t'arriver malheur, si tu fais grâce!
LA DUCHESSE
— Est-ce qu'il parle sérieusement? Regarde son visage, — ses yeux ne versent point de larmes, ses prières sont dérisoires, — ses paroles partent du bout des lèvres, les nôtres du fond du cœur ; — il ne prie que mollement et désire un refus : —nous, nous prions avec cœur, avec âme, avec tout notre être. —Ses jarrets fatigués se redresseraient volontiers, je le sais : — nos genoux resteront à terre jusqu'à ce qu'ils y prennent racine. —Ses prières sont pleines d'une menteuse hypocrisie; —les nôtres, d'une ferveur vraie et d'une profonde sincérité. — Nos prières prient plus haut que les siennes; qu'elles obtiennent donc — cette miséricorde que doivent obtenir les vraies prières !
BOLINGBROKE
— Bonne tante, relevez- vous.
LA DUCHESSE
Non, ne dis pas encore : relevez-vous! — Dis : je pardonne, avant de dire : relevez-vous. —Si j'avais été la nourrice chargée de t'apprendre à parler, —le motjMrrfoneûtété le premier dit par toi. — Jamais je n'ai tant brûlé d'entendre un mot. — Roi , dis : je pardonne ; que la pitié te le fasse dire. — Le mot est court, mais moins court encore qu'il n'est doux : — pas de mot qui aille aussi bien à la bouche des rois !
YORK
— Parle-leur en français, roi; dis-leur : Pardonnez-moiji.
LA DUCHESSE
— Tu apprends au pardon à annuler le pardon ! — Ah ! mari cruel, seigneur endurci — qui places le mot à contresens du mot! —Ah! parle de pardon dans l'idiome de notre pays; — nous ne comprenons rien à ce français ironique. — Ton regard commence à parler, prête-lui ta voix! — Ou bien donne une oreille à ton cœur compatissant, —afin qu'entendant nos plaintes et nos piières perçantes, — lu sois ému de pitié assez pour pai donner !