‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 101 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE (l8l3— 18l · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE (l8l3— 18l

noncer une allocution préparée , leur retracer brièvement les motifs de sa conduite dans cette affaire , et leur manifester ses intentions personnelles ; mais, qu'afin d'éviter toute accusation d'intrigues secrètes ou de conventicule , il avait préféré communiquer à chaque cardinal en particulier cette allocution et la copie de la lettre adressée à l'empereur. Ces communications durèrent jusqu'au lendemain ; l'allocution était conçue en ces termes :

A nos vénérables Frères et très-chers Fils les cardinaux de la sainte Église romaine, qui se trouvent à Fontainebleau.

<( Après vous avoir manifesté, nos vénérables Frères et très-chers (i Fils, nos remords et notre repentir pour avoir apposé notre seing « aux articles du 25 janvier, qui devaient servir de base à un arran- « gement définitif avec S. M. l'empereur des Français; après nous (( être aidé de vos lumières, et vous avoir fait connaître notre déter- (( mination de nous adresser directement à S. M. , pour lui notifier nos « sentiments avec une sincérité évangélique et une liberté apostoli- (( que ; aujourd'hui nous nous faisons un devoir de vous communiquer « la lettre que nous lui avons écrite en date du 24 mars, relativement « à cet objet. Vous verrez par sa teneur que nous n'avons pas dissi- «♦ mule à 9. M. nos remords et notre repentir, et que nous lui avons « signalé les puissants motifs qui nous défendent l'exécution de ce « que nous avons si imprudemment souscrit. Comme un bref donné « par nous, dans notre malheureux exil de Savone, contient, avec « quelques modifications, les concessions de l'article IV, nous avons (( dû aussi faire mention de ce bref, qui, au reste, ayant été officielle- « ment refusé par S. M. , a été annulé par là même. Nous avons (( reconnu dans ce refus un de ces traits miséricordieux de la divine (( Providence, qui veille sans cesse au gouvernement de l'Eglise. Vous « voyez donc, d'après ce qui vient d'être exposé, que nous regardons « le bref de Savone et le traité du 25 janvier comme nuis et sans va- (( leur ; notre intention et notre volonté sont qu'on les regarde comme « tels, afin qu'il ne puisse en résulter aucun préjudice, soit pour la « constitution divine de l'Eglise , soit pour les droits du Saint-Siège. « Dans la situation où nous nous trouvons, nous croyons que la lettre « écrite à S. M. et la présente déclaration atteignent suffisamment le

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« but que nous nous sommes proposé, disposé que nous sommes, si « les circonstances l'exigent, et si nous le jugeons expédient, de re- (( nouveler d'une manière plus solennelle la déclaration que nous « venons de faire.

« Béni soit le Seigneur, qui n'a pas éloigné de nous sa miséricorde! « C'est lui qui mortifie et qui vivifie. Il a bien voulu nous humilier 'par « une salutaire confusion, mais en même temps il a daigné nous sou- « tenir de sa main toute-puissante, et nous donner l'appui nécessaire « pour remplir nos devoirs en cette difficile circonstance. A nous donc (( l'humiliation que nous acceptons volontiers pour le bien de notre (( âme ! A lui soient aujourd'hui et dans tous les siècles l'exaltation, « l'honneur et la gloire 1

« Voilà la communication que nous vous faisons, nos vénérables « Frères, et très-chers Fils , et nous vous donnons la bénédiction « apostolique. )>

« Fontainebleau, 24 ûiars 1813.»

A peine le Saint - Père eut-il communiqué aux membres du sacré collège qui étaient à Fontainebleau la démarche hardie qu'il venait de faire, qu'un changement subit se fit remarquer dans toute sa personne. La douleur qui le minait insensiblement, et qui était empreinte sur sa figure," s'évanouit entièrement. Son visage commença à s'épanouir, il retrouva sa douce gaîté, un sourire agréable reparut sur ses lèvres, ses yeux recouvrèrent leur grâce et leur tendresse ; enfin il reprit l'appétit, et son sommeil ne fut plus troublé par de cruelles insomnies. Je sais qu'à cette époque il avoua à un cardinal qu'il se sentait soulagé du poids énorme qui L'oppressait jour et nuit.

Cependant les cardinaux attendaient, palpitants d'anxiété, la nouvelle de l'effet qu'aurait produit sur l'esprit de l'empereur la révocation inattendue du concordat, révocation qui venait renverser tous ses desseins, en imprimant une sorte de ridicule au grand triomphe qu'il affectait à l'occasion de ce funeste événement. Plusieurs bruits circulèrent dans le public, mais je ne puis en garantir l'authenticité. On écrivit de Paris que Napoléon, en communiquant cette nouvelle au conseil d'Etat, avait proféré de furieuses menaces, et dit entre autres choses : « Si je ne fais pas sauter la tête de dessus le buste à « quelqu'un de ces prêtres de Fontainebleau , les affaires ne s'arraa*»

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geront jamais. » On ajoutait qu'un conseiller d'Etat , bien connu pour ses principes antireligieux , ayant dit à l'empereur qu'il pouvait terminer sur-le-champ toutes ces controverses en se déclarant luimême chef de la religion dans l'empire français , Napoléon lui répondit : (( Ce serait casser les vitres ; » paroles qui me confirmeraient dans l'opinion qu'il n'avait jamais voulu rompre entièrement avec le pape. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il prit très-artificieusement le parti de garder le silence sur cette lettre , la regardant comme non avenue.

Quelques jours après , le général comte de Saint-Sulpice et les évêques français furent rappelés à Paris. Les habitants de Fontainebleau et les étrangers, de quelque condition qu'ils fussent, ne furent plus admis à la messe du pape ni au baisement des pieds. Le Saint- Père ne pouvait voir d'autres personnes que les cardinaux.

Dans la nuit du 5 avril, on entra précipitamment chez le cardinal de Pietro, et, sans lui permettre de revêtir aucun des insignes du cardinalat, on le força de partir seul avec un agent de police, qui le conduisit à Auxonne, oii il resta déporté jusqu'à la chute de l'empereur. Ce vénérable cardinal, qui avait recouvré la Hberté à la suite du traité du 25 janvier, était celui des cardinaux noïrs qui arriva le premier à Fontainebleau. Le Saint-Père lui ayant demandé son avis sur les articles qu'il avait signés, le cardinal de Pietro fit la réponse que Ton devait attendre d'un homme aussi savant que pieux, et ce fut alors que le pape commença à donner des signes sensibles de repentir et de douleur. On avait eu soin , comme nous l'avons déjà dit , d'en informer l'empereur, qui avait pressenti ce qui devait arriver, puisque , à son départ de Fontainebleau , il dit au Saint-Père : « Maintenant que le « cardinal de Pietro arrive , vous irez vite à confesse, n Aussi Napoléon regarda-t-il la révocation du concordat comme l'effet immédiat de l'iniluence du cardinal.

Lo matin même de l'enlèvement du cardinal de Pietro , comme on m'annonçait dans mon lit l'accomplissement de cette mesure, le colonel Lagorse entra tout à coup dans ma chambre et me déclara qu'il venait s'acquitter de deux commissions de la part de l'empereur. A ces mots, je crus qu'il me faudrait bientôt reprendre le chemin de Fenestrelle. Il me signifia d'abord que l'empereur chargeait les cardinaux Consalvi et Pacca défaire savoir au Saint-Père qu'il n'avait séparé le cardinal de Pietro de sa personne que parce qu'il s'était montré ^Vw-

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nemi de l*Eîat. Il me lut ensuite l'objet de la seconde commission, qui regardait tous les cardinaux ; on leur faisait savoir « que l'empe- « reur était irrité contre eux, parce qu'ils avaient retenu le pape dans « l'ïnactïoîi^ depuis leur arrivée à Fontainebleau ; que, s'ils voulaient « demeurer en cette ville, ils devaient s'abstenir d'entretenir le pape « d'affaires, n'écrire aucune lettre, soit en France, soit en Italie , se « tenir dans l'inaction la plus complète, et se borner à faire au Saintce Père les visites de pure convenance ; que, s'ils agissaient autre- « ment, ils compromettraient leur liberté. » Le colonel me demanda ensuite si je promettais de faire ce que l'empereur exigeait ; je lui répondis « que j'agirais de manière à ne donner aucun motif de plainte ou de soupçon à l'empereur, mais que je ne ferais jamais la promesse que l'on exigeait, parce que le pape pouvait me donner des ordres inconciliables avec cette promesse. « Ainsi, reprit le colonel, si le pape « vous ordonnait d'écrire, de parler d'affaires à quelqu'un, de publier « quelque écrit. Votre Eminence le ferait ? — Oui, sans doute, lui ré- « pondis-je, parce que je lui ai juré d'une manière solennelle fidélité (( et obéissance. — Veuillez du moins écrire sur le papier , reprit le « colonel, que je vous ai communiqué les ordres de Sa Majesté. » Je pris aussitôt la plume et j'écrivis sur le papier: u Vu, B. cardinal « Pacca. )) Le même jour le colonel s'acquitta de sa commission auprès des autres cardinaux, et je sus que plusieurs de mes collègues lui avaient fait la même réponse.

Peu de jours après, parurent deux décrets impériaux, l'un sous la date du 13 février, et l'autre sous celle du 25 mars. Dans le premier, le concordat de Fontainebleau était déclaré loi de l'empire , inséré au Bulletin des lois (n° /j88) , transmis à tous les tribunaux et aux autres autorités publiques. Le second déclarait ce même concordat obligatoire pour tous les archevêchés , évêchés et chapitres de l'empire , ordonnait un projet de loi pour déterminer les peines à infliger tiux infracteurs , et prescrivait enfin d'une manière spéciale l'exécution de l'article IV, avec de nouvelles modifications qui en aggravaient les dispositions. La publication de ces décrets nous fit craindre que l'empereur ne voulût pousser vigoureusement l'exécution du concordat, en mettant le pape dans la cruelle nécessité , ou de donner

* Remarquez rinconséquence de cette proposition et de celle qui suit, --'

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