‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 12 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

la persécution du gouvernement français. Napoléon ordonna au général Lemarrois d'occuper Pesaro , Fano , Sinigaglia , tout le littoral de l'Adriatique dépendant de l'État pontifical ; et c'était le trésor pontifical, déjà si obéré, qui devait payer l'entretien des troupes d'occupation. Un corps de troupes françaises part du royaume de Naples , annonce son passage pour la Toscane , puis tout à coup marche sur Civita-Vecchia , s'empare du port et de la forteresse*. Le cardinal Consalvi adressa à M. Alquier, successeur du cardinal Fesch, de justes réclamations contre ces actes d'hostilité , contre ces violations du territoire pontifical ; et, afin qu'on ne pût pas croire que le gouvernement papal avait consenti à l'occupation d'Ancône , les nonces e tministres du Saint-Siège près les cours étrangères reçurent l'ordre de représenter la vérité des faits , le mécontentement du pape , et sa volonté ferme et constante de conserver la neutralité exigée par son caractère sacré de ministre de paix et de père commun. Je ne pourrais exprimer les regrets, les dégoûts que j'éprouve en retraçant tant de faits qui attestent la manière si indigne dont fut traité Pie VII , ce pontife si doux et si bon, qui trouva un persécuteur dans celui-là même qu'il avait comblé de bontés, et sur lequel il avait fondé trop légèrement , il faut le dire , les plus grandes espérances. Et malgré ma honte , mes regrets d'être l'historien de tant d'indignités , qui sait si l'on ne croira pas mes paroles dictées par un esprit de malveillance , si l'on n'y verra pas l'exagération du ressentiment d'une persécution personnelle? Et cependant les maux dont je viens de parler ne furent que initia dolorum.

Vers le milieu de mai , ie Moniteur français apporta à Rome une nouvelle aussi étrange qu'inattendue , celle que l'empereur avait érigé en grands fiefs de l'empire français , sous le titre de principautés , les duchés de Bénévent et de Pontecorvo , le premier en faveur de M. de Talleyrand , le second en faveur du maréchal Bernadotte. Ainsi , de son autorité propre , et sans aucun titre , Napoléon enlevait au Saint- Siège deux pays qui lui appartenaient depuis plusieurs siècles , sans même en avoir prévenu le pape , tandis qu'on avait l'impudence de proclamer à Bénévent, par des affiches et par la voix du crieur public, que tout cela avait lieu en vigueur d'une convention entre le pape et

i Tous ees faits et les suirants manquent dans l'histoire de M. Artaud.

2S MÉMOIRES SUR LE POWTIFICAT DE PIE Vïl.

l'empereur. Le cardinal Gonsalvi adressa à M. Alquier les trop justes plaintes et réclamations du Saint-Siège. Ce fut la dernière note ministérielle de Gonsalvi, qui fit accepter au pape sa démission de secrétaire d'État, dégoûté qu'il était de se voir sans cesse accusé par M. de Talleyrand d'être l'ennemi de la France , l'instigateur de toutes les résolutions de Pie VII : calonmie atroce ! car, si la postérité devait adresser quelque reproche à la conduite ministérielle du cardinal Gonsalvi , ce ne pourrait être , au contraire , que celui d'avoir été le conseiller constant de toutes les condescendances , de toutes les concessions faites à la France, toujours avec des intentions droites , avec la conviction qu'il ne restait pas d'autre moyen de sauver l'État pontifical des sociétés secrètes et du libéralisme politique qui le menaçaient de toute part.

Les faits que nous avons exposés laissent voir aussi clair que le jour le projet bien arrêté de Napoléon d'usurper tous les domaines de l'Église. Pourquoi donc différait-il la consommation de ce projet sacrilège ? Il est nécessaire de redire les motifs de ce retard , parce que seuls ils donnent l'explication de la conduite de Napoléon, l'intelligence de l'histoire de cette époque. L'empereur voulait et espérait obtenir, avant l'exécution de son projet , les deux résultats suivants, d'une grande importance pour lui : le premier était de parvenir, à force de tracasseries , de violences , d'usurpations partielles , à faire descendre le pape à des concessions honteuses, pour le rendre méprisable , odieux aux peuples et aux gouvernements étrangers , qui auraient vu alors avec indifférence la chute de la puissance temporelle du Saint-Siège ; le second était de détruire ou d'affaiblir l'attachement des sujets pontificaux pour le gouvernement papal, en le faisant peser sur eux comme un joug insupportable. Et certes on avouera bientôt que , s'il n'y réussit pas, ce ne fut pas sa faute.

Le passage des troupes françaises qui allaient dans le royaume de Naples, l'arrivée continuelle de nouvelles troupes, le retour de celles qui étaient rappelées en France , coûtaient des sommes énormes au trésor pontifical , déjà épuisé par d'autres dépenses extraordinaires et forcées. Nous avons vu que le pape, dans la lettre du 29 janvier 1806 , exposait à l'empereur l'état déplorable des finances, et lui demandait le remboursement des nombreuses avances faites pour l'armée impériale, ayant employé à cet usage tous les fonds disponibles ,

Page 1