‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 9 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

par de nouvelles donations. On ne peut plus désormais conserver aucun doute sur le sacrilège projet de Napoléon, si manifestement annoncé par les deux propositions de sa lettre : Je suis L'empereur de Rome , et le pape doit avoir pour moi dans le temporel les mêmes égards que fai pour lui dans le spirituel. Il est facile de prévoir la tempête qui va se déchaîner contre le pape et le sacré collège, et tous les maux qui nous sont réservés ; mais, nous souvenant des serments faits à notre promotion au cardinalat , et n'écoutant que la voix de notre conscience, nous promettons au Saint-Père de rester fidèles à nos devoirs, et de défendre, au prix même de notre sang, les prérogatives et les droits du Saint-Siège. »

Tandis que les vingt-neuf cardinaux émettaient leur avis si contraire aux demandes de l'empereur, on voyait un changement sensible sur le visage du pape, l'expression de plus en plus prononcée de la satisfaction. Enfin, après avoir entendu les votes du sacré collège, Pie VII, prenant la parole, déclara d'une voix forte et calme « qu'il ne pouvait attendre du sacré collège un conseil plus juste et plus sage; qu'il l'approuvait, et qu'il était déterminé à le suivre, quoi qu'il pût en résulter. » Puis, se tournant vers les trois cardinaux dissidents^ il détruisit les raisons qu'ils avaient apportées à l'appui de leur opinion, et chercha à leur inspirer plus de courage et de fermeté.

Ainsi se termina cette congrégation générale, si remarquable par la sagesse et la fermeté du pape, par le courage froid et calme avec lequel mes collègues suggéraient une résolution qui appelait sur eux une persécution certaine et imminente. Cette séance, toujours présente à mon esprit, me rappelle un des plus beaux jours de ma vie, celui où j'ai éprouvé la plus douce satisfaction d'être membre de l'auguste sénat de l'Eglise. Je remarquai que la plupart de mes collègues, en sortant du Quirinal, ne laissaient voir sur leur visage aucun signe de trouble ou de préoccupation, en sorte que le peuple, accouru dans l'intérieur du palais et sur la place pour connaître le motif de cette congrégation extraordinaire, la première depuis plusieurs années, ne put comprendre ni conjecturer si l'objet de cette convocation annonçait un événement heureux, ou un triste et funeste avenir.

Quelques jours après, le pape fit une longue réponse à l'empereur, lui donnant les raisons qui l'empêchaient, à son grand regret, d'accéder à ses demandes, et réfutant les assertions incohérentes et ca-

lomnieuses de la lettre impériale. La réponse du pape était forte, énergique, mais tempérée par cette douceur, cette mansuétude qui étaient dans la nature de Pie VII. Depuis cette époque, l'histoire des démêlés de Napoléon et du pape devint une répétition, une représentation parfaite de ce que nous lisons dans les chapitres I et II du livre de Job.

A l'arrivée de chaque courrier de France, la secrétairerie d'Etat recevait une note ministérielle de M. de Talleyrand, au nom de l'empereur, transmise à Rome par le légat de Paris, le cardinal Caprara, à qui elle était adressée ; et c'étaient toujours, ou de calomnieuses accusations contre le gouvernement pontifical, ou de nouvelles demandes que le pape ne pouvait admettre ni comme prince temporel ni comme chef de l'Eglise. II y avait là un double but très-perfide : si le pape accédait, il offensait quelque gouvernement étranger, et souvent une nation entière ; s'il refusait, c'était un motif de faire de nouvelles plaintes, toujours accompagnées de la menace d'enlever au Saint-Siège ses domaines temporels.

Pie VII, qui venait d'éprouver, au milieu de ses tribulations, la force et l'eçcouragement qu'il pouvait puiser dans la réunion du sacré collège, eut bientôt l'occasion de le convoquer de nouveau. Le 23 avril 1806, le cardinal Fesch, ministre de France, adressa au secrétaire d'Etat une note dans laquelle il annonçait, au nom de l'empereur, que, l'armée française ayant conquis le royaume de Naples, et ce trône étant vacant. Napoléon avait cru convenable à sa dignité de placer la couronne de Naples sur la tête de son frère Joseph Bonaparte. Le 26 du même mois, le cardinal Consalvi répondit qu'il avait mis cette note officielle sous les yeux du Saint-Père, et que « Sa Sainteté, dans la stricte obligation que lui imposaient ses devoirs de maintenir les droits du Saint-Siège, l'avait chargé d'appeler avant tout l'attention de Son Eminence sur les rapports existants depuis tant de siècles entre le Saint-Siège et la couronne de Naples, rapports constamment observés, même dans les cas de conquête, non-seulement à l'avènement d'une nouvelle dynastie, mais encore de chaque nouveau roi. » Paroles modestes, qui indiquaient sous un voile assez transparent le droit du Saint-Siège de donner l'investiture à chaque nouveau roi de Naples, et l'obligation pour celui-ci de la demander. Bientôt arrivèrent deux notes ministèi'ielles de M. de

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