‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 107 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Compagnie dans l'univers catholique, et que je serais celui qui préparerait les voies à son nouveau triomphe, et auquel le pape confierait Fagréable et honorable exécution de ses ordres souverains ? Je puis dire que ce grand acte fut pour le pape et son ministre la source d'une immense satisfaction. Témoin à Rome des deux époques mémorables de la suppression et du rétablissement de la Compagnie, j'ai pu juger des différentes impressions qu'elles produisirent. Le 17 août 1773, jour de la publication du bref Dominus et Redemptor noster, on voyait la surprise et la douleur peintes sur tous les visages. Le 7 août 181/j, jour de la résurrection de la Compagnie, Rome retentissait de cris de joie, d'acclamations et d'applaudissements. Le peuple romain accompagna Pie VII depuis le Quirinal jusqu'à l'éghse du Jésus, où l'on fit la lecture de la bulle, et le retour du pape à son palais fut une marche triomphale. J'ai cru devoir entrer dans ces détails, pour saisir l'occasion de laisser dans mes écrits une rétractation solennelle des discours imprudents que j'ai pu tenir dans ma jeunesse contre une Société qui a si bien mérité de l'Église de Jésus-Christ.

Le lecteur se rappelle que l'empereur nous avait fait défendre de parler d'affaires au pape , sous peine de perdre notre liberté ; et cependant prêtres et laïques accouraient de toutes les parties de la France , soit pour demander des instructions dans ces temps difficiles, soit pour obtenir des dispenses oii des grâces spirituelles. On doit concevoir quel devait être notre embarras. Si nous avions eu affaire aux Italiens, la tâche eût été plus facile ; car, dans les opérations dont le secret doit être l'âme, l'Itahen, ordinairement timide et soupçonneux , est plus prudent que le Français , naturellement ardent et courageux. Aussi arrive-t-il souvent , en France , que les choses qui devraient être les plus secrètes se traitent assez à découvert. Ceci me rappelle l'anecdote suivante. Dans le mois de juillet, une dame que j'avais vue à Paris vint m'annoncer à Fontainebleau que quelques dames pieuses de la capitale se proposaient de faire une neuvaine à l'occasion de la fête de saint Pierre-aux-Liens , pour demander au Ciel la délivrance du chef de l'Église , et qu'elles désiraient obtenir par mon entremise l'indulgence pour toutes les personnes qui assisteraient à la neuvaine. J'en parlai sur-le-champ au Saint-Père , qui accorda la faveur demandée , et je lui transmis la réponse de vive voix , sans rien mettre par écrit. Il semble , d'après les règles ordi-

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naires de la prudence , qu'on aurait dû cacher avec soin l'objet de cette neuvaine et l'intervention du Saint-Père. Mais quelle fut ma surprise lorsque j'appris, quel(|ues jours après, qu'une lettre arrivée de Paris recommandait d'avertir le pape et les cardinaux d'être extrêmement circonspects à l'égard des personnes qui les consultaient, et dans les grâces qu'ils accordaient , parce que déjà on avait fait circuler dans les principales maisons de Paris un billet d'invitation à une neuvaine qui devait se faire pour demander à Dieu la délivrance du pape , et dans lequel on mentionnait l'indulgence accordée par le Saint-Père ! La lettre portait que la police avait interrogé plusieurs dames, et qu'elle faisait des recherches secrètes. J'ignore quelle fut l'issue de cette affaire ; mais elle n'eut aucune suite fâcheuse pour le Saint-Père et pour moi. Du reste, j'étais plus exposé que mes collègues. Les vigoureuses notes que j'avais dirigées contre Miollis, mon arrestation , ma longue et dure captivité , m'avaient donné une réputation d'énergie, et l'on attribuait généralement les rigueurs dont j'avais été l'objet à ma constante opposition aux demandes de l'empereur et à ses traités avec le pape. Aussi tous les catholiques qui désiraient connaître les véritables intentions du pape s'adressaientils à moi , bien siàrs de ne pas rencontrer un cardinal à la dévotion du gouvernement. Ces visites secrètes me jetaient, comme je l'ai déjà dit, dans un embarras extrême ; car, d'un côté , je ne pouvais refuser d'entendre ceux qui usaient du droit qu'ont tous les fidèles de recourir au chef suprême de l'Eglise pour affaires de conscience ; et , d'un autre côté, je craignais avec raison que la police de Paris, qui nous enveloppait d'argus , ne supposât quelque espion chargé de nous présenter des suppliques , dans le but de découvrir si , malgré la défense de l'empereur, nous traitions d'affaires et entretenions correspondance avec le clergé. Ces considérations nous obligeaient d'être plus réservés que jamais dans nos paroles , et de n'accorder une réponse qu'après avoir acquis la certitude que les personnes qui s'adressaient à nous agissaient de bonne foi. Parmi les personnes qui vinrent à Fontainebleau pour s'aboucher avec moi , se trouva un juge du tribunal de Bordeaux , député par une commission d'ecclésiastiques et autres catholiques de cette ville, pour s'informer si le Saint-Père, depuis son enlèvement de Rome et sa longue captivité, regardait encore comme valide le concordat de 1801. Je compris aussitôt que le

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