‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 86 sur 325 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LE PRINCE HENRY

Bonjour, Ned.

POINS

Bonjour, cher Hal... Que dit monsieur Remords? Que dit sir John sac-à-vin-sucré ? Jack, comment vous arrangezvous, le diable et toi, au sujet de ton âme, que tu lui as vendue, le dernier vendredi-saint, pour un verre de madère et une cuisse de chapon froid?

LE PRINCE HENRY

Sir John tiendra sa parole ; le diable aura son aubaine.

Montrant Falstaff.

Il n'a jamais fait mentir les proverbes : il donnera au diable son dû.

POINS

Te voilà donc damné pour avoir tenu parole au diable!

LE PRINCE HENRY

Autrement il serait damné pour avoir escroqué le diable.

Ah çà, mes enfants, mes enfants, demain de grand matin, à quatre heures, à Gadshill ! Il y a des pèlerins qui vont à Cantorbéry avec de riches offrandes, et des marchands qui chevauchent vers Londres avec des bourses obèses. J'ai des masques pour vous tous ; vous avez vos chevaux. Gadshill couche cette nuit à Rochester; j'ai commandé un souper pour demain soir à East-Cheap. Nous pouvons faire le coup aussi sûrement que dans nos lits. Si vous voulez venir, je bourrerai vos bourses d'écus ; sinon, restez chez vous, et allez vous faire pendre.

FALSTAFF

Écoute, Yedward; si je reste céans et ne vais pas là-bas, je veux que vous soyez pendus pour y avoir été.

POINS

Viendrez-vous, mes gaillards?

FALSTAFF

Hal, veux-tu en être?

LE PRINCE HENRY

Qui ? moi ! voler ! Moi, un bandit ! Moi! non, ma foi !

FALSTAFF

Il n'y a ni honnêteté, ni énergie, ni bonne camaraderie en toi et tu n'es point issu du sang royal, si tu n'as pas le courage de te mettre en campagne pour un souverain.

LE PRINCE HENRY

Eh bien donc, une fois dans ma vieje veux faire une folie.

FALSTAFF

Ah! voilà qui est bien dit!

Oui, advienne que pourra, je resterai au logis.

FALSTAFF

Pardieu, jeme révolterai, quand tu seras roi.

LE PRINCE HENRY

Je ne m'en soucie guère.

POINS

Sir John , je t'en prie, laisse-nous seuls, le prince et moi ; je lui donnerai de si bonnes raisons pour cette expédition, qu'il viendra.

FALSTAFF

Soit. Paisses-tu avoir l'esprit qui persuade, et lui, l'oreille qui profite ! Puisse ce que tu diras être émouvant, et ce qu'il entendra être convaincant, au point que le vrai prince veuille, par récréation, devenir un faux voleur; car les pauvres abus de notre temps ont grand besoin d'être patronés. Adieu. Vous me trouverez à East-Cheap.

LE PRINCE HENRY

Adieu, printemps dernier! Adieu, été de la Toussaint!

Falstaff sort.

POINS

Allons, mon bon, doux et déhcieux prince, montez à

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