‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 8 sur 325 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

accusé, conspué, — percé au cœur par le trait envenimé de la calomnie; ~ et il n'est qu'un baume pour guérir une telle blessure, c'est le sang du cœur — qui a exhalé ce poison .

Cette fureur doit être contenue : — donne-moi son gage. Les lions domptent les léopards (2).

NORFOLK

— Oui, mais n'effacent pas leurs taches; enlevez-moi la honte, —et j'abandonne ce gage. Cher, cher seigneur, — le plus pur trésor que puisse donner l'existence mortelle, — c'est une réputation sans tache ; ôtez cela, — et les hommes nesontqu'une fange dorée, qu'une argile peinte. — Un joyau dans un coffre dix fois verrouillé, — c'est un cœur vaillant dans une poitrine royale. — Mon honneur , c'est ma vie : tous deux ne font qu'un ; ~ enlevez-moi l'honneur, et ma vie est perdue. — Donc, mon cher suzerain, laissez-moi défendre mon honneur ; — c'est pour lui que je vis, pour lui que je veux mourir.

RICHARD, à Bolingbroke.

— Cousin, rejetez ce gage ; commencez.

BOLINGBROKE

— Oh ! Dieu préserve mon âme d'une si noire vilenie !

— Puis-je paraître, cimier baissé, en présence de mon père ?

— Puis-je ravaler ma hauteur jusqu'au pâle effroi d'un mendiant — devant cet effronté poltron? Avant que ma langue — blesse mon honneur par une si outrageante faiblesse, — avant qu'elle sonne une si honteuse chamade, mes dents déchireront — le servile organe d'une lâche palinodie — et (insulte suprême!) le cracheront tout sanglant — dans ce refuge de la honte , à la face même de Mowbray!

Jean de Gand sort.

— Nous ne sommes pas né pour prier, mais pour corn-

mander. — Puisque nous ne pouvons parvenir à vous réconcilier, — soyez prêts à faire vos preuves au péril de votre vie, - le jour de la Saint-Lambert, à Coventry ; — c'est là que vos épées et vos lances arbitreront — l'effervescent litige de votre haine acharnée. — Puisque nous ne pouvons vous calmer, nous verrons — la justice désigner l'honneur par la victoire. — Lord maréchal, commandez à nos hérauts d'armes — de s'apprêter à régler cette lutte intestine.

II sortent.

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