‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 109 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

sur-le-champ, par une estafette, je rendis compte au gouvernement de ma conférence avec Sa Sainteté; j'insistai beaucoup sur le désir qu'elle témoignait de partir pour Rome. Le 21, vers midi, je me rendis auprès du Saint-Père ; la conversation roula sur des objets indifférents, et sur le temps où nous nous étions trouvés ensemble à Rome. Je lui annonçai, en me retirant, mon départ pour le lendemain; je lui demandai sa bénédiction, et lui dis que j'espérais que son départ aurait bientôt lieu aussi, et que j'avais écrit pour le hâter. Sa Sainteté me répondit que c'était là son unique désir , et termina par ces paroles qui donnent une juste idée de sa piété et de la douceur de son caractère: «Assurez l'empereur que je ne suis pas son ennemi ; la religion « ne le permettrait pas. J'aime la France, et lorsque je serai à Rome on (( verra que je ferai tout ce qui sera convenable *. » Après avoir rempli envers le Saint-Père tous les actes du respect le plus filial , comblé des marques de sa bonté, et j'oserais presque dire de son affection, je me retirai. Je fis ma visite à tous les cardinaux logés au château, et je dînai avec eux le 19, le 20 et le 21. Comme je n'étais pas chargé de traiter avec leurs Eminences, la conversation fut toujours indifférente. Je partis le 22, à sept heures du matin ; je rencontrai dans la ville trois voitures qui se dirigeaient vers le château , et je sus ensuite qu'elles étaient destinées pour le départ du Saint-Père. Les événements postérieurs ne me regardent point. Cette relation, dont je garantis l'exactitude, sera déposée aux pieds de Sa Sainteté, dont j'invoque le témoignage sans crainte d'être démenti. La relation insérée dans la Gazette de Finance porte que plusieurs cardinaux ont témoigné le désir que les détails qu'elle renferme fussent publiés. Je puis cependant prouver qu'un cardinal, auquel on lisait la relation de la Gazette de France, disait, à la lecture de chaque article : « Cela n'est pas vrai. » J'ai cité les paroles prononcées par Sa Sainteté, parce qu'elles découvrent tout son cœur, qui, au milieu même des souffrances, a toujours conservé une inaltérable douceur. J'ai d'ailleurs entre les mains toutes les pièces de la négociation, et je puis les montrer si on le désire.

«Paris, ce 2 mai 181/j.

« Etienne, évêque de Plaisance, n

* « Assicurate l'impcradore ch'io non sono suo neniico; la religionc non me lo « permetterebbe. lo amo la Francia , ed allovche sarô à Roma, si vedrà che io fâi* c tuto quello chc sarà convenieute. »

Quelques jours avant le dernier voyage de M. de Beaumont à Fontainebleau, le colonel Lagorse entra à l'improviste dans l'appartement du cardinal Consalvi , où je me trouvais par hasard, nous dit qu'il était charmé de nous trouver réunis , parce qu'il avait à nous parler à tous deux, et, en même temps , il nous livra un assaut terrible pour nous engager à faire rouvrir la voie à de nouvelles conununications entre le pape et le gouvernement. Nous comprîmes bien que Napoléon avait fortement à cœur de se réconcilier l'esprit des cathohques, en leur persuadant que la bonne intelligence régnait ou allait être rétablie entre le Saint-Siège et le gouvernement impérial. 11 n'obtint de nous que les mêmes réponses que l'on avait déjà faites au nom du Saint-Père , et nous ne lui laissâmes pas ignorer que nous devinions le but que l'on avait en vue.

Dans la matinée du 22 janvier (181/i), deux voitures de voyage arrivèrent de Paris et restèrent dans la cour du château. Le colonel Lagorse , qui , la veille , avait été mandé à Paris , les suivit presque immédiatement. Tout nous présageait quelque événement nouveau dans le cours de la journée; cependant, à l'heure du dîner, rien n'avait encore transpiré. Après le repas , le colonel Lagorse , s'adressant aux cardinaux et au cardinal- doyen en particulier, nous dit d'un air mystérieux qu'il avait une grande nouvelle à nous annoncer, a J'ai « reçu l'ordre , reprit-il , de faire partir demain le pape et de le ra- « mener à Rome. » Nous pensâmes sur-le-champ qu'on voulait éloigner Sa Sainteté d'un lieu qui pouvait tous les jours être envahi par les armées alliées; mais nous n'osions espérer qu'on le ramènerait à Rome , dont les Français n'étaient plus maîtres. Le colonel, s'apercevant que cette nouvelle nous causait à tous une agréable surprise , prit tout à coup un air sérieux et courroucé. « Pour vous, dit-il , il « n'y a rien de nouveau ; si vous aviez montré plus de prudence et do (( modération , toutes les affaires seraient aujourd'hui terminées à la (( satisfaction des deux parties. » A celte apostrophe impertinente, le cardinal-doyen lui répondit avec calme : « Que la condin'te des carnaux ne méritait pas de pareils reproches , et qu'elle n'avait manqué ni de prudence , ni de modération. » Je courus aussitôt , accompagné de quelques-uns de mes collègues , prévenir le Saint- Père de cette nouvelle. Nous lui conseillâmes de faire de vives instances pour être accompagné de trois ou deux cardinaux , ou d'un seul

Page 1