‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 11 sur 142 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

crifices, et pour le Saint-Siège d'exercer des actes de juridiction sans exemple dans les annales ecclésiastiques, parce qu'il s'agissait de rendre une grande nation , plus de trente millions d'hommes , nonseulement au catholicisme , mais au christianisme , toute espèce de culte chrétien ayant été aboli par la révolution française. Mais , au contraire , dans la petite principauté , il n'y avait ni défection à la foi dans le peuple, ni schisme parmi le clergé. Par l'autre décret, il étendait encore à la princ'pauté de Lucques le concordat conclu entre le Saint-Siège et la république italienne, contrairement à ce principe de droit le plus élémentaire qu'un pacte solennel, tel qu'un concordat, n'est applicable qu'aux pays pour lesquels il a été fait , et qu'il faut le consentement des deux parties contractantes pour l'appliquer à d'autres pays. Outre ces étrangetés, ces décrets contenaient des dispositions subversives de la juridiction ecclésiastique, oppressives pour le clergé et modelées sur celles de la fameuse Assemblée nationale de France. Il suffit d'en citer un exemple : la puissance laïque enlevait Piombino à la juridiction de l'évêque de Massa, et le plaçait sous celle d*un évêque hors du continent, de l'évêque d'Ajaccio , en Corse.

Le Saint-Père ne pouvait point garder le silence sur ces scandaleux décrets , qui tendaient ouvertement au schisme ; mais , par esprit de modération et de douceur, il ne voulut pas donner de l'éclat à cette affaire en publiant des notes ministérielles. Il écrivit donc lui-même une lettre en italien au prince Félix Baciochi , lui faisant les représentations les plus paternelles sur l'abus de son pouvoir, sur l'usurpation de la puissance laïque en matière ecclésiastique , le conjurant de prévenir les maux que ces innovations devaient nécessairement amener.

Là-dessus arriva bientôt une note de M. de Talleyrand , note qui outrageait le chef suprême de l'Église , calomniait le ministère public et .contenait des maximes non-seulement erronées, mais d'une étrangeté inouïe. Pour justifier le prince de Lucques, il disait que ces décrets avaient été résolus à Paris et ordonnés par Napoléon lui-même; comme si une maxime erronée , un décret tendant au schisme pouvait changer de nature , devenir meilleur, parce qu'il émanait d'un prince puissant. Venait ensuite une furieuse plainte de ce que le pape s'était adressé, non à l'empereur, mais au prince de Lucques. Nous citons ces paroles remarquables : « Si la cour de Rome croyait devoir

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(( faire des remontrances , c'est à l'empereur qu'elle devait s'adres- « ser. Les gouvernements doivent correspondre entre eux. Tout appel « à leurs sujets est contraire au droit des gens et peut avoir pour but (( ou pour résultat de soulever les peuples contre l'autorité légitime. (( Contrairement à ce principe , la cour de Rome rend un bref rempli « de maximes inconciliables avec l'autorité des souverains et avec le <( désir de conserver la paix. Qu'espérait-elle? troubler la principauté « de Lucques ? changer les déterminations de Sa Majesté ? Les ordres « de Sa Majesté seront exécutés. Elle maintiendra son autorité et les « droits de sa couronne ; et la responsabilité des troubles qu'on a es- « sayé de faire naître tombera tout entière sur la tête des conseillers <t qui les auront excités. » M. de Talleyrand terminait sa note en justifiant ces scandaleux décrets par de si mauvaises raisons , par des sophismes si pitoyables , que le pape ne crut ni nécessaire ni convenable de consulter le sacré collège.

Pie VII fit donc simplement répondre qu'il s'était adressé au prince de Lucques , parce que c'était en son nom que les décrets avaient été rendus ; qu'il ne pouvait considérer comme un simple sujet le prince Félix Baciochi, puisque l'empereur lui-même, en le faisant prince souverain de Lucques , avait donné à Rome communication ofiicielle de son élévation à cette dignité ; qu'ainsi la correspondance avait eu lieu entre souverains , entre deux gouvernements ; que , du reste , le chef de l'Église , le suprême pasteur des fidèles , a le droit incontestable de communiquer directement avec chaque fidèle en particulier et de rappeler à ses devoirs , par des exhortations paternelles , celui qui a eu le malheur de tomber dans quelque faute ou dans quelque erreur ; qu'il était faux que le Saint-Père eût rendu aucun bref , qu'il s'en était abstenu par égard pour l'empereur, se contentant d'écrire une lettre familière et paternelle au prince de Lucques; qu'enfin le pape était très-étonné et affligé des paroles de M. de Talleyrand , qui indiquaient le soupçon que cette lettre eût pu avoir pour but d'exciter des troubles , de soulever le peuple , accusation atroce et souverainement injurieuse à un pontife qui avait donné tant de preuves de bienveillance et d'amitié à l'empereur. » Cette réponse se terminait par la réfutation des sophismes de M. de Talleyrand.

Les justes plaintes et réclamations du Saint-Siège , loin de produire aucun bon effet , semblaient au contraire exciter davantage la rage et

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