‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 10 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE (1 80 î · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE (1 80 î

Talleyrand, du 19 et du 20 mai, qui outrageaient de la manière la plus noire le Saint-Siège et la mémoire de plus de quatre-vingt-dix pontifes romains. Le droit du Saint-Siège de donner l'investiture aux nouveaux rois de Naples, droit exercé par plus de quatre-vingt-dix papes, admis pendant plus de sept siècles dans le droit public de l'Europe, reconnu, respecté par tous les rois de Naples, parmi lesquels on compte des rois de France et des empereurs, jusqu'au roi Ferdinand, qui demanda et reçut l'investiture ; ce droit incontestable, M. de Talleyrand l'appelait un des nombreux abus de l'autorité pontificale, né dans les siècles obscurs du moyen âge, tombé en désuétude, et ne pouvant d'ailleurs se soutenir devant le moindre examen critique. Ses arguments, qui seraient des sophismes ridicules dans la bouche d'un mauvais avocat plaidant une mauvaise cause, étaient par là même indignes d'une correspondance diplomatique. La conclusion des deux notes de M. de Talleyrand était que, « si le pape ne s'empressait pas de reconnaître purement et simplement Joseph Bonaparte comme roi de Naples, l'empereur, tout en conservant les égards dus au chef de l'Eglise, ne reconnaîtrait plus la puissance temporelle du Saint-Siège. »

En présence de ces menaces, le pape crut nécessaire et prudent de convoquer le sacré collège. La congrégation eut lieu le 8 de juin. Unanimes pour approuver la réponse faite au cardinal Fesch, les cardinaux se divisèrent sur la résolution qu'il convenait de prendre. Les uns, pensant qu'un refus ne pouvait manquer d'exaspérer l'esprit si irritable de Napoléon et d'accélérer l'usurpation des domaines du Saint-Siège, jugeaient qu'il n'était pas prudent de provoquer la perte de l'Etat et de l'indépendance politique du pape pour conserver un droit d'investiture; que, dans des temps si mauvais, il convenait d*ajouter encore à tant de concessions un nouveau sacrifice, une nouvelle condescendance qui peut-être calmerait l'irritation de l'empereur, lui inspirerait des sentiments de reconnaissance et de modération, empêcherait ou du moins éloignerait l'exécution de son inique projet. Les autres furent d'un avis tout contraire. « Le pape et les cardinaux, disaient-ils, ont fait les serments les plus solennels de défendre les prérogatives et les droits du Saint-Siège. Or, parmi ces droits, un des plus beaux sans contredit est de donner l'investiture aux nouveaux rois de Naples ; c'est d'ailleurs» une vaine illusion, l'os-

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poir qu'une nouvelle condescendance apaisera Napoléon et le fera renoncer à la pensée de réunir l'Etat pontifical à l'empire français; une nouvelle concession amènera toujours une nouvelle demande jusqu'au temps fixé par l'empereur pour l'exécution de son projet sacrilège. C'est au passé qu'il faut demander des leçons pour le présent et l'avenir. Depuis le commencement de son pontificat, que n'a pas fait le Saint-Père pour satisfaire les désirs de l'empereur? On l'a vu s'arracher de Rome, traverser les Alpes, malgré son grand âge, malgré la rigueur de la saison, voyageant ainsi en courrier plutôt qu'en souverain pontife, pour aller couronner l'empereur à Paris, sachant très-bien que cet acte de complaisance singulière, de déférence si marquée refroidirait, indisposerait les cours de l'Europe, les unes ennemies, les autres rivales de la France, toutes jalouses de l'accroissement de la puissance de Napoléon. Les fruits que Ton a recueillis d'une si grande condescendance, où sont-ils ? Il n'est plus temps désormais d'écouter ni les promesses ni les menaces, mais de se souvenir des serments qu'on a faits de défendre et conserver les prérogatives et les droits du Saint-Siège. Elle est inévitable, imminente, la perte du domaine pontifical ; mais, si un jour la divine Providence doit le rendre à son Eglise, il ne faut pas se préparer le repentir tardif d'avoir, sans espérance d'aucun avantage, sacrifié un des plus beaux droits du siège apostolique. » Le pape suivit ce dernier conseil, exposa dans sa réponse les motifs de son refus, et réfuta victorieusement les calomnies, les erreurs historiques et les sophismes des deux notes de M. de ïalleyrand.

Cherchant sans cesse un nouveau sujet d'amertume et d'afiliction pour Pie VII , le gouvernement français fit surgir et lança contre le pape un nouveau champion , Félix Baciochi , nommé par l'empereur prince de Lucques et de Piombino. Ce principicule rendit deux décrets d'une étrangeté inouïe , l'un du k avril à Piombino , l'autre du 12 avril à Lucques *. Par le premier, de sa propre autorité , sans l'autorisation du Saint-Siège , il étendait à la petite principauté de Piombino le concordat conclu en 1801 avec le premier consul de la république française. Or, le monde entier sait que, dans ce concordat, il y eut nécessité , devoir douloureux pour l'Église , de faire d'immenses sa-

, * Ces faits mauqueut dans l'histoire (Je M. Artaud.

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