SCÈNE II
LE PRINCE HENRY
Bonjour, Ned.
POINS
Bonjour, cher Hal... Que dit monsieur Remords? Que dit sir John sac-à-vin-sucré ? Jack, comment vous arrangezvous, le diable et toi, au sujet de ton âme, que tu lui as vendue, le dernier vendredi-saint, pour un verre de madère et une cuisse de chapon froid?
LE PRINCE HENRY
Sir John tiendra sa parole ; le diable aura son aubaine.
Montrant Falstaff.
Il n'a jamais fait mentir les proverbes : il donnera au diable son dû.
POINS
Te voilà donc damné pour avoir tenu parole au diable!
LE PRINCE HENRY
Autrement il serait damné pour avoir escroqué le diable.
Ah çà, mes enfants, mes enfants, demain de grand matin, à quatre heures, à Gadshill ! Il y a des pèlerins qui vont à Cantorbéry avec de riches offrandes, et des marchands qui chevauchent vers Londres avec des bourses obèses. J'ai des masques pour vous tous ; vous avez vos chevaux. Gadshill couche cette nuit à Rochester; j'ai commandé un souper pour demain soir à East-Cheap. Nous pouvons faire le coup aussi sûrement que dans nos lits. Si vous voulez venir, je bourrerai vos bourses d'écus ; sinon, restez chez vous, et allez vous faire pendre.
FALSTAFF
Écoute, Yedward; si je reste céans et ne vais pas là-bas, je veux que vous soyez pendus pour y avoir été.
POINS
Viendrez-vous, mes gaillards?
FALSTAFF
Hal, veux-tu en être?
LE PRINCE HENRY
Qui ? moi ! voler ! Moi, un bandit ! Moi! non, ma foi !
FALSTAFF
Il n'y a ni honnêteté, ni énergie, ni bonne camaraderie en toi et tu n'es point issu du sang royal, si tu n'as pas le courage de te mettre en campagne pour un souverain.
LE PRINCE HENRY
Eh bien donc, une fois dans ma vieje veux faire une folie.
FALSTAFF
Ah! voilà qui est bien dit!
Oui, advienne que pourra, je resterai au logis.
FALSTAFF
Pardieu, jeme révolterai, quand tu seras roi.
LE PRINCE HENRY
Je ne m'en soucie guère.
POINS
Sir John , je t'en prie, laisse-nous seuls, le prince et moi ; je lui donnerai de si bonnes raisons pour cette expédition, qu'il viendra.
FALSTAFF
Soit. Paisses-tu avoir l'esprit qui persuade, et lui, l'oreille qui profite ! Puisse ce que tu diras être émouvant, et ce qu'il entendra être convaincant, au point que le vrai prince veuille, par récréation, devenir un faux voleur; car les pauvres abus de notre temps ont grand besoin d'être patronés. Adieu. Vous me trouverez à East-Cheap.
LE PRINCE HENRY
Adieu, printemps dernier! Adieu, été de la Toussaint!
Falstaff sort.
POINS
Allons, mon bon, doux et déhcieux prince, montez à